Buhumuza : l’or de Cibari détruit les terres, nourrit la corruption et file vers la Tanzanie
SOS Médias Burundi
Muyinga, 30 octobre 2025 – À Cibari, dans la commune et zone de Muyinga, province de Buhumuza, les habitants vivent un véritable cauchemar. Leurs champs sont dévastés par l’orpaillage illégal, leurs récoltes anéanties, et leurs appels à l’aide ignorés. Pendant que la terre s’effondre, l’or extrait clandestinement prend la route de la Tanzanie voisine, dans l’indifférence totale des autorités locales accusées de corruption.
Les habitants affirment que leurs bananiers, maniocs, avocatiers et autres cultures vivrières sont arrachés sans scrupule pour laisser place à des trous béants creusés à la main. Ces terres constituent pourtant leur unique moyen de subsistance.
« C’est dans ces champs que nous nourrissons nos familles. Aujourd’hui, tout est détruit », se lamente un cultivateur de Cibari.
Les orpailleurs, souvent venus d’autres localités, travaillent sans aucune mesure de sécurité ni de restauration des sols. Ils n’offrent aucune indemnisation aux propriétaires, ou parfois un maigre pourcentage jugé dérisoire.
Corruption et impunité pointées du doigt
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, les autorités locales ferment les yeux sur cette exploitation illégale. Les habitants accusent certains administratifs et membres des forces de l’ordre de percevoir des pots-de-vin auprès des orpailleurs et des commerçants d’or.
« Les policiers viennent soi-disant pour arrêter les orpailleurs, mais en réalité, ils viennent soutirer de l’argent. Les patrons de l’or les corrompent pour qu’ils laissent leurs équipes continuer », dénonce un propriétaire exaspéré.
Des sources locales affirment que même le commissaire communal et le responsable des renseignements seraient informés, voire impliqués, dans ce système. Ces responsables recevraient, selon les témoignages, des versements hebdomadaires ou bimensuels de la part des commanditaires.
Un trafic transfrontalier vers la Tanzanie
L’or extrait illégalement à Cibari serait ensuite acheminé clandestinement vers la Tanzanie voisine, selon plusieurs sources proches des orpailleurs. Autrefois, le minerai prenait la direction du Rwanda, mais la fermeture des frontières terrestres depuis janvier 2024 aurait modifié le circuit de contrebande.
Appel à une intervention urgente du gouvernement
Face à cette situation alarmante, la population de Cibari demande une intervention ferme du gouvernement burundais pour mettre fin à ces pratiques destructrices. Elle réclame la protection de ses terres, l’application stricte de la loi minière et une lutte déterminée contre la corruption au sein des institutions locales.
« Nous ne voulons pas d’argent, nous voulons juste retrouver nos champs et vivre dignement du fruit de notre travail », conclut un habitant, le regard tourné vers ses terres éventrées.
Dans cette région déjà marquée par la pauvreté, l’or de Cibari ne brille que pour quelques-uns, tandis que la majorité voit sa terre, et son avenir, s’enfoncer dans les trous de l’exploitation illégale.
_______________________________________________
Photo : Un site d’exploitation artisanale de l’or dans le nord-ouest du Burundi. À Cibari, dans le nord-est du pays, les habitants dénoncent la destruction de leurs terres par les orpailleurs illégaux. © SOS Médias Burundi © SOS Médias Burundi
You might also like
Burundi : les évêques catholiques annoncent une hausse du salaire des catéchistes
Dans un communiqué lu pendant toutes les messes du 14 février, la Conférence des évêques catholique du Burundi (CECAB) a annoncé une série de mesures visant à bien traiter les
Muyinga : plus de 270 familles Batwa toujours sans tôles, un an après la promesse de l’État
SOS Médias Burundi Muyinga, 10 février 2026 – Dans la commune de Muyinga, province de Buhumuza à l’est du Burundi, plus de 270 familles Batwa attendent depuis plus d’une année
Kirundo : libération des adeptes de Zebiya
26 adeptes de Zebiya Ngendakumana ont été libérés après dix jours de détention au cachot du parquet de Kirundo (nord du Burundi). Ils ont payé une amende de 100 mille
