RDC : bombardements, tensions militaires et rivalités régionales au cœur d’un conflit qui s’enlise dans l’est du pays
SOS Médias Burundi
Bukavu , 22 mars 2026 —Dans l’est de la République démocratique du Congo, une nouvelle vague d’accusations de bombardements visant des civils ravive les tensions dans le territoire de Fizi, en province du Sud-Kivu. Des frappes attribuées aux Forces armées de la RDC (FARDC), opérant en coalition avec l’armée burundaise et des milices locales Wazalendo, auraient touché des zones habitées par des populations Banyamulenge, selon des sources locales.
Ces opérations interviennent dans un contexte de combats persistants impliquant plusieurs acteurs armés, dont le M23 et le groupe Twirwaneho, composé majoritairement de jeunes Banyamulenge et considéré comme un allié stratégique du M23 dans le Sud-Kivu. Les affrontements entre ces différents groupes et les forces alliées à Kinshasa continuent d’exposer les civils à des risques élevés dans plusieurs zones rurales enclavées.
Selon des informations recueillies par SOS Médias Burundi, les bombardements des 19 et 20 mars 2026 auraient causé des victimes parmi les civils Banyamulenge, notamment des femmes et des enfants, ainsi que la destruction d’habitations. Des blessés auraient été admis dans des structures sanitaires locales, bien que l’accès à ces zones reste limité pour les observateurs indépendants.

Dans cette région, l’armée burundaise combat aux côtés des FARDC, l’armée loyaliste congolaise et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa. Ces forces affrontent notamment le M23 et ses alliés, dans un environnement marqué par des rivalités militaires, politiques et communautaires.
Le M23, une ancienne rébellion majoritairement tutsi ayant repris les armes fin 2021, est aujourd’hui affilié à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), une coalition politico-militaire dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la République démocratique du Congo. La coalition plaide pour l’instauration d’un État fédéral en RDC. Elle contrôle plusieurs zones stratégiques dans l’est du pays, notamment les villes de Goma et Bukavu, ainsi que des sites miniers importants comme Rubaya, l’un des principaux gisements mondiaux de coltan.
Sur le plan militaire, un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi en décembre 2025 indique que la Force de Défense Nationale du Burundi (FDNB) a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025. Ce déploiement s’inscrit dans le cadre d’une coopération sécuritaire entre Gitega et Kinshasa visant à renforcer la coopération sécuritaire, dans un contexte régional marqué notamment par les accusations liées au génocide des Tutsis de 1994 et les tensions persistantes entre États des Grands Lacs.
Le porte-parole de la FDNB, le général de brigade Gaspard Baratuza, a reconnu sur la BBC que certains civils Banyamulenge peuvent se retrouver bloqués dans des zones considérées comme des zones de combat. Il a déclaré : « C’est compréhensible que ceux qui vont acheter des vivres pour l’ennemi soient bloqués », une position qui suscite des critiques de la part d’organisations de défense des droits humains et de représentants de la communauté Banyamulenge.

Sur le terrain, l’AFC et ses alliés contrôlent plusieurs zones stratégiques dans l’est du pays, notamment les villes de Goma et Bukavu, ainsi que des sites riches en ressources naturelles comme Rubaya, un important gisement de coltan utilisé dans l’industrie technologique mondiale.
Les tensions régionales entre la RDC, le Rwanda et le Burundi alimentent également l’instabilité. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, ce que le Rwanda dément fermement, tandis que Kigali accuse à son tour la RDC et le Burundi de soutenir les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.
Malgré ces divergences, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies publié en décembre 2025 affirme la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des combattants du M23 dans l’est de la RDC.
Les initiatives diplomatiques peinent à apaiser durablement la situation. Un accord signé à Washington le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine visait à réduire les tensions et à favoriser une coopération sécuritaire entre les deux pays. Le Burundi a pris part à cet accord en qualité d’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.
Dans ce contexte, des organisations issues de la communauté Banyamulenge dénoncent des violences ciblées, des déplacements massifs et des restrictions de mouvement, tandis que d’autres acteurs contestent ces accusations et évoquent des enjeux politiques et narratifs autour du conflit dans l’est de la RDC.
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Photo : des décombres d’une maison détruite par des bombardements à Minembwe, dans l’est de la République démocratique du Congo, en mars 2026. Cette zone, marquée par des affrontements entre groupes armés et forces gouvernementales alliées à des partenaires régionaux, reste fortement affectée par l’insécurité, exposant les populations civiles à des destructions et des déplacements répétés. © SOS Médias Burundi
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