Crise frontalière : des Congolais bloqués à Bujumbura après la chute d’Uvira
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 14 décembre 2025 — Des dizaines de Congolais originaires d’Uvira et de ses environs se retrouvent bloqués à Bujumbura depuis la fermeture soudaine du poste frontalier de Gatumba, décidée le mercredi 10 décembre, au lendemain de la chute d’Uvira entre les mains des rebelles du M23. Beaucoup étaient entrés légalement au Burundi pour des raisons de soins de santé, commerce, voyage ou visite familiale et se retrouvent aujourd’hui incapables de rejoindre leurs proches restés en RDC.
Alors que la situation sécuritaire demeure extrêmement tendue dans le Sud-Kivu, de nombreux autres Congolais continuent de fuir la guerre. Ils quittent les localités de Makoboro, Lusenda, Mboko et Baraka, en territoires d’Uvira et de Fizi, pour chercher refuge au Burundi, notamment en traversant le lac Tanganyika, devenu l’un des rares passages encore accessibles.
Des familles séparées et des personnes désemparées
Parmi les personnes bloquées, Samuel, un habitant d’Uvira venu à Bujumbura pour recevoir des soins médicaux, raconte son désarroi :
« J’étais venu à Bujumbura pour des soins. Quand j’ai appris que la situation empirait à Uvira, j’ai décidé de rentrer auprès de ma femme et de mes enfants. Arrivé à Gatumba, les agents burundais m’ont dit clairement que la frontière était fermée et que je devais retourner à Bujumbura. Je suis resté là, sans mots. Je ne sais même pas si ma famille va bien. »
Kituza, petit commerçant originaire d’Uvira, a également été refoulé en tentant de rejoindre sa famille :
« Les policiers m’ont dit que tout était fermé et que je devais retourner à Bujumbura. J’ai expliqué que ma famille est à Uvira, que la situation reste critique et que je dois être proche d’eux. Si on meurt, qu’on meure ensemble, et si c’est la guérison, qu’on guérisse ensemble. Mais rien n’a changé. Aujourd’hui, je dors dans une maison de passage, je ne sais pas quoi faire ni comment survivre ici. »
Malgré l’arrivée quotidienne de nouvelles personnes, aucun dispositif clair de transit ou de retour n’est en place pour ceux qui souhaitent regagner la RDC. La frontière de Gatumba demeure fermée pour raisons de sécurité, selon les autorités burundaises. Entre le vendredi 5 décembre et le jeudi 11 décembre, le Burundi a déjà accueilli plus de 40 000 personnes fuyant la violence, en l’espace d’une seule semaine.
Pour ceux qui ont traversé le poste de Gatumba avant sa fermeture, ils sont accueillis dans la cour de la brigade de Gatumba, un site non aménagé pour recevoir un afflux si important. Quant à ceux entrés par d’autres points frontaliers, ils sont dirigés vers différents sites de transit répartis dans le pays. Ce flux massif vient s’ajouter aux plus de 100 000 Congolais déjà présents au Burundi, dont certains y vivent depuis plus de vingt ans.
Contexte régional et implications sécuritaires
La ville d’Uvira, tombée aux mains du M23 dans la nuit du 9 au 10 décembre, est située à quelques kilomètres seulement de Bujumbura. Depuis près de trois décennies, l’est de la RDC est le théâtre d’une escalade quasi permanente des conflits armés, impliquant une multitude de groupes rebelles.
Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, contrôle plusieurs localités stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le mouvement, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. Le Burundi, pour sa part, a déployé plus de 10 000 soldats en RDC depuis 2023 pour soutenir les FARDC et les milices locales Wazalendo, contribuant à la complexité de la situation.
Dans ce contexte, les routes traditionnelles d’approvisionnement, de commerce et de passage des personnes entre Uvira et Bujumbura sont interrompues, exacerbant les crises humanitaires et sécuritaires des deux côtés de la frontière. La fermeture de Gatumba illustre l’ampleur de l’impact régional des combats et la difficulté pour le Burundi de gérer simultanément la sécurité nationale et l’afflux massif de personnes fuyant les violences.
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Photo : des mères congolaises partagent le peu de nourriture disponible dans un site de transit près de la frontière de Gatumba, à l’ouest du Burundi, le 11 décembre 2025. © SOS Médias Burundi
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