Guerre dans l’est de la RDC : le Burundi redéploie ses troupes vers Kalemie tandis que l’exode congolais s’intensifie

Guerre dans l’est de la RDC : le Burundi redéploie ses troupes vers Kalemie tandis que l’exode congolais s’intensifie

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 9 janvier 2026 – Un nouveau redéploiement de militaires burundais vers la République démocratique du Congo (RDC) a été observé entre le 29 décembre 2025 et le 4 janvier 2026, selon plusieurs sources sécuritaires concordantes. Cette opération intervient dans un contexte régional extrêmement tendu, marqué par l’effondrement progressif des lignes de défense congolaises face à l’avancée du mouvement rebelle M23 dans l’est du pays.

Selon les informations recueillies par SOS Médias Burundi, ces troupes burundaises sont déployées pour appuyer les forces engagées contre le M23 et renforcer la sécurité de zones jugées stratégiques, notamment dans le territoire de Fizi (Bibokoboko, Point Zéro, Milimba) ainsi que dans la province du Tanganyika, en particulier la ville de Kalemie, chef-lieu provincial.

Départs discrets depuis le port de pêche de Rumonge

Le redéploiement s’est effectué à partir de la position de la marine burundaise située près du port de pêche de Rumonge, une ville portuaire stratégique située dans le sud-ouest du Burundi, sur les rives du lac Tanganyika. D’après des sources policières et militaires, une dizaine de véhicules militaires et moyens de transport logistiques chargés de soldats burundais ont été mobilisés à partir du mercredi 31 décembre 2025.

Les mouvements se sont déroulés essentiellement de nuit, à des heures avancées, afin d’éviter toute visibilité. Une source militaire ayant requis l’anonymat précise que cette opération a été précédée par une phase de rapatriement maritime menée par la marine burundaise.

Le général-major Ignace Sibomana, responsable de la Force de réserve et d’appui au développement (FRAD), et le colonel Grégoire Rivuzimana, aide de camp du chef d’état-major général de l’armée burundaise, le général Prime Niyongabo, lors d’une opération de sécurisation des déplacements d’officiels congolais dans le Sud-Kivu, en septembre 2025. ©SOS Médias Burundi
Le général-major Ignace Sibomana, responsable de la Force de réserve et d’appui au développement (FRAD), et le colonel Grégoire Rivuzimana, aide de camp du chef d’état-major général de l’armée burundaise, le général Prime Niyongabo, lors d’une opération de sécurisation des déplacements d’officiels congolais dans le Sud-Kivu, en septembre 2025. ©SOS Médias Burundi

La semaine précédente, des embarcations burundaises avaient transporté à deux reprises des éléments des Forces armées de la RDC (FARDC) ainsi que des combattants Wazalendo qui s’étaient réfugiés dans des positions militaires burundaises, notamment à la brigade lacustre communément appelée “camp chinois” et à la brigade de Gatumba, à l’ouest du Burundi, non loin de la frontière avec la RDC. Ces forces congolaises ont été acheminées par voie lacustre vers Kalemie depuis la position de la marine burundaise située près du port international de Bujumbura, la capitale économique du Burundi.

Un redéploiement après un retrait partiel

Plusieurs sources sécuritaires soulignent que ces nouveaux mouvements de troupes interviennent après un retrait d’une grande partie des militaires burundais opéré en décembre 2025, à la suite des avancées spectaculaires du M23 dans le Sud-Kivu et des pertes subies par la FDNB (Force de défense nationale du Burundi).

Récemment, le secrétaire général du CNDD-FDD, l’ancienne rébellion hutu au pouvoir au Burundi depuis 2005, a évoqué un « retrait stratégique », affirmant que le Burundi restait maître de ses décisions militaires.

« C’est comme chez nous, nous y allons quand nous voulons »,
avait déclaré Révérien Ndikuriyo, illustrant la posture offensive et assumée des autorités burundaises dans ce conflit régional.

