Nyankanda : la suspension des billets de sortie restreint la mobilité et l’économie des réfugiés
Nyankanda, 13 janvier 2026 – Depuis le mercredi 6 janvier 2026, les réfugiés du camp de Nyankanda, en commune de Ruyigi, province de Buhumuza, à l’est du Burundi, subissent une restriction accrue de leur liberté de circulation. La suspension de la délivrance des billets de sortie – documents indispensables pour quitter temporairement le camp – empêche de nombreux réfugiés de se rendre dans les centres urbains et complique l’accès à des soins, au travail ou aux visites familiales.
Cette mesure touche particulièrement ceux contraints de se déplacer pour des raisons essentielles : achats de marchandises, accès à des soins de santé spécialisés ou visites familiales. Sans billet de sortie, ils s’exposent à des arrestations lors des contrôles routiers.
Selon l’administration du camp, cette décision fait suite à une instruction du ministère burundais de l’Intérieur.
« Nous avons été informés que les billets de sortie ne doivent plus être délivrés jusqu’à nouvel ordre », a déclaré l’administration du camp.
Dans un communiqué publié il y a deux semaines, le ministère de l’Intérieur aurait ordonné aux responsables des camps, notamment l’Office national de protection des réfugiés et apatrides (ONPRA), de limiter les déplacements hors des camps. Les autorités administratives et policières sont également invitées à multiplier fouilles et perquisitions, notamment dans les provinces frontalières avec la RDC et le Rwanda, et à contrôler rigoureusement documents de voyage, identification des passagers et bagages sur les voies publiques.
Les Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, participent à la sécurisation des frontières avec l’armée et aux rondes nocturnes sur les collines et quartiers de la petite nation de l’Afrique de l’Est, aux côtés de la police.
Ces derniers jours, la capitale économique Bujumbura a connu une intensification des contrôles ciblant principalement les étrangers, notamment les ressortissants congolais. Ceux dépourvus de documents jugés conformes seraient redirigés vers des centres de transit ou placés en détention.
Les effets de cette mesure se font déjà durement sentir au sein du camp. Cédric, réfugié congolais devant se rendre à Bujumbura pour des funérailles, témoigne :
« J’avais prévu de me rendre à Bujumbura pour le deuil d’un membre de ma famille. Mais sans billet de sortie, je ne peux pas prendre la route. Il y a trop de barrières de police et des Imbonerakure partout. Même lorsqu’on est relâché, c’est souvent après avoir payé des amendes. J’ai préféré rester au camp par peur d’être arrêté. »
Cette restriction affecte également les activités économiques des réfugiés, dont beaucoup tirent leurs revenus de travaux exercés en dehors du camp.
Un réfugié congolais propriétaire d’une cafétéria à Bujumbura, qui a souhaité garder l’anonymat, explique :
« Je travaille à Bujumbura depuis plusieurs années. Je suis venu passer les fêtes de fin d’année avec ma famille au camp, mais aujourd’hui je ne peux plus retourner à mon travail. Sans billet de sortie, je suis bloqué ici, et ma cafétéria risque de fermer. C’est la survie de toute ma famille qui est en jeu. »
Le camp de Nyankanda abrite plus de 12 000 réfugiés congolais, dont une grande partie dépend des déplacements hors du camp pour subvenir à ses besoins quotidiens. Selon plusieurs réfugiés, cette restriction constitue un net recul par rapport aux pratiques antérieures. Jusqu’ici, la loi régissant le statut des réfugiés leur permettait de circuler librement dans la commune abritant le camp, sur simple présentation de la carte de réfugié, sans obligation de billet de sortie.
Désormais, cette liberté est considérablement réduite : sans billet de sortie, les réfugiés ne peuvent se déplacer que dans un rayon maximal de cinq kilomètres autour du camp, limitant leur autonomie et leurs moyens de subsistance.
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Photo : Des femmes et des enfants circulent dans une partie du camp de Nyankanda, dans l’est du Burundi, où la délivrance des billets de sortie est suspendue, limitant la mobilité des réfugiés. © SOS Médias Burundi
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