Cibitoke : cinq Imbonerakure condamnés à un an de prison pour franchissement illégal de la frontière
SOS Médias Burundi
Cibitoke, 6 février 2026 –Le Tribunal de grande instance de Cibitoke, dans la province de Bujumbura à l’ouest du Burundi, a rendu dans la soirée du mardi 3 février un verdict très attendu dans une affaire de trafic transfrontalier impliquant des membres de la ligue des jeunes du parti présidentiel. Cinq Imbonerakure ont été condamnés à une peine d’un an d’emprisonnement ferme pour atteinte à la sûreté intérieure de l’État.
Selon la décision judiciaire, les prévenus ont été reconnus coupables d’avoir violé les lois régissant le contrôle et la sécurisation des frontières nationales. Le tribunal a établi qu’ils franchissaient illégalement la frontière burundaise par des voies non autorisées, notamment en traversant la rivière Rusizi, qui sépare le Burundi de la République démocratique du Congo.
L’acte d’accusation précise que les condamnés facilitaient également le passage clandestin de personnes vers la RDC et se livraient à des activités de contrebande. Les marchandises concernées comprenaient des pagnes, du carburant ainsi que divers produits commerciaux transportés en dehors des circuits légaux.
Dans la même affaire, sept autres personnes poursuivies pour des faits similaires ont été condamnées à une amende de 50 000 francs burundais chacune. En revanche, cinq prévenus ont été acquittés, le tribunal estimant que les preuves produites à leur encontre étaient insuffisantes.
Tous les concernés dans cette affaire sont des membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD.
Une décision saluée par la population
Dans la région de Cibitoke, cette décision judiciaire a été favorablement accueillie par une partie de la population locale, qui y voit un signal fort contre l’impunité dans une zone régulièrement confrontée aux trafics transfrontaliers. Plusieurs habitants interrogés appellent toutefois les autorités judiciaires à poursuivre sur cette voie et à sanctionner tous les auteurs d’infractions, sans distinction liée à l’appartenance politique ou au statut social.
De son côté, le président du Tribunal de grande instance de Cibitoke, Sylvestre Mukeshimana, a assuré que la justice continuerait de s’appliquer à tous sans discrimination. Il a réaffirmé la détermination de la juridiction à sanctionner fermement toute personne impliquée dans des actes portant atteinte à la sécurité nationale et à la souveraineté du pays.
Une ligue régulièrement mise en cause
Les Imbonerakure sont la ligue des jeunes du CNDD-FDD, l’ancienne rébellion hutu au pouvoir au Burundi depuis 2005 à la suite de l’accord d’Arusha d’août 2000. Ils sont régulièrement cités dans des actes d’abus visant des opposants politiques ou des opposants supposés.
Souvent sollicités par les autorités burundaises, y compris par le président Évariste Ndayishimiye, les Imbonerakure accompagnent l’armée dans certaines opérations militaires en République démocratique du Congo. Ils participent également à la sécurisation des frontières et aux rondes nocturnes dans les quartiers urbains et les collines de la petite nation de l’Afrique de l’Est.
Des organisations de défense des droits humains dénoncent toutefois une impunité persistante. La Ligue Iteka, pionnière des organisations burundaises de défense des droits humains et exerçant actuellement depuis l’exil, affirme que les Imbonerakure continuent d’être impliqués dans de graves violations. Selon son rapport annuel publié en janvier, la ligue serait impliquée dans 110 cas sur plus de 400 personnes tuées au Burundi en 2025.

Les autorités burundaises et les responsables du CNDD-FDD présentent, de leur côté, les Imbonerakure comme un pilier du développement communautaire et de la sécurité nationale. Ils accusent régulièrement leurs détracteurs de vouloir ternir l’image du pays.
Pour rappel, les Nations unies avaient qualifié les Imbonerakure de milice et d’outil de répression du régime CNDD-FDD en 2015, à la suite des violences liées au troisième mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza.
Un soutien assumé du chef de l’État
En août 2023, le président Évariste Ndayishimiye avait publiquement remis les Imbonerakure au premier plan lors d’une journée nationale qui leur est dédiée, saluant leur rôle dans la sécurisation des frontières du pays.
« Le Burundi est gardé car nous avons les Imbonerakure. Celui qui n’y croit pas, qu’il vienne violer nos frontières. Il sera désillusionné », avait-il déclaré.
S’exprimant en kirundi, le chef de l’État s’était également félicité de leur implication dans les rondes nocturnes et avait appelé à les intensifier, estimant que les critiques visant la ligue seraient orchestrées par l’Occident depuis la crise politique de 2015.
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Photo : des Imbonerakure et anciens combattants du CNDD-FDD dans une parade militaire à Cibitoke © SOS Médias Burundi
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