Gitega : le président Neva s’en prend de nouveau aux magistrats

Gitega : le président Neva s’en prend de nouveau aux magistrats

Le président burundais a accusé vendredi les magistrats de « me prendre pour un Vaurien » et menacé encore une fois de livrer les juges corrompus à la population pour qu’elle les punisse elle-même. Il a reproché aux magistrats de vouloir rester dans l’ordre des magistrats même quand il leur est confié d’autres responsabilités, les qualifiant de criminels et mercenaires. (SOS Médias Burundi)

Évariste Ndayishimiye propose de donner ses propres véhicules, ceux du premier ministe et du président de l’Assemblée nationale aux juges qui n’exécutent pas les procès par manque de déplacement. Il l’a annoncé ce vendredi quand il lançait la rentrée judiciaire 2023-2024.

Il s’en est pris aux magistrats qui veulent rester dans l’ordre des magistrats alors qu’ils ont été nommés à d’autres postes.

« Les militaires et policiers acceptent d’être détachés mais vous les magistrats vous voulez rester dans l’ordre des magistrats même quand vous êtes nommés à d’autres postes de responsabilités. Vous vous prenez pour qui? », a-t-il insisté.

Manque de respect

« Je sais que parmi vous il y en a qui me prennent pour un ‘Vaurien’. Je ne serai pas surpris si vous me demandiez un jour de vous consulter avant même de prendre la mesure de grâce présidentielle. Mais vous vous trompez car je reste le seul et unique juge suprême dans ce pays », s’est emporté devant la ministre de la justice, le procureur général, le président de la cour suprême et plusieurs généraux de la police et de l’armée, sous les applaudissements d’une foule qui était venue assister à la cérémonie et le roulement de tambour au stade Ingoma dans la ville de Gitega.

Renforcer l’idée de livrer les magistrats corrompus à la population

Il a renforcé son idée de livrer les juges corrompus à la population les qualifiant de « criminels et mercenaires », comme il l’avait fait le week-end dernier en province de Makamba (sud du pays) en marge de la journée dédiée aux Imbonerakure (membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir).

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« Quand la communauté internationale accuse la justice burundaise d’être corrompue et non indépendante, elle devrait plutôt dire que beaucoup de magistrats sont des mercenaires et criminels car moi le juge suprême dans ce pays je suis irréprochable. C’est vous que l’on devrait blâmer. Si vous ne voulez pas bien faire votre travail, dites-le moi et je demanderai aux justiciables…., avez-vous besoin de 100 millions pour bien traiter une seule affaire? Je demanderai à la population et nous allons les collecter, mais vous n’aurez plus d’excuses…!Démissionnez si vous n’êtes plus capables de faire votre boulot », a-t-il enfoncé le clou.

Affaiblir le président

Pour le chef de l’État burundais, les magistrats qui ne veulent pas exécuter les procès comme il se doit veulent « m’affaiblir, montrer que je suis incompétent ».

Il a affirmé que « Je dors souvent trois heures par jour pendant plusieurs semaines car j’aime mon pays. Mais vous les magistrats, vous voulez tout avoir sans avoir travaillé et vous brandissez chaque fois le droit de grève quand on dénonce vos pratiques ».

Depuis son accession au pouvoir anticipée en juin 2020 suite à la mort inopinée de son prédécesseur Pierre Nkurunziza, le président Ndayishimiye a toujours critiqué le système judiciaire de son pays qu’il accuse « d’être corrompue jusqu’à la moelle ».

Des observateurs locaux et étrangers estiment qu’il devrait aller au-delà des « paroles vaines » et agir surtout « en permettant à la justice d’être indépendante et ne pas être instrumentalisée par le pouvoir ».

Au milieu, le président Neva entouré par la ministre de la justice, le procureur général de la République et le président de la cour suprême

D’autres trouvent qu’il se contredit puisqu’il tient un discours très différent quand il va rencontrer les partenaires de son pays.

« Le président devrait plutôt se mettre à l’œuvre pour améliorer le fonctionnement du système judiciaire, restaurer son indépendance et le rendre plus efficace. Dans son discours, le président a parlé de la protection des droits humains. C’est une bonne chose. Mais concrètement, qu’a-t-il fait pour protéger les droits humains ? De grands discours ou le limogeage de quelques autorités locales ne suffisent pas. S’il veut que le peuple burundais croie à ses promesses, il devrait mettre fin à l’impunité qui protège les autorités de haut rang qui ont commis de graves violations des droits humains depuis des années. D’ailleurs les partenaires internationaux du Burundi lui feraient davantage confiance si certaines de ces hautes autorités étaient traduites en justice », réagissait cette semaine Carina Tertsakian , chercheuse associée à l’Initiative pour les droits humains au Burundi (IDHB) dans un entretien exclusif accordé à SOS Médias Burundi sur le discours du président Neva en marge de la journée des Imbonerakure de l’ancienne rébellion Hutu.

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Photo : le président Évariste Ndayishimiye arrive au stade Ingoma à Gitega pour lancer la rentrée judiciaire 2023-2024, le 1er septembre 2023

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