Burundi : les parents d’élèves tués à Kibimba réclament toujours justice,28 ans après

Burundi : les parents d’élèves tués à Kibimba réclament toujours justice,28 ans après

Des parents et amis de plus de 150 élèves Tutsis qui ont été brûlés vifs le 21 octobre 1993 à Kwibubu ont commémoré la disparition des leurs. Toutefois seulement 10 personnes ont été autorisées de se rendre sur le lieu où reposent les restes de ces victimes de cette barbarie humaine. Les rescapés, les parents et l’association AC Génocide Cirimoso demande au gouvernement de les laisser commémorer les leurs comme ils le souhaitent et exigent justice. (SOS Médias Burundi)

Dans une prière qui s’est déroulée à Kwibubu sur le monument qui a été érigé en mémoire de plus de 150 élèves Tutsis du lycée de Kibimba en commune de Giheta dans la province de Gitega (centre du Burundi), Abbé Claver Nzeyimana , vicaire de la paroisse de Murayi (toujours à Gitega) a prêché l’amour, le pardon, la réconciliation ainsi que la cohabitation pacifique.

Abbé Nzeyimana a demandé aux Burundais de dépasser leur différence ethnique , régionale et religieuse pour respecter le droit de la personne humaine, de consolider l’unité et la paix.

Au nom des rescapés des massacres des élèves Tutsis du lycée de Kibimba , Florence Rutamuceru est revenue sur le calvaire qu’ils ont enduré. « Ils avaient été rassemblés à la station service de Kwibubu pour subir une mort atroce, brûlés vifs », a-t-elle rappelé.

Pour deux années consécutives, les autorités burundaises ont empêché aux familles et associations de commémorer les leurs comme ils le désirent.
Seulement dix personnes ont été autorisées. Plusieurs policiers étaient présents pour faire respecter la mesure du ministe en charge des affaires intérieures.
Madame Rutamuceru demande au gouvernement burundais de permettre à tous ceux qui le veulent de se rendre au mémorial.

Les participants à la commémoration des victimes du lycée de Kibimba écoutent un discours de circonstance

Le président de l’association AC Génocide Cirimoso Lothaire Niyonkuru a,quant à lui déploré la persécution et les intimidations dirigées contre des déplacés intérieurs, rescapés de massacres de 1993 qui ont emporté plus de Tutsis que de Hutus. Il a conseillé aux autorités burundaises de créer un environnement permettant une vraie réconciliation et un retour massif de réfugiés.

Il a demandé que les auteurs des massacres soient connus et traduits devant les juridictions compétentes.

Simon Suguru qui a représenté des parents qui ont perdu leurs enfants au lycée de Kibimba a demande à la CVR (Commission Vérité et Réconciliation) de travailler professionnellement et d’entamer la recherche de la vérité sur d’autres crises qu’a connu le Burundi. Il faisait allusion à des enquêtes de cette commission qui ne sont centrées que sur les évènements de 1972 ayant emporté plus de Hutus que de Tutsis.

Selon notre reporter, un peloton des policiers lourdement armés sous le commandement d’un officier supérieur avait été déployé pour s’assurer que le nombre de participants ne dépasse pas dix personnes, une volonté du ministre Gervais Ndirakobuca en charge de la sécurité et des affaires intérieures.

Même les journalistes ont dû s’expliquer avant de recevoir la permission d’y accéder.

Les dix participants à la commémoration des victimes du lycée de Kibimba devant le mémorial de Kwibubu

Les élèves de Kibimba ont été tués à la suite de l’assassinat du premier président Hutu démocratiquement élu Melchior Ndadaye tout comme des centaines de milliers d’autres Tutsis. Ce jeudi, la commémoration de sa mort a eu lieu dans toutes les provinces.

La cérémonie a accueilli beaucoup de monde à l’exception de Kwibubu où le ministre a évoqué  » la situation actuelle de propagation du Covid-19″ pour limiter le nombre de participants.

Sur les réseaux sociaux, les internautes ne se pas empêchés d’ironiser que celui communément connu sous le sobriquet de « Ndakugarika (Je vais t’étendre raide mort) », avait envoyé ce jeudi 21 octobre le Coronavirus à Kwibubu seulement.

Pour d’autres observateurs, il s’agit du « négociationisme ».
L’année dernière, ce sont les autorités communale et provinciale de Gitega qui avaient interdit la commémoration, évoquant « la sécurité de ce lieu situé sur la colline natale du président Evariste Ndayishimiye » qui y possède d’ailleurs une résidence.

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Photo : deux membres des associations AC Génocide Cirimoso et des rescapés des massacres de Kibimba déposent une gerbe de fleurs sur le mémorial de Kwibubu

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