Kirundo : interdiction de circuler après 20h, mais des motards proches des Imbonerakure épargnés

Kirundo : interdiction de circuler après 20h, mais des motards proches des Imbonerakure épargnés

SOS Médias Burundi

Kirundo, 1er juin 2026 – Une vive tension secoue la commune de Kirundo, dans la province de Butanyerera, au nord de la petite nation d’Afrique de l’Est, après l’instauration d’une mesure interdisant la circulation des motards au-delà de 20 heures. Une décision administrative que plusieurs conducteurs de motos dénoncent comme discriminatoire et appliquée de manière sélective.

Selon plusieurs motards rencontrés au centre de Kirundo, cette restriction a fortement réduit leurs revenus, le transport nocturne représentant une part importante de leur activité quotidienne.

« Depuis l’instauration de cette mesure, nos revenus ont fortement diminué. Beaucoup de clients voyagent après 20 heures et nous ne pouvons plus les servir », déplore un conducteur de moto.

Les protestataires affirment également que la mesure ne serait pas appliquée de la même manière à tous. Ils dénoncent le fait que certains conducteurs proches des Imbonerakure continueraient à circuler librement la nuit, parfois jusqu’au matin, sans être inquiétés.

« Nous sommes arrêtés et sanctionnés, mais d’autres travaillent toute la nuit sans problème. Nous ne comprenons pas cette différence de traitement », affirme un autre motard.

Les Imbonerakure sont les membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti présidentiel. Ils participent, selon plusieurs témoignages, aux rondes nocturnes aux côtés de la police et prennent également part à la sécurisation des frontières en appui aux forces de défense et de sécurité.

Des sanctions jugées lourdes

Selon plusieurs témoignages, tout motard surpris en activité après 20 heures s’expose à une amende de 50 000 francs burundais, ainsi qu’à la saisie de sa moto pour une durée pouvant aller jusqu’à un mois.

Pour les conducteurs, ces sanctions sont jugées excessives.

« 50 000 francs burundais, c’est énorme pour nous. Et rester un mois sans moto signifie perdre notre seule source de revenus », explique un motard.

L’administration invoque la sécurité

Contacté, l’administrateur de la commune de Kirundo, Jean Berchmans Ndikuriyo, justifie cette mesure par des raisons sécuritaires. Selon lui, certains individus utiliseraient les motos pour se déplacer discrètement la nuit et commettre des actes susceptibles de troubler l’ordre public.

« Notre priorité est de garantir la sécurité de la population », a-t-il déclaré, ajoutant que la décision ne vise pas à pénaliser les motards mais à prévenir les risques sécuritaires.

Accusations de traitement inégal

Malgré ces explications, plusieurs motards maintiennent que l’application de la mesure serait inéquitable. Ils affirment que certains conducteurs, supposés proches des Imbonerakure, bénéficieraient d’une tolérance particulière leur permettant de circuler la nuit en collaboration avec les forces de l’ordre.

Cette situation alimente un climat de frustration et de méfiance au sein des conducteurs de motos.

Les usagers dénoncent la flambée des tarifs nocturnes

Les habitants de Kirundo disent également subir les conséquences de cette restriction. Le nombre réduit de motos disponibles la nuit aurait entraîné une hausse importante des prix.

« Trouver une moto la nuit est devenu très difficile. Et quand on en trouve une, le prix est très élevé », témoigne un habitant.

Dans certains cas, les tarifs nocturnes auraient doublé, notamment pour les urgences médicales ou les déplacements imprévus.

Appel à une application équitable de la mesure

Face à cette situation, les motards appellent les autorités à revoir la décision et à garantir une application équitable des règles pour tous les conducteurs, sans distinction.

« Nous demandons simplement à être traités de la même manière et à pouvoir travailler dans des conditions justes », plaide un représentant des motards.

Les habitants, de leur côté, espèrent une solution équilibrée conciliant impératifs de sécurité et réalités économiques, afin d’apaiser les tensions dans la commune de Kirundo.

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Photo : Un parking de motos dans le chef-lieu de la province de Kirundo, au nord du Burundi. De nombreux motards y expriment leurs plaintes face aux restrictions de circulation nocturne qu’ils jugent pénalisantes pour leurs revenus et appliquées de manière inégale. © SOS Médias Burundi

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