Rwasa face à son destin : la Cour suprême met en délibéré le dossier qui pourrait relancer sa carrière politique
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 16 juillet 2026 –La Cour suprême a mis en délibéré, ce jeudi, le procès opposant Agathon Rwasa à Nestor Girukwishaka dans le litige portant sur la direction du Congrès national pour la liberté (CNL). Après une troisième audience marquée par l’absence du dirigeant issu du congrès extraordinaire de Ngozi, le verdict est attendu dans un délai de 60 jours. À moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, cette décision pourrait être déterminante pour l’avenir politique de l’ancien chef rebelle hutu et figure majeure de l’opposition burundaise.
La troisième audience du procès opposant les deux anciens compagnons de lutte s’est tenue ce jeudi devant la Cour suprême, à Bujumbura, la capitale économique du Burundi. Le leader historique du CNL était présent à l’audience, tandis que le président reconnu du parti par les autorités ne s’est pas présenté devant les juges. Son avocat a néanmoins assuré sa défense et demandé à la Cour de prendre en considération le mémoire déjà déposé.
Au cours des débats, la défense a expliqué qu’elle attendait toujours une réponse de la Cour concernant la requête introduite par l’ancien président du CNL sur le fondement de son recours, ainsi que sur la responsabilité des membres du comité exécutif dans le dossier RPA 68 opposant les deux camps.
À l’issue des plaidoiries, la Cour suprême a décidé de mettre l’affaire en délibéré. Sa décision est attendue dans un délai de 60 jours.
À l’extérieur du palais de justice, plusieurs partisans du leader historique du CNL s’étaient rassemblés devant le parquet général pour suivre le déroulement de l’audience. Un important dispositif de sécurité avait été déployé par la police afin de prévenir tout risque de confrontation entre les sympathisants des deux camps. Finalement, l’audience s’est déroulée sans incident et n’a duré que quelques minutes.
Certains militants du CNL restés fidèles à l’ancien président du parti estiment que l’absence de son adversaire devant la Cour traduisait un manque d’arguments dans ce dossier. Cette interprétation n’a pas été commentée par la partie adverse.
Une bataille pour le contrôle du CNL depuis 2023
Le conflit entre les deux dirigeants trouve son origine en mars 2023, lorsqu’un congrès extraordinaire organisé à Ngozi, dans le nord du Burundi, a destitué le leader historique du CNL de la présidence du parti et porté Nestor Girukwishaka à la tête de la formation politique pour un mandat de cinq ans.
Le ministre burundais en charge des affaires intérieures de l’époque, Martin Niteretse, avait confirmé les résolutions du congrès extraordinaire de Ngozi ayant consacré le nouveau président du CNL, en remplacement d’Agathon Rwasa.
Cette reconnaissance officielle avait renforcé la position de la nouvelle direction, considérée par les autorités comme la représentante légale du parti. Mais l’ancien chef rebelle hutu avait rejeté cette décision, dénonçant un « pseudo-congrès » et un « mercenariat politique ».
Il accusait le pouvoir d’avoir favorisé une dissidence au sein du CNL afin d’affaiblir une formation qui représentait alors l’une des principales forces de l’opposition burundaise.
Selon ses partisans, plusieurs cadres et militants proches de l’ancien président du parti avaient été empêchés de participer au congrès de Ngozi. Ils estimaient que son éviction répondait à une volonté de l’écarter avant les élections de 2025.
De son côté, la nouvelle direction du CNL avait défendu la légitimité du changement de leadership. Elle affirmait que cette décision résultait d’une volonté interne de « redynamiser » le parti et non d’exclure son ancien dirigeant.
« Ce qui s’est passé, c’est juste un choix pour changer le leadership au niveau supérieur, mais ce n’est pas un changement pour exclure Rwasa du parti », avait déclaré le nouveau patron du CNL, affirmant que son prédécesseur restait le bienvenu comme simple militant.
Une bataille judiciaire aux conséquences politiques
Le contentieux autour de la direction du CNL a déjà eu des conséquences directes sur la trajectoire politique de l’ancien président du parti.

Lors des élections législatives et communales de juin 2025, sa candidature sous la bannière de la coalition Burundi Bwa Bose avait été rejetée par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). L’institution électorale lui reprochait d’être toujours membre du CNL alors qu’il se présentait sous une autre formation politique.
Cette décision l’avait empêché de participer au scrutin et avait renforcé les inquiétudes de ses partisans sur son avenir politique.
L’ancien candidat malheureux à la présidentielle de 2020 continue de revendiquer son statut de leader légitime du CNL. Il affirme ne pas vouloir créer un nouveau parti politique et soutient que seule une compétition électorale libre et transparente peut permettre une véritable alternance au Burundi.
Un verdict attendu avant la présidentielle de 2027
À l’approche de la présidentielle prévue en 2027, la décision de la Cour suprême est particulièrement attendue.
Une victoire judiciaire pourrait permettre au leader historique du CNL de retrouver une position politique renforcée et de préparer son retour sur la scène électorale. À l’inverse, une décision favorable à la direction actuelle du parti pourrait consolider définitivement la nouvelle configuration du CNL.
Après plus de trois années de bras de fer, la Cour suprême est appelée à trancher un dossier qui dépasse la simple question de leadership au sein d’un parti. Son verdict pourrait influencer l’avenir de l’opposition burundaise et peser sur les équilibres politiques à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
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Photo : Agathon Rwasa, entouré de ses partisans, donne une conférence de presse. La Cour suprême a mis en délibéré, ce jeudi 16 juillet, le procès qui l’oppose à Nestor Girukwishaka dans le litige portant sur la direction du CNL. ©SOS Médias Burundi
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