Minembwe sous feu croisé : les FARDC et soldats burundais attaquent les villages Banyamulenge

Minembwe sous feu croisé : les FARDC et soldats burundais attaquent les villages Banyamulenge

SOS Médias Burundi

Bukavu, 8 février 2026 –
De violents combats ont été signalés ce dimanche dans plusieurs localités des hauts plateaux de Minembwe, dans le territoire de Fizi, province du Sud-Kivu à l’est du Congo. Dans cette zone habitée majoritairement par la minorité Banyamulenge, des sources locales affirment que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par les miliciens Wazalendo et par les troupes burundaises, ont mené des attaques à l’aide de drones et d’armes lourdes.

Parmi les villages touchés figurent Kakenge, Rugezi, Kalingi et Point Zéro.

Une zone au cœur d’une guerre locale

Dans cette région, la coalition soutenue par Kinshasa affronte notamment Twirwaneho, un groupe armé local composé en grande partie de jeunes Banyamulenge et allié du M23.

Des civils en fuite

Des habitants rapportent que les bombardements ont touché des zones habitées, causant des morts et plusieurs blessés, sans qu’il soit possible d’obtenir des bilans indépendants.

« Depuis le matin, des drones des FARDC frappent différentes localités Banyamulenge, notamment Kakenge, Kalingi, Point Zéro et Rugezi. Des militaires burundais participeraient aussi aux attaques. Beaucoup de familles ont fui dans la brousse », a déclaré un résident joint par SOS Médias Burundi.

Offensives contestées

D’autres sources indiquent que des éléments du M23 et de Twirwaneho auraient, à certains endroits, repoussé ou contenu les avancées attribuées aux FARDC, aux Wazalendo et aux forces burundaises.
Aucune confirmation indépendante n’était disponible, et les autorités militaires congolaises et burundaises ne se sont pas exprimées.

Enjeux sécuritaires et économiques

Selon plusieurs analystes, l’implication de Gitega répond à des objectifs stratégiques. Les positions de Point Zéro, Mukera, Mulima, Rwitsankuku, Nakisozi, Ndobo, Magaja, Lulimba, Kafugwe et Tujenge sont considérées comme cruciales pour le contrôle des voies d’acheminement de minerais.

Fizi dispose de ports majeurs sur le lac Tanganyika, reliant la RDC à la Tanzanie et au Burundi. Des minerais provenant de Maniema, Salamabila, Kimbi, Misisi, Kitumba ou Ngandja transiteraient par ces axes.

Effets visibles sur les devises

Un économiste burundais souligne que ces nouveaux circuits commerciaux ont déjà un impact sur le marché monétaire :

« En 2024, 100 dollars s’échangeaient entre 780 000 et 800 000 francs burundais. Depuis 2025, le taux est tombé entre 580 000 et 600 000. Cela reflète l’arrivée de devises liée aux minerais du Sud-Kivu et du Maniema. »

Contexte régional explosif

Ces affrontements interviennent dans un environnement géopolitique tendu. Réactivé en 2021, le M23 est aujourd’hui intégré à l’Alliance Fleuve Congo ( AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qui plaide pour un État fédéral en RDC.

Le général-major Ignace Sibomana, responsable de la Force de réserve et d’appui au développement (FRAD), et le colonel Grégoire Rivuzimana, aide de camp du chef d’état-major général de l’armée burundaise, le général Prime Niyongabo, lors d’une opération de sécurisation des déplacements d’officiels congolais dans le Sud-Kivu, en septembre 2025. ©SOS Médias Burundi
Le général-major Ignace Sibomana, responsable de la Force de réserve et d’appui au développement (FRAD), et le colonel Grégoire Rivuzimana, aide de camp du chef d’état-major général de l’armée burundaise, le général Prime Niyongabo, lors d’une opération de sécurisation des déplacements d’officiels congolais dans le Sud-Kivu, en septembre 2025. ©SOS Médias Burundi

La rébellion contrôle plusieurs zones stratégiques, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux des deux Kivus, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus grands gisements mondiaux de coltan, fournissant une part significative du tantale utilisé dans l’industrie électronique et les nouvelles technologies.

Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le M23. Kigali dément, mais un rapport du Groupe d’experts des Nations unies publié en 2025 évoque la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des rebelles. Le Rwanda reproche au Burundi et à la RDC de collaborer avec les FDLR, un groupe hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.

Entre août 2022 et décembre 2025, le Burundi a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est congolais pour combattre aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo entretenues par Kinshasa contre le M23, selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur consulté par SOS Médias Burundi.

Implication directe du Burundi

L’implication de Gitega est confirmée et officielle. Dans une vidéo largement relayée, en marge d’une rencontre avec les Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti présidentiel, qui accompagnent fréquemment les éléments de la FDNB (Force de défense nationale du Burundi) dans les combats au Congo, le président Évariste Ndayishimiye s’est vanté du rôle de l’armée burundaise en RDC :

« L’armée rwandaise aurait récupéré tout le Congo n’eût été notre intervention. »

Cette déclaration souligne le rôle actif des forces burundaises dans certaines opérations militaires aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo dans l’est de la RDC.

Manifestations et contestations

Une association de droit américain, Mahoro Peace Association, regroupant des membres de la communauté Banyamulenge, a organisé des manifestations en novembre et décembre 2025 aux États-Unis et au Canada. L’organisation a plaidé auprès d’élus américains, dénonçant « les abus de l’armée burundaise » et réclamant le retrait des troupes burundaises de la RDC.

Le porte-parole de la FDNB, le général de brigade Gaspard Baratuza, a reconnu sur la BBC que des Banyamulenge se trouvent bloqués dans des zones « où se trouve l’ennemi » :

« C’est compréhensible que ceux qui vont acheter des vivres pour l’ennemi soient bloqués. »

___________________________________________________

Photo : arrivée des premiers militaires burundais à l’aéroport de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, à l’est de la RDC. Ce site stratégique a été repris par les rebelles du M23 en janvier 2025. © SOS Médias Burundi

Previous Buhumuza : le député Shabani Nimubona au cœur d’une saisie de près de 4 000 litres d’essence
Next Nyarugusu (Tanzanie) : un hôpital submergé par l’afflux de réfugiés burundais et congolais

You might also like

Sécurité

Goma (RDC) : Sake presque vidée, la cité toujours objet de dispute armée

Depuis des jours, de combats violents opposent l’armée congolaise et ses alliés au M23 dans le territoire de Masisi (province du Nord-Kivu, est de la RDC). La plupart des habitants

Sécurité

Cibitoke : des habitants de Bukinanyana ont peur des attaques des hommes armés qui parlent Kinyarwanda

Hier soir, des habitants de la colline de Myavye, en zone de Ndora dans la commune de Bukinanyana (province de Cibitoke au nord-ouest du Burundi) ont fui leur ménage. Ils

Sécurité

Kirundo : plus de 80% des taxis motards circulent sans documents selon la police

Selon un rapport de la police locale à Kirundo (nord du Burundi), plus de 60% de motards n’ont pas de permis de conduire. Le même rapport indique que plus de