Nduta (Tanzanie) : quatre des huit réfugiés disparus en mai retrouvés torturés
Des réfugiés avaient été enlevés du camp de Nduta en mai dernier pour se retrouver dans des cachots du district de Kasulu dans le nord-ouest de la Tanzanie. Relâchés après avoir payé de l’argent, ils dénoncent des actes de torture qu’ils ont subis. (SOS Médias Burundi)
Quand ils ont été enlevés par la police dans leurs villages en mi-mai dernier, ils étaient au nombre de huit réfugiés burundais.
« On a été conduits, les visages bandés, vers une destination inconnue. Ils nous ont battus à l’aide des crosses de fusils dans leur pic-up », témoignent les quatre réfugiés libérés.
Ils se sont ensuite retrouvés dans des cachots de la police du district de Kasulu, loin de leur camp situé dans le district de Kibondo, dans la région de Kigoma, frontalière avec le Burundi.
« Quand nous avons recouvré la conscience, nous nous sommes aperçus que nous ne sommes plus au nombre de huit, mais plutôt à quatre. Pour les autres, on n’en sait rien », ajoutent ces réfugiés burundais.
Soupçons de collaboration avec des groupes rebelles
« On nous a forcés d’affirmer que nous faisons partie des groupes de bandits armés, que nous achetons des produits volés pour ensuite les revendre. Dans un premier temps nous avons refusé et indiqué au procès-verbaliste que nous ne savions même pas où et pourquoi nous sommes emprisonnés », témoignent-ils.
C’est là que le calvaire a commencé.
« Le lendemain, c’était la galère pour nous : des fouets à l’aide des bars de fer, diverses formes de torture sur les fesses, sous les pieds, et tant d’autres, jusqu’à ce qu’à ne plus pouvoir marcher. Ils ont alors attendu que nous retrouvions un peu de force pour refaire l’interrogatoire et, du coup, nous avons été contraints de tout admettre pour sauver notre peau », se souviennent les concernés, avec amertume.
Pots de vin
Pour être libérés, ils ont dû donner de l’argent à des « commissionnaires que nous ne sommes pas parvenus à identifier».
A leur retour au camp de Nduta, ils n’avaient pas de blessures ou de fractures apparentes, mais ils suivent des traitements à cause des tortures subies.
« Ces gens-là, ils savent comment torturer sans laisser de traces. J’ai tout mon corps endolori. Je ne peux pas bien marcher. Je me suis rendu au dispensaire et on m’a donné des cures pour soulager mes douleurs, en vain », explique l’un d’eux, qui vit dans la zone 13.
Quand ils ont été kidnappés au camp, leurs familles avaient saisi la police qui avait indiqué ne pas savoir ni les auteurs de leur arrestation ni le lieu où ils étaient détenus. Une explication qui n’avait pas convaincu les familles des victimes.
« Comment des policiers venus d’ailleurs pouvaient connaître les villages et les numéros d’habitation, sans être guidés par ceux d’ici ? Ils refusent tout simplement de nous livrer l’information. Et nous craignons pour leur sécurité. Tout peut leur arriver sans omettre des tortures ou des déportations alors qu’ils sont innocents », avaient fait savoir leurs amis et voisins.
Le camp de Nduta en Tanzanie est souvent le théâtre d’arrestations arbitraires. Les réfugiés burundais qui sont arrêtés, voire enlevés, sont souvent accusés de collaborer avec des rebelles ou des opposants au régime burundais.
Pourtant, les enlèvements semblaient avoir cessé au camp de Nduta depuis l’année dernière. Les réfugiés demandent au HCR et au gouvernement tanzanien de « garantir notre sécurité ».
En 2020, au moins huit autres réfugiés burundais avaient été kidnappés par les services de sécurité tanzaniens avant de se retrouver dans des prisons burundaises. Ils étaient accusés de « collaborer avec des groupes rebelles ». Ils ont été libérés en février dernier.
Le camp de Nduta compte plus de 76.000 réfugiés burundais.
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Photo : le camp de réfugiés burundais de Nduta au nord-ouest de la Tanzanie
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