Bujumbura : 27 ans après Rukaramu, des rescapés toujours empêchés de se recueillir sur les fosses communes
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 4 janvier 2026 – Vingt-sept ans après les massacres de la nuit du 31 décembre 1997 au 1er janvier 1998 ayant coûté la vie à près de 800 personnes dans la zone aéroportuaire de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, des rescapés de Rukaramu ont dénoncé, s’adressant à la presse, le refus de la police de leur permettre l’accès à la fosse commune où reposent leurs proches. Une décision vécue comme une double injustice.
Un recueillement empêché sur un site mémoriel
Des rescapés des massacres de la nuit du 31 décembre 1997 au 1er janvier 1998, au cours desquels environ 800 personnes ont été tuées puis enterrées dans une fosse commune située dans la zone aéroportuaire de Bujumbura, se sont vu refuser l’accès à ce site par la police.
Venus de la zone de Rukaramu, une localité jouxtant l’aéroport international Melchior Ndadaye, ces rescapés souhaitaient se recueillir et honorer la mémoire de leurs proches, 27 ans après ce drame.
Une douleur ravivée chez les rescapés
S’exprimant devant la presse, les rescapés se disent doublement choqués : par le refus d’accès à la fosse commune et par la souffrance morale persistante depuis cette date qu’ils qualifient de fatidique.
Ils affirment que ce lieu représente l’unique espace de mémoire pour de nombreuses familles qui n’ont jamais pu enterrer leurs proches de manière individuelle.
Des accusations de traitement discriminatoire
Selon ces rescapés, cette interdiction s’apparente à un deux poids, deux mesures. Ils soulignent que certaines communautés ne rencontrent pas de telles restrictions lors des commémorations.
Ils estiment que toutes les victimes devraient bénéficier du même respect, sans distinction.
Un appel aux autorités compétentes
Les rescapés de Rukaramu demandent aux autorités de leur faciliter l’accès à cette fosse commune ou, à défaut, d’envisager son déplacement vers un site accessible, afin de leur permettre de se recueillir dignement et d’honorer la mémoire de leurs proches.
Ils appellent enfin à la reconnaissance de leur droit à la mémoire, considérant que la réconciliation nationale passe par un traitement égal de toutes les victimes.
Contexte des massacres
L’attaque de Rukaramu avait été menée dans la nuit du 31 décembre 1997 au 1er janvier 1998 par des assaillants du groupe armé Palipehutu-FNL (Forces nationales de libération), dirigé par Kossan Kabura. À l’époque, plusieurs factions du FNL étaient présentes au Burundi, ainsi que les Forces pour la défense de la démocratie (FDD), qui deviendront en mars 1998 le CNDD-FDD, l’ancienne rébellion hutu au pouvoir depuis 2005 grâce à l’accord d’Arusha d’août 2000.
Les assaillants étaient appuyés par plusieurs combattants des FDLR (Forces de libération du Rwanda), accusés de génocide contre les Tutsis en 1994, ainsi que par des militaires ex-FAR, l’armée rwandaise impliquée également dans le génocide. Des témoins affirment que femmes et enfants avaient été massacrés à l’aide de petites houes.
Selon nos sources, les victimes de Rukaramu étaient composées de Hutus et de Tutsis, mais la majorité était constituée de Hutus, puisque Rukaramu était alors, et reste aujourd’hui, majoritairement habitée par des Hutus. Les assaillants ne visaient pas une ethnie spécifique.
« Ils sont allés tuer ces civils en se repliant après l’attaque contre l’aéroport », explique un ancien officier de l’armée burundaise qui avait participé à la poursuite de ces assaillants pendant plusieurs mois.
Un ancien officier de l’armée burundaise a également confirmé à SOS Médias Burundi que certains assaillants capturés ou tués lors de la poursuite dans les montagnes de l’ancienne province de Bujumbura, communément appelée Bujumbura rurale, portaient des uniformes des ex-FAR.
Une mémoire entravée sous le régime Ndayishimiye
Depuis l’arrivée au pouvoir anticipée du président Évariste Ndayishimiye, suite à la mort inopinée de son prédécesseur Pierre Nkurunziza en juin 2020, les autorités burundaises continuent d’empêcher les associations de défense des droits des victimes tutsies de se recueillir sur certains sites mémoriels, révélant un problème récurrent de reconnaissance et de traitement équitable des victimes dans le pays.
Ce refus ne concerne donc pas seulement les rescapés de Rukaramu. D’autres communautés endeuillées, comme celles liées au site de Kw’i Bubu à Gitega, où reposent les victimes du massacre du 21 octobre 1993, se voient également refuser le droit de se recueillir. À Kw’i Bubu, plus de 150 élèves tutsis avaient été rassemblés dans une station-service avant d’être brûlés vifs, à la suite de l’assassinat du premier président hutu démocratiquement élu, Melchior Ndadaye.
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Photo : Rukaramu, près de l’aéroport de Bujumbura, où reposent dans une fosse commune des centaines de victimes des massacres de 1997-1998. © DR / SOS Médias Burundi
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