Bujumbura : panique dans le site de déplacés de Kabezi

Bujumbura : panique dans le site de déplacés de Kabezi

Un climat malsain règne au site de déplacés de Kabezi, dans la province de Bujumbura (ouest du Burundi). L’administration menace d’expulser les déplacés vivant dans ce camp depuis la crise de 1993 déclenchée par l’assassinat du premier président Hutu démocratiquement élu Melchior Ndadaye et suivie de massacres de Tutsis dans tout le pays. L’ AC -Génocide Cirimoso indique que cette décision est une entrave à la réconciliation. (SOS Médias Burundi)

Selon des habitants du site de déplacés de Kabezi, depuis trois semaines le gouverneur de la province de Bujumbura et l’administrateur communal leur ont donné l’ordre d’évacuer le camp. La décision est également de démolir les maisons construites dans ce camp qui est un espace de la commune.

« On est installé ici depuis 1993. Le gouvernement nous a installés ici car nous venions de survivre aux massacres dans nos ménages. Les uns y ont érigé de grandes maisons en dur. Nos enfants sont nés ici. Ce site fait partie de notre vie. On ne comprend pas pourquoi on veut nous chasser de force », dit Julien Ndihokubwayo, représentant des déplacés du site de Kabezi.

Des Imbonerakure (membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir le CNDD-FDD) viennent chaque jour « nous intimider et nous disent de quitter nos maisons. Ils battent nos femmes et tendent des embuscades aux jeunes gens. On a six jeunes hôpitalisés », accuse-t-il.

L’association AC-Génocide Cirimoso dénonce « un acharnement contre la minorité Tutsi ».

« Ces rescapés ont fui les massacres. Ils ont été regroupés à cet endroit pour survivre. Les déloger de force est une violation flagrante des traités internationaux dont le Burundi est signataire. C’est une entrave à la réconciliation. Un survivant est une personne à protéger et non à stigmatiser. Ce site devrait être un patrimoine au lieu d’être démoli », fait savoir Terrence Mushano, porte-parole d’AC Génocide Cirimoso.

Contacté à ce sujet, l’administrateur de la commune de Kabezi a indiqué que la décision est irrévocable.

« Ces déplacés ne peuvent plus évoquer la question d’insécurité. Ils doivent rentrer chez eux sans condition. La commune a besoin de ce site pour des activités d’intérêt général », a tenu à clarifier l’administrateur de Kabezi.

Depuis au moins quatre ans, les autorités burundaises et les responsables du CNDD-FDD, le parti présidentiel ont publiquement affiché à maintes reprises la volonté de fermer les camps de déplacés Tutsis sur tout le territoire burundais.

Dans les provinces de Bubanza (ouest) , Ngozi, Kirundo et Kayanza (nord) ainsi que Gitega (centre), des déplacés ont été harcelés et emprisonnés abusivement. Ils sont souvent soupçonnés par les autorités locales d' »entretenir des liens avec des groupes armés et de s’opposer aux ordres du gouvernement ».

Certains d’entre eux n’ont pas encore été retrouvés après avoir été enlevés par des hommes en uniforme de la PNB (police nationale du Burundi).

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Photo d´illustration : le centre de Kabezi sur la route Bujumbura-Rumonge

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