Reprise du déploiement burundais dès le 30 décembre 2025

Après le retour des militaires congolais rapatriés, un nouveau mouvement de troupes burundaises vers la RDC a été observé dès le 30 décembre 2025. Des soldats ont été acheminés vers Rumonge à bord de plusieurs véhicules militaires, avant de rejoindre le camp de la marine burundaise situé au port de pêche.

D’autres militaires ont été regroupés au stade Vyizigiro, toujours dans le sud-ouest, à Mbuga, puis embarqués à bord de bateaux militaires. Des vedettes rapides de la marine burundaise ont également été mobilisées pour appuyer ce transport maritime, illustrant l’importance logistique accordée à cette opération.

Selon un militaire contacté, l’objectif principal serait de renforcer deux bataillons burundais restés isolés dans des zones montagneuses de l’est de la RDC, alors que la pression militaire du M23 continue de s’intensifier.

Kalemie, nouveau verrou stratégique

Les autorités sécuritaires burundaises chercheraient ainsi à prévenir une éventuelle chute de Kalemie, considérée comme un verrou stratégique du Tanganyika. Cette crainte est renforcée par la chute récente d’Uvira, située à quelques kilomètres seulement de Bujumbura, qui constituait jusque-là le poumon économique de la petite nation de l’Afrique de l’Est, notamment pour les échanges commerciaux transfrontaliers.

La perte d’Uvira a profondément modifié les équilibres sécuritaires et économiques de la région, exposant directement le Burundi aux répercussions du conflit congolais, tant sur le plan sécuritaire qu’humanitaire, avec un afflux croissant de réfugiés congolais vers Rumonge et d’autres localités riveraines.

Un engagement militaire burundais massif et documenté

Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité, consulté par SOS Médias Burundi en décembre 2025, le Burundi a déployé entre août 2022 et décembre 2025 plus de 29 000 soldats sur le sol congolais. Ces militaires combattent aux côtés des FARDC, l’armée loyaliste congolaise, et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa contre le M23.

Le même document indique qu’environ 10 000 soldats burundais resteraient encore déployés dans l’est de la RDC. Dans certaines zones, cette coalition inclut également des combattants des FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.

Le M23, l’AFC et les accusations croisées

Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsis congolais, est aujourd’hui intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI). L’AFC/M23 contrôle désormais plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux des deux provinces, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde.

Deux patients alités dans un hôpital de Masisi, après des bombardements attribués à l’armée congolaise le 2 janvier 2026. Les hostilités se poursuivent dans l’est de la RDC. ©SOS Médias Burundi
Deux patients alités dans un hôpital de Masisi, après des bombardements attribués à l’armée congolaise le 2 janvier 2026. Les hostilités se poursuivent dans l’est de la RDC. ©SOS Médias Burundi

Ce minerai stratégique fournit une part significative du tantale mondial, essentiel à l’industrie électronique et aux nouvelles technologies. L’AFC/M23 plaide pour l’instauration d’un État fédéral en RDC.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR. Malgré les démentis rwandais, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies évoque la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des combattants de l’AFC/M23.

Diplomatie en échec et coût humain

Sur le terrain, les affrontements se poursuivent malgré l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine, confirmant l’échec des initiatives diplomatiques. Le Burundi a participé à cet accord en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.

Dans ce conflit aux multiples ramifications régionales, les soldats burundais continuent de payer un lourd tribut, souvent dans l’ombre et le silence, tandis que la région des Grands Lacs s’enfonce dans une instabilité durable aux conséquences humaines, sécuritaires et géopolitiques majeures.

Pression humanitaire croissante

Les hostilités en cours dans l’est de la RDC continuent de pousser des milliers de familles à fuir vers les pays de la sous-région. Le Burundi a accueilli à lui seul environ 90 000 réfugiés congolais rien qu’au cours du mois de décembre dernier, s’ajoutant à plus de 70 000 autres réfugiés déjà pris en charge plus tôt dans l’année, accentuant la pression humanitaire sur la petite nation de l’Afrique de l’Est.

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Photo : deux militaires burundais lors d’une opération de sécurisation des convois d’officiels congolais dans le Sud-Kivu, en septembre 2025. ©SOS Médias Burundi

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