Burunga : violences, abus et torture présumée… des officiers de la FDNB éclaboussés par deux affaires graves
SOS Médias Burundi
Burunga, 13 mai 2026 — Deux affaires impliquant des officiers de la FDNB (Force de Défense Nationale du Burundi) secouent depuis plusieurs semaines la province de Burunga, dans le sud du Burundi, et alimentent de vives inquiétudes au sein de l’armée comme dans la population civile. Entre enlèvement armé, tentative de viol sur une civile et accusations de torture ayant conduit à la mort d’un militaire, plusieurs voix dénoncent une montée inquiétante des abus attribués à certains officiers de la 4ᵉ Division militaire.
Le Tribunal de Grande Instance de Musongati, siégeant dans l’enceinte de la prison de Rutana, a condamné jeudi 7 mai le capitaine Célestin Baragunzwa à 20 ans de servitude pénale.
Cet officier affecté au camp militaire de Kayero, en commune Musongati, a été reconnu coupable d’enlèvement avec usage d’arme, de vol avec intimidation et de tentative de viol sur une jeune femme nommée Ikorineza, employée dans un point de transfert d’argent par téléphone à Gitega, la capitale politique du Burundi.
Selon les éléments présentés par le ministère public, l’officier aurait utilisé un véhicule ainsi qu’un pistolet de service pour attirer puis menacer sa victime avant de tenter de l’emmener de force vers une zone isolée située sur la colline Nyanza, en commune Musongati, à plusieurs kilomètres de Gitega.
Sous la menace de son arme, la jeune femme aurait été contrainte de se déshabiller avant de réussir à s’échapper du véhicule en pleine nuit, profitant d’un moment d’inattention de l’officier. Selon des témoins, la victime a fui sans même ses sous-vêtements et a trouvé refuge dans un ménage voisin où la cheffe de famille lui a donné des vêtements.
Le capitaine Baragunzwa avait été arrêté dans la nuit du 26 avril vers minuit par des Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, sur la colline Nyanza.
Les Imbonerakure participent aux rondes nocturnes aux côtés de la police et contribuent à la sécurisation des frontières avec l’armée. Ils opèrent parfois munis d’armes blanches et, dans certains cas, d’armes à feu.
Cette affaire a profondément choqué plusieurs habitants de Burunga, qui dénoncent l’implication d’un officier censé assurer la protection des civils dans des actes criminels commis avec une arme de service.
Mort du caporal Albert Hatungimana : un major accusé de torture
L’autre dossier qui secoue actuellement les milieux militaires concerne la mort du caporal Albert Hatungimana.
Le major Gilbert Manirakiza, surnommé “Kibogoye”, commandant adjoint du Bataillon Support de la 4ᵉ Division au camp Mabanda, a été transféré le vendredi 8 mai à la prison centrale de Mpimba à Bujumbura, dans la capitale économique du Burundi, dans l’attente de son procès.
Il est accusé d’avoir joué un rôle direct dans les sévices qui auraient entraîné la mort du caporal le 27 avril dernier.
Selon plusieurs témoignages internes à l’armée, le militaire décédé avait été interpellé après une altercation mineure dans un commerce de Mabanda alors qu’il se trouvait en état d’ébriété. Après avoir indemnisé les dégâts causés, il avait été reconduit au camp pour des sanctions disciplinaires.
Mais une fois placé en cellule disciplinaire, la situation aurait dégénéré.
Des sources militaires affirment que le major Manirakiza aurait ordonné à des soldats de battre violemment le caporal. Les coups auraient été d’une extrême brutalité, au point que la victime aurait commencé à cracher du sang avant d’être transférée dans un état critique à l’hôpital de Makamba, où il a succombé.
Un climat de peur dénoncé dans certains camps militaires
Au sein même de l’armée, plusieurs militaires décrivent le major Manirakiza comme un officier redouté pour ses méthodes de commandement.
Certains de ses collègues, contactés sous anonymat, évoquent depuis longtemps des accusations informelles d’abus de pouvoir, d’intimidations et de violences disciplinaires visant cet ancien combattant issu de la rébellion.
Bien que ces accusations n’aient jamais donné lieu à des poursuites officielles, plusieurs soldats estiment que la mort du caporal Albert Hatungimana a ravivé des frustrations longtemps restées silencieuses dans certaines unités militaires de Burunga.
Pour plusieurs observateurs, l’ouverture d’une procédure judiciaire contre un officier supérieur constitue déjà un précédent rare dans un environnement où les hauts gradés sont souvent perçus comme difficilement inquiétés par la justice militaire.
Une image sérieusement fragilisée
Entre violences contre des civils, usage d’armes de service dans des actes criminels et accusations de torture interne, ces deux affaires portent un coup sérieux à l’image des forces de défense dans la province de Burunga.
Elles surviennent dans un contexte déjà tendu au sein de la FDNB, notamment en raison du déploiement de militaires burundais dans l’est de la RDC aux côtés des FARDC, des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa et, dans une certaine mesure, des FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis de 1994, contre les rebelles du M23.
Selon plusieurs sources militaires et judiciaires, au moins 272 militaires burundais ont récemment été condamnés à des peines allant jusqu’à la perpétuité pour avoir refusé d’aller combattre en RDC, une première dans les rangs de la FDNB.
Dans les milieux militaires comme au sein de la société civile, plusieurs voix réclament désormais des enquêtes approfondies ainsi que des sanctions exemplaires contre les responsables présumés.
Certains soldats espèrent également que ces procédures judiciaires permettront de restaurer la discipline, le professionnalisme et la confiance au sein de la FDNB, déjà fortement fragilisée par les tensions internes et les conséquences du conflit dans l’est congolais.
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Photo : Des militaires burundais dans un défilé en marge de la célébration de l’indépendance du Burundi, le 1er juillet 2023 à Gitega, la capitale politique. En province de Burunga, deux affaires impliquant des officiers de la FDNB — l’une liée à une tentative présumée de viol armé contre une civile, l’autre à des actes de torture ayant conduit à la mort d’un militaire — ravivent les inquiétudes autour des abus, violences et dérives disciplinaires au sein de certaines unités de l’armée burundaise. © SOS Médias Burundi
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