Photo de la semaine – Gitega : l’alcool, nouveau fléau chez les femmes qui menace la cohésion familiale
Dans la province de Gitega, au centre du Burundi, un phénomène inquiétant prend de l’ampleur : la consommation excessive d’alcool chez les femmes, y compris chez des mères enceintes ou allaitantes. Ce fléau social fragilise les couples, alimente la violence domestique et ébranle les fondements mêmes de la famille burundaise.
À Masasu, sur la colline de Gishora, la situation est jugée critique. Des boissons fortement alcoolisées comme les kicks, la bière de banane ou encore des breuvages artisanaux appelés Bangala circulent désormais entre les mains de nombreuses femmes, parfois très jeunes.
« Nous voyons des mères qui boivent alors qu’elles sont enceintes ou qu’elles allaitent », déplore Rita Bukuri, administrative à la base à Masasu.
« Cela met en danger la santé de la mère, mais aussi celle de l’enfant. »
Des familles qui se déchirent dans le silence
Générose Muzihano, habitante de la colline, observe que cette consommation entraîne une multiplication des conflits dans les foyers.
« Beaucoup de femmes s’y adonnent, et cela détruit des familles. Certaines sont humiliées, d’autres battues. »
La dépendance s’installe progressivement, souvent dans un contexte de pauvreté, aggravant les tensions conjugales. Le cercle vicieux est bien réel.
« La plupart des conflits que nous tranchons aujourd’hui tournent autour de l’alcool », affirme Rita Bukuri.
« Et ce sont surtout les femmes qui en paient le prix : violence, rejet, perte de repères familiaux. »
Une crise sanitaire et économique sous-estimée
Les conséquences sanitaires sont alarmantes : fausses couches, naissances prématurées, enfants malnutris… Les structures de santé locales tirent la sonnette d’alarme.
« Nous recevons de plus en plus de cas d’enfants affaiblis, nés de mères dépendantes à l’alcool », confie une infirmière de la région.
Sur le plan économique, l’achat d’alcool prive de nombreuses familles de l’essentiel : nourriture, soins, scolarité. La productivité domestique s’effondre au rythme des journées perdues dans l’ivresse.
« Il ne se passe presque aucune nuit sans qu’on entende un couple se battre. Et la cause, c’est l’alcool », témoigne une habitante de Gishora.
Une urgence sociale qui dépasse Gitega
Ce phénomène n’est pas propre à Gishora. Des cas similaires sont signalés à Bujumbura, Rumonge, Cibitoke… Partout, les mêmes boissons bon marché et non contrôlées circulent librement.
Les autorités locales appellent à des mesures urgentes : limiter l’accès à l’alcool artisanal, renforcer la sensibilisation et offrir un accompagnement aux femmes en situation de dépendance.
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Notre photo: des femmes et des enfants dans la localité de Gishora, province de Gitega, où la consommation de boissons alcoolisées fortes prend de l’ampleur
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