Burundi : une campagne électorale sous tension, entre menaces d’État et mise à l’écart de l’opposition
SOS Médias Burundi
La campagne électorale pour les scrutins de 2025 s’est ouverte ce vendredi au Burundi, dans une atmosphère déjà marquée par de profondes crispations politiques. À Gitega, le lancement officiel s’est tenu dans un contexte de verrouillage du processus, d’exclusion de l’opposition et de déclarations présidentielles musclées, laissant planer de sérieux doutes sur la transparence des élections à venir.
C’est au stade Ingoma, en présence de représentants politiques, de diplomates et de journalistes, que le président Évariste Ndayishimiye a donné le coup d’envoi de la campagne. Un événement orchestré avec force propagande, mais assombri par des tensions palpables et des accusations de dérives autoritaires.
Le chef de l’État n’a pas mâché ses mots. Il a averti sans détour ceux qu’il soupçonne de vouloir semer le désordre : « Les fauteurs de troubles seront traduits en justice », a-t-il déclaré, promettant des sanctions exemplaires. Il est même allé jusqu’à qualifier certains administrateurs jugés trop proches de l’opposition « d’agents du diable ». Un discours au ton martial, en décalage avec les principes de dialogue et d’inclusivité pourtant au cœur d’un processus électoral démocratique.
Une Commission électorale contestée
Dans l’opposition, les critiques pleuvent contre la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), accusée d’être entièrement acquise au pouvoir. Le Congrès National pour la Liberté (CNL) dénonce notamment son exclusion quasi totale des organes électoraux.
Son président, Nestor Girukwishaka, est l’un des plus virulents. Il relève que, sur les 77 780 membres des bureaux de vote, seuls 164 sont issus du CNL, soit moins de 0,23 %. « Peut-on parler d’élections libres et équitables quand ceux qui les organisent sont nommés à sens unique ? », s’interroge-t-il publiquement.
Le leader du CNL évoque également une série de violences ciblées : arrestations arbitraires, destruction de permanences, harcèlement de militants. Pour lui, ces actes sapent dès le départ les bases d’un processus électoral crédible.
Des moyens inégalement répartis
L’opposition dénonce aussi des disparités flagrantes en matière de ressources. Nestor Girukwishaka a demandé la mise à disposition de carburant pour permettre les déplacements pendant la campagne, ainsi qu’un accès équitable aux médias publics. Il déplore que les partis d’opposition soient « traités comme des intrus », entravés dans tous leurs déplacements, pendant que le parti au pouvoir bénéficie pleinement des moyens étatiques.
Le CNDD-FDD rejette les accusations
Face à ces reproches, le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, a défendu son parti, le qualifiant « d’instrument divin qui a sauvé le pays ». Il a toutefois reconnu des excès au sein de la ligue des jeunes Imbonerakure, régulièrement accusée de violences à caractère politique.
En réponse à la crise persistante de carburant — qui dure depuis près de 52 mois — le président Ndayishimiye a promis un ravitaillement de toutes les stations-service avant le 13 mai, afin d’assurer le bon déroulement de la campagne. Une annonce logistique qui peine toutefois à rassurer les opposants, pour qui l’enjeu principal demeure l’équité des conditions de participation.
Un lancement sous boycott
La coalition Burundi bwa Bose a choisi de boycotter la cérémonie d’ouverture. Malgré cela, vingt partis politiques et trois candidats indépendants y ont pris part. Mais l’ambiance était lourde, teintée de soupçons et de méfiance.
En marge de l’événement, des habitants de Gitega ont fait part de leur malaise. « On parle de démocratie, mais certains opposants sont humiliés publiquement. Ce n’est pas une campagne, c’est un simulacre », confie un fonctionnaire, sous couvert d’anonymat.
Les jours à venir diront si les autorités entendent les voix dissidentes ou persistent dans une logique d’exclusion. Une chose est certaine : à l’approche des scrutins, le climat politique burundais reste tendu, et le chemin vers des élections véritablement démocratiques s’annonce semé d’embûches.
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Photo : Des militants du parti Uprona pro- gouvernemental défilent devant le président Neva dans le stade Ingoma à Gitega, le 9 mai 2025 © DR
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