Tirs nourris à la frontière RDC–Burundi : la population burundaise vit dans la peur
SOS Médias Burundi
Cibitoke, 3 décembre 2025- Depuis mardi 2 décembre, des affrontements opposant le mouvement M23 aux forces armées congolaises (FARDC), appuyées par les milices Wazalendo et des éléments de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) déployés côté congolais, ont provoqué des détonations entendues jusqu’aux collines burundaises bordant la Rusizi — une rivière qui sépare le Burundi et la RDC.
Des bombes tombées en territoire burundais alimentent la panique, tandis que des Congolais fuyant les combats se heurtent au refus d’entrer au Burundi.
Détonations aux abords de la Rusizi
Depuis deux jours, des tirs et explosions secouent les localités de Katogota, Luvungi et Kamanyola, dans le Sud-Kivu. Sur les collines de Rukana et Mparambo, en commune Cibitoke, province de Bujumbura, la peur s’est installée : les habitants ont cessé de se rendre aux champs, redoutant que les combats ne débordent du côté burundais.
Selon plusieurs témoins contactés par SOS Médias Burundi, au moins trois bombes tirées depuis Kamanyola sont tombées en territoire burundais, au niveau de Gatoki, dans la zone Rukana. Aucun dégât humain ou matériel n’a été signalé.
Ripostes croisées vers Kamanyola
Des sources rapportent que des militaires burundais positionnés sur les hauteurs du groupement de Bwegera auraient riposté vers Kamanyola, touchant des zones densément peuplées à une quinzaine de kilomètres.
Mercredi soir, Lawrence Kanyuka, porte-parole du M23, a publié un bilan provisoire faisant état de quatre morts et six blessés parmi les civils, dans plusieurs quartiers de Kamanyola. Les rebelles imputent ces tirs aux positions burundaises. SOS Médias Burundi n’a pas pu confirmer ces allégations de manière indépendante.
Des déplacés congolais bloqués à la frontière
Sur la rive congolaise, des Imbonerakure — membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir au Burundi — épaulés par des soldats burundais, empêchent les populations congolaises en fuite de traverser la Rusizi.
Plusieurs familles disent avoir passé la nuit dehors sous la pluie.
« Nous ne savons plus où aller ; les combats se rapprochent », témoigne une femme rencontrée près de Kamanyola.
Le gouvernement burundais n’a pas encore réagi publiquement.
Crainte et incompréhension côté burundais
Dans les localités burundaises proches de la frontière, la frustration monte. Des habitants affirment ne pas comprendre pourquoi les violences reprennent alors que des informations évoquaient des pourparlers “bien engagés”.
« On entendait parler de paix, mais ce sont les bombes qui arrivent », déplore un habitant de Mparambo II.
Contexte régional : une flambée de violence à la veille d’un accord attendu à Washington
La résurgence des combats intervient au moment où Kigali et Kinshasa doivent signer, le 4 décembre à Washington, un accord de paix sous médiation américaine.
Mais la méfiance reste totale entre les parties.
Un conflit aux ramifications multiples
Le M23, ancienne rébellion tutsi ayant repris les armes fin 2021, reproche à Kinshasa de n’avoir pas respecté les accords de réinsertion.
Kinshasa accuse en retour le Rwanda de soutenir les rebelles.

Des experts de l’ONU — qualifiés « d’imposteurs » par Kigali — affirment qu’environ 6 000 soldats rwandais seraient déployés dans l’est du Congo pour appuyer le M23.
Kigali dément catégoriquement.
Le M23 est affilié à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la CENI congolaise, qui milite pour la création d’un « État fédéral ».
Rôle accru du Burundi
Le Burundi est devenu un acteur majeur du théâtre militaire dans le Sud-Kivu.
Plus de 10 000 soldats burundais combattent en RDC aux côtés des FARDC et des milices pro-Kinshasa, notamment les Wazalendo.
Cette présence place Gitega au cœur des tensions régionales.
Nouvelles accusations de Kigali
Le Rwanda accuse désormais la RDC et le Burundi d’armer les FDLR — un groupe hutu rwandais très actif dans le Sud-Kivu — en leur fournissant uniformes, munitions et appui tactique.
Des accusations fermement rejetées par Kinshasa et ignorées publiquement par Gitega.
Washington sous tension diplomatique
Les présidences burundaise et kényane ont confirmé la participation d’Évariste Ndayishimiye et William Ruto au sommet de Washington.
La présence de Ruto — perçu comme l’ennemi juré du président congolais Félix Tshisekedi — risque de compliquer une médiation déjà fragile.
Les chefs d’État sont arrivés à Washington, où la signature d’un accord est attendue ce jeudi.
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Photo : la frontière à l’entrée de la cité de Kamanyola, devenue le théâtre de combats entre l’armée congolaise et ses alliés et le M23. » © SOS Médias Burundi
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