Burundi : des réfugiés congolais risquent leur vie dans la Rusizi tandis que les tensions régionales s’intensifient

Burundi : des réfugiés congolais risquent leur vie dans la Rusizi tandis que les tensions régionales s’intensifient

SOS Médias Burundi

Cibitoke, 9 janvier 2026 – Depuis le début décembre 2025, plus de 90 000 réfugiés congolais ont afflué au Burundi, fuyant les combats intenses entre l’armée loyaliste de Kinshasa et le mouvement rebelle M23 dans le Sud-Kivu, le long de l’axe Kamanyola – plaine de la Rusizi – Uvira. Beaucoup se retrouvent dans des centres de transit situés à l’ouest, au nord-ouest et au sud-ouest du Burundi, ainsi que dans un camp de réfugiés situé à proximité de la frontière avec la Tanzanie, où les conditions de vie restent extrêmement précaires : manque d’abris, d’eau potable, de nourriture et de soins médicaux.

Deux réfugiés emportés par la Rusizi

Depuis une semaine, des réfugiés congolais tentant de rentrer en RDC par des passages clandestins sur la rivière Rusizi, séparant la RDC et le Burundi, ont été confrontés à des dangers mortels. Deux personnes ont été emportées par le courant. Selon des témoins et des sources militaires, des effets personnels ont été retrouvés le 2 janvier, fortement endommagés.

Les victimes provenaient du camp de transit de Cishemere, dans la région frontalière de Cibitoke, où elles craignaient d’être transférées de force vers des camps officiels situés dans la province de Buhumuza, à l’est du Burundi. Pour éviter ce déplacement, elles ont choisi de traverser la Rusizi clandestinement.

Extorsions et passages dangereux

Sur ces itinéraires non officiels, les réfugiés dénoncent des extorsions systématiques. À la frontière, des militaires burundais et des Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti présidentiel, auraient exigé de fortes sommes pour permettre la traversée.

« J’étais avec ma femme et nos huit enfants. On nous a demandé 300 000 francs burundais. J’ai dû donner nos trois chèvres pour qu’on nous laisse passer », raconte un réfugié à Sange, dans le Sud-Kivu.

À Gasenyi, dans la commune Bukinanyana en province frontalière de Bujumbura à l’ouest, les réfugiés expliquent que ces paiements sont partagés entre passeurs, militaires et Imbonerakure déployés le long des localités frontalières. La traversée est devenue un véritable commerce illicite, mettant en danger les familles, en particulier celles avec enfants.

Un contexte régional explosif

Cette crise humanitaire reflète la tension militaire et diplomatique dans les Grands Lacs. Depuis sa réactivation en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsis congolais et intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa, contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma, Bukavu et le site minier de Rubaya, un gisement majeur de coltan.

Le camp de Busuma, encore en construction, où des réfugiés congolais s’entassent dans des conditions précaires, dénonçant le manque d’abris, d’eau potable, de nourriture et de soins médicaux, au cœur d’un exode massif provoqué par les combats dans le Sud-Kivu. ©SOS Médias Burundi
Le camp de Busuma, encore en construction, où des réfugiés congolais s’entassent dans des conditions précaires, dénonçant le manque d’abris, d’eau potable, de nourriture et de soins médicaux, au cœur d’un exode massif provoqué par les combats dans le Sud-Kivu. ©SOS Médias Burundi

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. Selon des rapports d’experts onusiens, entre 5 000 et 7 000 militaires rwandais combattraient aux côtés du M23, tandis que le Burundi aurait déployé plus de 29 000 soldats dans l’est congolais, dont environ 10 000 restent encore sur le terrain aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa.

Malgré l’accord de Washington du 4 décembre 2025, signé entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine, les affrontements continuent, illustrant l’échec des initiatives diplomatiques et le coût humain considérable, dont les réfugiés et les soldats burundais paient le prix dans l’ombre.

Des conditions humanitaires alarmantes

Des familles entières tentent de traverser la Rusizi avec des bidons ou des sacs flottants, souvent avec l’aide de la communauté locale burundaise. Le camp de Busuma, situé non loin de la frontière tanzanienne, continue d’accueillir des milliers de nouveaux arrivants, mais les besoins en abris, nourriture, eau potable et soins médicaux dépassent largement les capacités disponibles.

« Après tout ce que j’ai vécu au centre de transit, je n’avais plus le courage d’aller au camp. Des Burundais m’ont aidé à traverser la Rusizi. Aujourd’hui, je suis à Luvungi et je revis normalement », témoigne Ruben, réfugié congolais.

Des réfugiés congolais, dont de nombreux enfants et femmes, reçus dans des conditions extrêmement précaires dans un site situé dans la ville portuaire de Rumonge, décembre 2025 ©SOS Médias Burundi
Des réfugiés congolais, dont de nombreux enfants et femmes, reçus dans des conditions extrêmement précaires dans un site situé dans la ville portuaire de Rumonge, décembre 2025 ©SOS Médias Burundi

Appel urgent à un couloir de retour sécurisé

Les réfugiés et acteurs humanitaires demandent la mise en place d’un couloir de retour volontaire sécurisé, combinant amélioration des conditions d’accueil au Burundi et possibilité de regagner la RDC sans risque.

« Nous demandons au gouvernement burundais d’ouvrir la frontière pour permettre un retour digne. Traverser la Rusizi avec des enfants, dans ces conditions, c’est risquer la vie », déclare une réfugiée coincée à Cishemere.

Les hostilités continuent de pousser des milliers de familles à fuir vers les pays de la sous-région. Le Burundi a reçu à lui seul environ 90 000 réfugiés congolais rien qu’en décembre dernier, s’ajoutant à plus de 70 000 autres réfugiés accueillis plus tôt dans l’année, plaçant la petite nation de l’Afrique de l’Est au cœur des tensions humanitaires et sécuritaires de la région.

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Photo : des passeurs aident des femmes congolaises à traverser la rivière Rusizi à l’aide de bidons vides, pour regagner clandestinement la RDC depuis le Burundi. ©SOS Médias Burundi

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