Burundi : libération provisoire du colonel Michel Kazungu et de l’ex-Premier ministre Alain Guillaume Bunyoni

Burundi : libération provisoire du colonel Michel Kazungu et de l’ex-Premier ministre Alain Guillaume Bunyoni

SOS Médias Burundi

Gitega, 12 mars 2026 — Deux figures liées à des dossiers judiciaires sensibles ont bénéficié mercredi d’une libération provisoire au Burundi. Il s’agit du colonel Michel Kazungu, condamné à la prison à perpétuité dans l’affaire du putsch manqué de mai 2015, et de l’ancien Premier ministre Alain Guillaume Bunyoni, lui aussi condamné à la perpétuité.

Le colonel Michel Kazungu, détenu à la prison centrale de Gitega, la capitale politique de la petite nation de l’Afrique de l’Est, a été autorisé à quitter l’établissement pénitentiaire pour des raisons de santé, selon des sources concordantes.

D’après ces sources, l’officier souffre d’une hépatite C à un stade avancé, une pathologie qui nécessite une prise en charge médicale spécialisée.

Depuis septembre 2024, ses proches plaidaient pour son transfert vers Bujumbura, la capitale économique, où se trouvent des structures hospitalières mieux équipées et des spécialistes capables d’assurer un suivi approprié. Cette demande n’avait toutefois pas reçu de suite favorable jusqu’ici.

La décision de libération provisoire suscite un mélange de soulagement et d’espoir parmi certains détenus de la prison centrale de Gitega.

« Cette mesure ravive un peu d’espoir pour nous », confie à SOS Médias Burundi un détenu sous couvert d’anonymat.

Le colonel Kazungu faisait partie des officiers reconnus coupables dans le dossier du coup d’État manqué de mai 2015, une tentative de renversement du pouvoir qui avait profondément marqué le Burundi et entraîné une vague d’arrestations, de procès et de condamnations au sein de l’armée, de la police et de l’opposition.

Selon nos informations, la procureure générale de la République ainsi que le directeur de la documentation intérieure du Service national de renseignement (SNR) s’étaient récemment rendus à Gitega pour constater la dégradation de son état de santé.

Officier issu de l’ancienne armée burundaise (ex-FAB), qui était dominée par la minorité tutsie avant l’intégration des mouvements rebelles hutus après l’accord d’Arusha, Michel Kazungu reste l’une des figures militaires associées aux événements de 2015.

Le colonel Michel Kazungu devant la cour d’appel de Gitega lors du procès des putschistes de la tentative de coup d’État de mai 2015, en décembre 2015. © Jean Pierre Aimé Harerimana / SOS Médias Burundi

Alain Guillaume Bunyoni également libéré

Le même jour, l’ancien Premier ministre Alain Guillaume Bunyoni a lui aussi bénéficié d’une libération provisoire, selon plusieurs sources concordantes, dont son avocat Maître Placide Gatoto et le directeur de la prison centrale de Gitega.

D’après un témoin, l’ex-homme fort du régime a quitté l’hôpital régional de Gitega vers 13 heures ce mercredi, où il était admis depuis plusieurs mois. Il occupait la chambre numéro 21 du service des urgences, sous la surveillance de médecins et de l’équipe de réanimation.

Après sa libération, les policiers et agents du Service national de renseignement qui sécurisaient les lieux ont quitté les abords de l’hôpital. Le général Bunyoni a ensuite quitté l’hôpital à bord d’un véhicule tout-terrain V8, accompagné de son épouse, Hyacinthe Niyonkuru.

Selon une source médicale, son état de santé demeure critique. Paralysé et très affaibli, il souffrirait notamment d’une hypertension sévère et d’un diabète très avancé. Des sources proches du dossier évoquent également un état dépressif lié aux plus de deux années passées en isolement à la prison centrale de Gitega.

Un ancien pilier du pouvoir condamné à perpétuité

Ancien chef de la police nationale, ministre de la Sécurité publique puis Premier ministre, Alain Guillaume Bunyoni était considéré comme l’une des figures les plus influentes du CNDD-FDD, l’ancienne rébellion hutu devenue parti au pouvoir en 2005.

Le 27 juin 2024, la Cour suprême avait confirmé sa condamnation à la prison à perpétuité. Parmi les accusations retenues contre lui figuraient notamment :

atteinte à la sécurité intérieure de l’État,

complot visant à renverser les institutions de la République,

tentative d’assassinat du président Évariste Ndayishimiye,

atteinte au bon fonctionnement de l’économie nationale,

détention illégale d’armes.

La justice avait également ordonné la confiscation de ses biens non déclarés, ainsi qu’une amende de 22,7 milliards de francs burundais.

Un signal politique ?

Pour plusieurs observateurs, ces deux libérations pourraient aussi avoir une dimension politique.

Selon un journaliste burundais spécialiste de la région, le président Évariste Ndayishimiye, qui a récemment pris la présidence tournante de l’Union africaine, chercherait à renforcer son image internationale.

« En libérant un Hutu et un Tutsi, le président veut se positionner comme un rassembleur, comme un père de la nation », analyse-t-il.

Cet analyste estime également que ces gestes pourraient s’inscrire dans la perspective de l’élection présidentielle prévue en 2027, dans un contexte économique difficile marqué notamment par une longue pénurie de carburant et des indicateurs économiques en berne.

Des gestes de clémence qui se multiplient

Ces décisions interviennent une semaine après la libération de deux journalistes, Sandra Muhoza et Kenny Claude Nduwimana.

Le cas de Sandra Muhoza était devenu emblématique de la répression contre la presse au Burundi. Quant à Kenny Claude Nduwimana, il a bénéficié d’une grâce présidentielle après avoir écrit au chef de l’État pour solliciter sa clémence, comme ce dernier l’avait publiquement suggéré en décembre dernier.

Ces différentes mesures pourraient marquer une nouvelle phase d’assouplissement politique dans la petite nation de l’Afrique de l’Est, même si les autorités judiciaires n’ont pour l’instant fourni aucune communication officielle détaillée sur les conditions exactes de ces libérations provisoires.

____________________________________________

Photo : L’ancien Premier ministre Alain Guillaume Bunyoni, ici lors de précédentes festivités de l’Indépendance au stade Intwari à Bujumbura. Condamné à la prison à perpétuité, il a bénéficié mercredi d’une libération provisoire pour raisons de santé. © SOS Médias Burundi

Previous RDC : une frappe de drone sur un quartier résidentiel de Goma tue une humanitaire de l’UNICEF
Next Bukinanyana : le corps d’un responsable local du CNDD-FDD retrouvé dans la rivière Kaburantwa

You might also like

Politique

Burundi : les renseignements torturent, le président parle de mission en solo et Rwasa d’une volonté du CNDD-FDD primant sur l’État

Au moins deux membres du CNL sont morts des suites d’actes de torture leur infligés par des agents du SNR (Service national de renseignements) au cours de ce mois. Le

Politique

Buyengero : une réunion des membres du comité du parti CNL suspendue

La réunion des membres des différents comités du parti CNL de la base au sommet dans la commune de Buyengero en province de Rumonge (sud-ouest du Burundi) a été suspendue

Politique

Burundi : tensions électorales persistantes malgré les appels à la tolérance

SOS Médias Burundi Malgré un appel solennel à la tolérance lancé par le président Évariste Ndayishimiye lors du coup d’envoi officiel de la campagne électorale, le 9 mai à Gitega,