Busuma : survivre à la guerre pour mourir dans l’indifférence

Busuma : survivre à la guerre pour mourir dans l’indifférence

SOS Médias Burundi

Ruyigi, 2 mars 2026- Un réfugié congolais a été retrouvé mort à quelques kilomètres du camp de Busuma, dans l’est de la petite nation de l’Afrique de l’Est, ce dimanche 1er mars, après quatre jours de disparition. La victime, identifiée sous le prénom de Maurice, aurait été torturée à la machette, selon des témoignages recueillis auprès des réfugiés sur place.

D’après plusieurs sources au sein du camp, Maurice avait quitté le site en compagnie de trois autres réfugiés pour aller couper du bois dans les communautés hôtes avoisinantes. Le bois devait être revendu à l’intérieur du camp afin d’acheter de la nourriture pour leurs enfants, dans un contexte de pénurie persistante.

Selon des témoins, alors qu’ils coupaient des arbres dans une parcelle, des habitants burundais les auraient surpris et pourchassés. Trois d’entre eux ont réussi à s’enfuir, mais Maurice aurait été rattrapé. Après quatre jours de disparition, sa famille et ses proches ont mené des recherches. Son corps a finalement été retrouvé à l’endroit où il aurait été abandonné, couvert de sang et portant de multiples traces de violences à l’arme blanche.

Un climat de peur grandissant

Les réfugiés affirment que ce drame n’est pas un cas isolé. Depuis l’installation du camp en décembre dernier, au moins trois autres réfugiés auraient été tués dans des circonstances similaires. Ces violences alimentent un climat de peur et d’insécurité parmi les populations déplacées.

Au-delà des questions sécuritaires, les conditions de vie au camp de Busuma demeurent particulièrement précaires.

Stéphane, réfugié, témoigne :

« Beaucoup de familles n’ont pas suffisamment à manger. Les 38 000 francs burundais que nous recevons ne couvrent même pas une semaine, surtout avec la hausse des prix des denrées alimentaires et l’achat de l’eau, dont un bidon coûte 2 000 francs burundais. Les enfants souffrent de la faim, et certains parents sont contraints de quitter le camp pour chercher de la nourriture auprès des Burundais ou dans les camps voisins, faute d’opportunités de travail ici. »

La commune de Ruyigi, en province de Buhumuza, où est installé le camp de Busuma, abrite également deux autres sites accueillant des réfugiés congolais : Nyankanda et Bwagiriza.

À Busuma, chaque réfugié reçoit une allocation mensuelle de 38 000 francs burundais, une somme jugée largement insuffisante au regard du coût de la vie.

Kinshasa évoque un plan de rapatriement

Le Vice-Premier ministre congolais en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani, a déclaré que Kinshasa travaillait sur un mécanisme de retour progressif des réfugiés congolais installés au Burundi.

Cependant, sur le terrain, les réfugiés expriment leurs inquiétudes, soulignant que les conditions de sécurité et de survie restent extrêmement préoccupantes, tant dans les camps que dans certaines zones d’origine.

Une crise sanitaire dramatique

Depuis le 10 décembre 2025, le camp de Busuma, situé dans la zone Kayongozi de la commune Ruyigi, en province de Buhumuza, enregistre une série de décès parmi les réfugiés congolais.

Selon des informations recueillies sur place et des constats effectués au cimetière local, plus de 300 décès ont été enregistrés, liés à des maladies et à la précarité extrême des conditions de vie. Au 29 janvier 2026, un total de 349 tombes récentes a été répertorié au cimetière de la sous-colline Bikinga, à la périphérie est du camp. Aucun décès récent n’a été signalé parmi la population burundaise voisine.

Les victimes sont principalement des enfants de zéro à cinq ans et des personnes âgées de plus de 70 ans. Certaines femmes âgées ont également été retrouvées mortes au lever du jour, alors qu’elles semblaient en bonne santé la veille.

Les réfugiés dénoncent notamment :

la malnutrition chez les jeunes enfants ;

des maladies infectieuses comme le choléra, la dysenterie, la rougeole et le paludisme ;

des abris insuffisants et exposés au froid ;

le manque d’eau potable et de bornes fontaines ;

une distribution alimentaire irrégulière.

Un conflit régional aux lourdes répercussions

Le camp de Busuma accueille des réfugiés ayant fui les hostilités dans plusieurs localités du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, en décembre 2025.

À Busuma, à l’est du Burundi, un réfugié mort rappelle l’insécurité persistante dans le camp. ©SOS Médias Burundi

Ces violences impliquent les FARDC, appuyées par les troupes burundaises et les milices Wazalendo, contre les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), aujourd’hui intégrés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC).

La coalition contre le M23 comprend également les Forces démocratiques de libération du Rwanda ( FDLR), accusées d’avoir participé au génocide contre les Tutsis en 1994.

L’Alliance Fleuve Congo est dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI). Le mouvement contrôle plusieurs zones stratégiques, dont Goma et Bukavu, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus grands gisements mondiaux de coltan.

Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur consulté par SOS Médias Burundi, la petite nation de l’Afrique de l’Est aurait déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda reproche au Burundi et à la RDC leur appui aux FDLR. Malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre 2025 sous médiation américaine entre la RDC et le Rwanda, les affrontements se poursuivent sur le terrain. Le Burundi, lié à cet accord en tant qu’observateur, y était représenté par le président Évariste Ndayishimiye.

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Photo : des tombes très récentes ont été observées au cimetière de Bikinga, non loin du camp de Busuma, dans la province de Buhumuza à l’est du Burundi. Depuis décembre 2025, plusieurs familles réfugiées dans le camp ont perdu des proches, victimes des conditions de vie extrêmement précaires, du manque d’eau potable, de nourriture et d’accès aux soins de santé. Ce cimetière témoigne tristement du nombre croissant de décès dans la région.© SOS Médias Burundi

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