Bujumbura : des jeunes humiliés et fouillés par la police et les Imbonerakure, accusés arbitrairement d’être des “rebelles du M23”
Bujumbura, 23 février 2026 – Dans le centre-ville de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, des jeunes dénoncent des contrôles arbitraires et humiliants de sacs à dos par la police devant l’ancien marché, à une place communément appelée « Bata ». Selon eux, ces fouilles systématiques, qui les obligent à ouvrir et justifier le contenu de leurs sacs, visent à les qualifier de “rebelles du M23”, créant un climat d’intimidation et de peur.
Certains jeunes Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, postés près du marché, interviennent systématiquement lorsqu’un jeune est arrêté, l’entourant et renforçant l’effet d’intimidation.
« Les policiers m’ont arrêté vers 9 heures du matin. Ils m’ont dit que je ressemblais à un rebelle du M23 et m’ont obligé à ouvrir mon sac. Ils n’y ont trouvé que des habits », raconte un jeune témoin.
Des jeunes qui se sont confiés à SOS Médias Burundi demandent au gouvernement de respecter leur droit à la libre circulation et de cesser de qualifier la population de rebelles alors que le pays connaît une paix relative.
Contexte régional tendu
Le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, est affilié à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI), qui plaide pour un État fédéral en RDC. La coalition contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, y compris Goma et Bukavu, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde, minerai stratégique utilisé dans l’industrie électronique et les nouvelles technologies. Dans certaines situations, la coalition contre le M23 comprend également les FDLR, accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.
Malgré l’accord de Washington du 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda, les hostilités se poursuivent. Le Burundi y a participé en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.
Entre août 2022 et décembre 2025, la petite nation de l’Afrique de l’Est a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est congolais pour soutenir les FARDC et les milices locales Wazalendo contre le M23. Les autorités congolaises accusent le Rwanda de soutenir le M23, tandis que Kigali dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR. Malgré les démentis répétés de Kigali, un rapport du Groupe d’experts des Nations-Unies a confirmé en décembre 2025 la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés du M23.
Ces affrontements continuent de pousser des milliers de familles à fuir vers les pays voisins. La petite nation de l’Afrique de l’Est a reçu plus de 100 000 réfugiés congolais entre décembre et janvier, s’ajoutant à plus de 70 000 qui étaient arrivés dans le pays plus tôt dans l’année.
En décembre 2025, plusieurs réfugiés congolais, principalement de la minorité Banyamulenge, ont été ciblés par des rafles policières, suspectés d’être des collaborateurs du M23 ou du Rwanda. Une note du ministère burundais de l’Intérieur et de la Sécurité interdit toujours la location de logements et d’hôtels à des réfugiés congolais sous peine de sanctions. À ce jour, aucun porte-parole de la Police nationale du Burundi (PNB) n’a commenté ces allégations.
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Photo : Des jeunes marchent dans une rue de Bujumbura, soumis à des fouilles humiliantes par la police et les Imbonerakure, accusés arbitrairement d’être des “rebelles du M23” © SOS Médias Burundi
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