Bubanza : le CNDD-FDD instrumentalise les gerbes de fleurs pour imposer son autorité sur l’opposition
SOS Médias Burundi
Bubanza, 6 février 2026 – La commémoration de la Journée de l’unité nationale, célébrée le 5 février 2026 en commune Bubanza, province de Bujumbura, à l’ouest du Burundi, a été marquée par une vive controverse impliquant l’administration communale et certains partis politiques de l’opposition, notamment le FRODEBU et l’UPRONA.
Selon les informations recueillies, l’administration communale de Bubanza aurait fait fabriquer, à l’insu des partis concernés, des gerbes de fleurs attribuées au FRODEBU et à l’UPRONA pour être déposées au monument dédié à l’unité nationale. L’initiative a suscité incompréhension et indignation, surtout du côté du FRODEBU.
Ce parti de l’opposition n’était pas représenté lors des cérémonies officielles. Pourtant, une gerbe de fleurs portant son nom a été acheminée sur les lieux par des membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir, le CNDD-FDD. Le représentant du FRODEBU, Ferdinand Sindayigaya, affirme ne rien comprendre à cette situation, soulignant qu’aucune commande n’a été passée par son parti. Il qualifie cet acte de provocation délibérée et annonce son intention de faire rapport à sa hiérarchie.
Du côté de l’UPRONA, dirigé localement par Éric Ndacayisaba, la situation est quelque peu différente. Ce parti affirme avoir effectivement fait fabriquer sa propre gerbe de fleurs. Cependant, celle commandée par l’administration communale aurait été remplacée et finalement déposée par le chef du quartier Bubanza, qui ne cache pas son étonnement face à l’initiative prise par l’administration.
Traditionnellement, la célébration de la Journée de l’unité nationale est caractérisée par le dépôt de gerbes de fleurs par l’administration et les partis politiques légalement reconnus. Toutefois, cette année, seuls deux partis politiques, le CNDD-FDD et l’UPRONA, ont officiellement pris part à la cérémonie en commune Bubanza.
Le FRODEBU et l’UPRONA dénoncent ce qu’ils qualifient de manœuvres du parti au pouvoir pour imposer sa présence et contrôler les activités de l’opposition, sans les associer aux responsabilités administratives. Selon eux, le pays évoluerait vers un système monopartisan de fait, situation qui pousse plusieurs partis politiques à se retirer de certaines activités organisées par l’administration ou le CNDD-FDD.
Genèse et héritage de la Charte de l’unité nationale
La Charte de l’unité nationale a été adoptée dans le sillage des massacres de 1988 dans les anciennes communes de Ntega et Marangara (province de Butanyerera, nord du Burundi), événements tragiques ayant fait plus de 30 000 morts selon les Nations unies. Instituée par feu le président Pierre Buyoya, la Charte visait à prévenir de nouvelles violences, à promouvoir la réconciliation nationale et à instaurer un cadre pour un vivre-ensemble pacifique.

Trente-cinq ans après son adoption, l’idéal de cohésion sociale reste fragile et contesté. De nombreux acteurs de la société civile, comme Faustin Ndikumana, directeur national de la Parole et Actions pour le Réveil des Consciences et l’Évaluation des Mentalités (PARCEM), et Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversations Économiques (OLUCOME), estiment que l’unité nationale demeure souvent invisible dans la vie quotidienne, du fait de discriminations persistantes, d’inégalités sociales et de la mauvaise gestion des biens publics. Selon eux, sans une gouvernance équitable et inclusive, la célébration annuelle de l’unité nationale ne peut suffire à transformer cet idéal en réalité vécue.
Pour la population, l’unité nationale reste un symbole plus qu’une réalité, bien qu’existent encore des valeurs de solidarité et d’entraide dans la vie quotidienne. Chaque 5 février, la journée de l’Unité nationale rappelle la nécessité de réconciliation et de cohésion, mais la polémique récente à Bubanza autour des gerbes de fleurs montre que les tensions politiques et les fractures sociales continuent de peser sur cet idéal national.
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Photo : des gerbes de fleurs déposées au monument dédié à l’unité nationale, au chef-lieu de la commune Bubanza, lors de la célébration de la Journée de l’unité nationale. ©SOS Médias Burundi
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