Burundi : les femmes atteintes de cancer du sein plaident pour la réouverture des frontières avec le Rwanda

Burundi : les femmes atteintes de cancer du sein plaident pour la réouverture des frontières avec le Rwanda

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 18 octobre 2025 – La fermeture prolongée des frontières entre le Burundi et le Rwanda continue de pénaliser des centaines de citoyens, notamment des femmes atteintes de cancer du sein, qui dépendent de soins médicaux transfrontaliers pour leur traitement. Ces patientes dénoncent le coût et la fatigue liés aux trajets par des routes détournées, notamment via la Tanzanie.

La décision de fermer les frontières a été prise en janvier 2024 par le gouvernement burundais, après que Kigali a été accusé de soutenir des groupes armés hostiles au pouvoir burundais, notamment le RED-Tabara, un mouvement rebelle basé en République démocratique du Congo. Le président Évariste Ndayishimiye a déclaré à plusieurs reprises que « la paix du Burundi ne peut être garantie tant que certains pays voisins hébergent des ennemis du peuple burundais ». Sans citer explicitement le Rwanda, ses propos visaient clairement Kigali, qu’il accuse de « déstabiliser la sous-région » et de vouloir « attaquer son pays comme il a envahi le Congo ».

Rencontrée à Bujumbura, la capitale économique du Burundi où sont concentrées les agences des Nations-Unies et l’administration centrale, N.C., une patiente, raconte :

« Il y a cinq ans, on m’a annoncé que j’avais un cancer du sein. Comme tout le monde, j’ai eu peur. À l’époque, il était plus facile d’aller se faire soigner au Rwanda. Le trajet coûtait peu, même si les soins étaient chers. Aujourd’hui, je dois passer par la Tanzanie. Le voyage est long et épuisant, surtout quand on est malade. »

Elle plaide, comme beaucoup d’autres, pour une solution rapide :

« Certains disent qu’on peut se faire soigner ici, mais ils ne savent pas ce que c’est que de vivre avec une maladie qui bouleverse toute une famille. Nous demandons à l’État, comme un parent, de dépasser les problèmes politiques et de rouvrir les frontières afin que nous puissions accéder plus facilement aux soins. »

G.K., elle aussi atteinte d’un cancer du sein depuis plus de cinq ans, partage le même sentiment :

« Quand on m’a annoncé la maladie, mes enfants étaient encore très jeunes. Mon mari m’a soutenue et m’a emmenée au Rwanda, où j’ai été bien prise en charge. Aujourd’hui, je suis en suivi médical, mais la fermeture des frontières rend tout beaucoup plus difficile. Passer par la Tanzanie est fatigant et coûteux. L’État devrait agir pour que cette situation change. »

Cassilde, une autre patiente, témoigne également de ses difficultés :

« Je fais souvent ce voyage pour me faire soigner. Ce n’est pas un choix, c’est une nécessité. Si les frontières s’ouvraient, ce serait un grand soulagement pour nous. »

Le poste frontalier de Kobero, devenu le seul passage emprunté par la majorité des Burundais se rendant au Rwanda — un itinéraire long et semé de défis ©SOS Médias Burundi
Le poste frontalier de Kobero, devenu le seul passage emprunté par la majorité des Burundais se rendant au Rwanda — un itinéraire long et semé de défis ©SOS Médias Burundi

Cette situation a été documentée dans une enquête précédente de SOS Médias Burundi, publiée le 14 juillet 2025, qui montrait déjà les parcours éprouvants et dangereux des passagers burundais et des patients nécessitant des soins transfrontaliers, soulignant l’impact humanitaire et sanitaire de la fermeture des frontières sur la vie des populations civiles.

Une crise diplomatique qui perdure

Les relations entre le Burundi et le Rwanda sont tendues depuis plusieurs années. En janvier 2024, Gitega a ordonné la fermeture des frontières terrestres, accusant Kigali de soutenir des groupes armés hostiles au gouvernement burundais, notamment le RED-Tabara — un mouvement rebelle basé en République démocratique du Congo, soupçonné de bénéficier de complicités au Rwanda.

Lire aussi :

https://www.sosmediasburundi.org/2024/01/11/burundi-rwanda-les-autorites-burundaises-affirment-avoir-suspendu-toutes-les-relations-avec-le-president-paul-kagame-et-ferment-les-frontieres-avec-le-rwanda/

Le président Évariste Ndayishimiye a déclaré à plusieurs reprises que « la paix du Burundi ne peut être garantie tant que certains pays voisins hébergent des ennemis du peuple burundais ». Sans citer explicitement le Rwanda, ses propos ne laissent guère de doute sur la cible de ses accusations.

Lors de rencontres publiques — notamment à Kinshasa avec des jeunes et plus tard avec des diplomates accrédités à Bujumbura — le chef de l’État est allé plus loin, accusant son homologue rwandais Paul Kagame d’être « le déstabilisateur de la sous-région » et de vouloir « attaquer son pays comme il a envahi le Congo ». Des accusations qu’il a également réitérées dans plusieurs entretiens avec des médias étrangers.

De son côté, le Rwanda a toujours nié ces allégations, appelant au dialogue et à une normalisation des relations bilatérales. Toutefois, les efforts de médiation régionale, notamment ceux engagés par la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), sont restés jusqu’ici sans effet : les postes-frontières restent fermés, et les espoirs des populations locales restent suspendus à des décisions diplomatiques qui tardent à venir.

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Photo d’archives : des vendeuses ambulantes à la frontière de Ruhwa, entre le Burundi et le Rwanda, le 11 janvier 2024. © SOS Médias Burundi

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