Burundi – Cibitoke : des paysans expulsés sous prétexte de liens avec le M23
SOS Médias Burundi
Cibitoke, 1er octobre 2025- Depuis le 21 septembre dernier, plus d’une centaine de familles d’agriculteurs des sous-collines de Kaboya et Mbaza, colline Rukana, en zone Rugombo, commune Cibitoke à l’ouest du Burundi, ont été expulsées de leurs terres. Leurs abris de fortune, construits pour surveiller leurs champs, ont été détruits par les Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir. L’opération a semé la panique et suscité une vive inquiétude, les cultivateurs dénonçant une manœuvre visant à les priver de leurs récoltes arrivées à maturité.
Des accusations liées au M23
Selon plusieurs paysans, tout est parti d’une interception de personnes, dont des Imbonerakure, en route vers la RDC avec des marchandises. Les cultivateurs ont été accusés de collusion avec la rébellion du M23, que les autorités soupçonnent de recevoir des vivres de leur part. Ces accusations sont qualifiées de « prétexte » par les intéressés, qui estiment qu’il s’agit d’une stratégie pour les chasser de ces terres fertiles.
Une opération menée avec l’appui des autorités locales
Des sources locales affirment que les expulsions ont été menées avec la complicité de certains responsables administratifs, dont l’administrateur de la commune Cibitoke, appuyés par les Imbonerakure. Les paysans rappellent qu’ils exploitent ces champs depuis plus d’un demi-siècle, hérités de leurs ancêtres, et dénoncent une « injustice flagrante ».
La version officielle
Contacté, l’administrateur communal, Éloge Najeneza, confirme l’expulsion. Il justifie cette mesure par la présence de bandes armées venues de la RDC qui menaceraient la sécurité de la population.
« Les mesures sécuritaires prises sont irréversibles », a-t-il déclaré, mettant en garde les habitants contre toute tentative de retour sous peine de sanctions.
Des familles sans terres et inquiètes
Près de 100 familles, soit environ 80 hectares de cultures, ont ainsi été abandonnés. Les cultivateurs craignent de perdre définitivement ces terres héritées de leurs grands-parents. Ils comparent leur situation à celle du marais de Mbaza-Miduha, dans la même province, où plus de 400 personnes avaient été expulsées de plus de 1 200 hectares il y a quelques années.
Contexte régional
Ces accusations de collusion avec le M23, brandies comme justification des expulsions, s’inscrivent dans un climat régional marqué par la persistance du conflit à l’est de la RDC.
Le M23 est une ancienne rébellion tutsi ayant repris les armes fin 2021, reprochant aux autorités congolaises de n’avoir pas respecté leurs engagements de réinsertion. Ses rebelles, affiliés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), un mouvement politico-militaire hostile à Kinshasa, contrôlent plusieurs zones stratégiques riches en minerais, ainsi que les chefs-lieux des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu depuis le début de l’année. Les autorités congolaises accusent le Rwanda de soutenir ces rebelles, ce que Kigali dément formellement. De son côté, le Burundi a déployé environ 10.000 militaires dans l’est du Congo pour combattre aux côtés des FARDC, l’armée loyaliste, et des milices Wazalendo entretenues par Kinshasa.
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Photo : des membres de familles ayant trouvé refuge à Sange, dans le Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, après la dépossession de leurs terres à Cibitoke © SOS Médias Burundi
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