RDC : Uvira verrouillée, les Wazalendo bloquent l’accès aux habitants des zones contrôlées par le M23

RDC : Uvira verrouillée, les Wazalendo bloquent l’accès aux habitants des zones contrôlées par le M23

SOS Médias Burundi

Uvira, 16 mars 2026 – Les miliciens Wazalendo opérant dans la localité de Runingu, dans le territoire d’Uvira au Sud-Kivu, ont annoncé ce dimanche l’interdiction d’entrée dans la ville d’Uvira pour toute personne en provenance des zones contrôlées par le mouvement rebelle Mouvement du 23 mars (M23).

Selon plusieurs sources locales, cette décision concerne particulièrement les voyageurs venant de la ville de Bukavu et d’autres localités de la plaine de la Ruzizi actuellement sous contrôle du M23.

Une mesure justifiée par des raisons sécuritaires

Dans un message adressé à la population ce dimanche, les Wazalendo ont indiqué avoir fermé l’accès à la ville d’Uvira pour les habitants provenant des zones occupées par « l’ennemi ».

Les miliciens affirment suspecter certains voyageurs d’activités d’espionnage visant à identifier les positions militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), ainsi que celles de leurs alliés présents dans la ville.

« Nous avons constaté que plusieurs véhicules venant de Bukavu transportent des personnes qui collectent des informations sur les positions militaires à Uvira », ont déclaré les Wazalendo.

Actuellement, la ville d’Uvira reste sous le contrôle des FARDC, appuyées par les Wazalendo et d’autres groupes armés locaux.

Un parking dans la ville d’Uvira transformé en point de contrôle par les milices Wazalendo, empêchant l’accès aux habitants venant des zones contrôlées par le M23, mars 2026. © SOS Médias Burundi

Des habitants refoulés aux marchés

Des habitants de la plaine de la Ruzizi, notamment de Kamanyola, Luvungi, Luberizi et Sange, affirment avoir été empêchés d’accéder au marché de Kashatu, situé dans la localité de Runingu.

Ces derniers expliquent qu’ils étaient venus pour participer aux activités commerciales du marché, mais ont été refoulés par les miliciens en raison de leur provenance de zones contrôlées par le M23.

Inquiétudes de la société civile

Certains acteurs de la société civile du territoire d’Uvira s’inquiètent des conséquences de cette décision sur la vie quotidienne de la population.

Selon eux, la mesure risque d’empêcher de nombreux habitants d’Uvira d’accéder à leurs champs agricoles et pâturages situés dans la plaine de la Ruzizi, notamment à Sange, Mutarule, Luberizi, Luvungi, Lubarika et Kamanyola.

Impact économique redouté

Des experts en économie locale soulignent également les risques économiques liés à la fermeture de l’axe routier entre Uvira et Bukavu.

Ils rappellent que la reprise récente des déplacements entre les deux villes avait favorisé les échanges commerciaux.

« Les voyageurs entre Uvira et Bukavu avaient recommencé leurs activités. Les poissons provenant d’Uvira étaient facilement vendus à Bukavu et même à Goma. De leur côté, les pagnes, vêtements et médicaments venant de Bukavu entraient sans difficulté à Uvira », expliquent-ils.

Selon ces analystes, la fermeture de ce corridor commercial risque d’avoir un impact négatif sur les populations des deux villes.

Des rumeurs sur une pression du Burundi

Par ailleurs, certaines sources évoquent une possible influence extérieure. Selon ces informations non confirmées, les autorités burundaises auraient encouragé les Wazalendo à fermer l’axe Uvira–Bukavu.

Cette décision viserait à limiter les déplacements des commerçants qui se rendaient auparavant au Burundi pour acheter des produits avant de les revendre à Bukavu.

Contexte sécuritaire régional

Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsis congolais, est aujourd’hui intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante de la RDC (CENI).

L’AFC/M23 contrôle désormais plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux des deux provinces, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde. Ce minerai stratégique fournit une part significative du tantale mondial, un métal essentiel à l’industrie électronique et aux nouvelles technologies.

L’AFC/M23 plaide pour l’instauration d’un État fédéral en République démocratique du Congo.

Diplomatie en échec

Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le M23, tandis que Kigali dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Malgré les démentis rwandais, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies évoque la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des combattants de l’AFC/M23.

Sur le terrain, les affrontements se poursuivent malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine, illustrant les difficultés des initiatives diplomatiques visant à stabiliser la région.

Le Burundi a participé à cet accord en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye. Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi en décembre 2025, le Burundi aurait déployé entre août 2022 et décembre 2025 plus de 29 000 soldats sur le sol congolais.

Ces militaires combattent aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa contre le M23. Le même document indique qu’environ 10 000 soldats burundais resteraient encore déployés dans l’est de la RDC. Dans certaines zones, cette coalition inclurait également des combattants des FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.

Un climat sécuritaire fragile à Uvira

En décembre 2025, le M23 s’était emparé d’Uvira, une ville située à quelques kilomètres seulement de Bujumbura, la capitale économique du Burundi où sont concentrées les agences des Nations unies, les ambassades et une grande partie de l’administration centrale, avant de s’en retirer définitivement en janvier dernier à la suite de pressions américaines.

Dans cette région, les milices Wazalendo suppléent souvent l’armée loyaliste, à laquelle elles reprochent sa faiblesse. Des cas d’affrontements entre militaires et Wazalendo, ou encore de désarmement de soldats par les miliciens, y sont régulièrement rapportés.

En septembre 2025, un général des FARDC avait été empêché d’accéder à Uvira par les Wazalendo, qui avaient soulevé une partie de la population. Des manifestations avaient alors éclaté, faisant une dizaine de morts. Le commandement des FARDC avait finalement muté le général Olivier Gasita vers une autre affectation.

Les Wazalendo le soupçonnaient d’être un espion du Rwanda et du M23, en raison notamment de son appartenance à la minorité tutsie Banyamulenge.

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Photo : Un checkpoint de l’armée congolaise dans le Sud-Kivu, près de la frontière burundaise, une zone marquée par la présence de milices Wazalendo soutenues par les autorités de Kinshasa. © SOS Médias Burundi

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