Burundi : baisse du dollar — les bureaux de change crient à la perte, les consommateurs attendent la baisse des prix

Burundi : baisse du dollar — les bureaux de change crient à la perte, les consommateurs attendent la baisse des prix

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 18 octobre 2025 — Cette baisse intervient dans un contexte économique chaotique. La petite nation de l’Afrique de l’Est connaît la pire crise économique de son histoire, marquée par des pénuries dans presque tous les secteurs. La carence en carburant, qui dure depuis près de cinq ans, reste la plus menaçante, paralysant une grande partie des activités quotidiennes.

Le marché des devises au Burundi connaît à présent une évolution inhabituelle, marquée par une forte baisse du dollar américain. Une chute qui surprend à la fois les bureaux de change et les consommateurs, dans un contexte économique déjà tendu.

Selon les données publiées ce vendredi par la Banque de la République du Burundi (BRB), les taux officiels n’ont pas connu de grand changement par rapport aux jours précédents. Ils restent fixés comme suit :

1 dollar américain : 2 935,7 FBu

1 shilling kényan : 22,7616 FBu

1 shilling tanzanien : 1,1982 FBu

1 shilling ougandais : 0,8448 FBu

1 franc rwandais : 2,0289 FBu

Mais sur le marché parallèle, la chute est spectaculaire. Ce vendredi, le dollar s’échangeait autour de 5 500 FBu, contre plus de 7 500 FBu il y a encore quelques semaines.

Le franc burundais semble aussi regagner du terrain face aux autres devises régionales, marquant un renforcement temporaire de la monnaie nationale.

Les bureaux de change en difficulté

Cette baisse rapide a bouleversé les activités des changeurs, notamment ceux qui opèrent dans les bureaux de change agréés ou dans le marché parallèle. Plusieurs affirment subir des pertes considérables après avoir stocké des dollars en prévision d’une hausse.

« Je suis changeur depuis plus de dix ans. J’avais pris l’habitude de conserver une partie de mes revenus en dollars, pensant que c’était une valeur sûre. Mais cette semaine, tout a basculé : le dollar a chuté brutalement et j’ai perdu près de la moitié de ma valeur en quelques jours », témoigne Martin, changeur de devises au marché dit chez Siyoni dans le nord de Bujumbura.
« Le marché du change est presque paralysé. Je ne sais pas comment on va s’en sortir », ajoute-t-il.

Certains bureaux de change ont même suspendu leurs opérations, le temps d’observer l’évolution du marché, craignant de vendre à perte.

Les consommateurs déçus : “Les prix restent les mêmes”

Malgré la chute du dollar, les prix des biens et services n’ont pas encore baissé, au grand désarroi des consommateurs.

« Quand j’ai appris que le dollar avait fortement baissé, je me suis dit que cela allait se répercuter sur les prix. Mais rien n’a changé : le riz, la farine, tout coûte toujours aussi cher », déplore Micheline, cliente du marché dit chez Siyoni au nord de la capitale économique, l’un des plus fréquentés à Bujumbura.
« On nous a toujours dit que la cherté venait du manque de devises. Maintenant qu’il y en a, on s’attendait à voir la différence. Mais pour l’instant, c’est uniquement dans les annonces, pas dans nos poches », ajoute-t-elle.

Les autorités économiques appellent à la patience et assurent que le marché intérieur s’ajustera progressivement.

Les causes possibles de la chute

Plusieurs sources estiment que la baisse du taux sur le marché noir résulterait de plusieurs facteurs :

une forte circulation du franc burundais à la recherche de devises ;

l’afflux de devises étrangères à l’occasion de récents événements sportifs internationaux au Burundi ;

la libération de dollars détenus illégalement par certains hauts responsables, inquiets d’une éventuelle dévaluation de leurs avoirs après les dernières réformes économiques.

« Je pense que certaines autorités ont vidé leurs coffres par crainte d’être exposées. Cela pourrait finalement profiter aux citoyens ordinaires, notamment ceux qui ne mangeaient qu’une fois par jour », estime un habitant de Bujumbura.

L’analyse des économistes

Des économistes soulignent que cette baisse n’est pas liée à une amélioration des exportations, notamment du café ou du thé, toujours en recul.
Ils estiment plutôt qu’elle découle de la restriction par la BRB de l’accès aux devises aux seuls importateurs agréés.

Ils recommandent au gouvernement de maintenir la rigueur monétaire afin de consolider la valeur du franc burundais et de stabiliser les prix à la consommation.

Des marchés suspendus

Face à la volatilité des taux, plusieurs bureaux de change ont interrompu leurs activités. Le shilling kényan, qui s’échangeait encore à 55 000 FBu pour 1 000 KSh la semaine dernière, ne vaut plus que 35 000 FBu aujourd’hui.

Certains opérateurs parlent d’un marché “en attente”, d’autres redoutent une nouvelle flambée si les contrôles de la BRB se relâchent.

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Photo : un policier se tient devant un bureau de change dans la capitale économique Bujumbura, observant l’activité du marché dans un contexte de forte volatilité du dollar américain. © SOS Médias Burundi

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