Burundi : des années de réformes manquées mettent l’école à genoux
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 12 février 2026 – Le système éducatif burundais traverse une crise profonde. Associations de la société civile, syndicats d’enseignants et partis d’opposition tirent depuis plusieurs années la sonnette d’alarme face à la dégradation du secteur, mettant en danger l’avenir du pays dont près de 70 % de la population est constituée de jeunes.
Le dernier avertissement en date a été lancé par l’expert en leadership Vianney Ndayishimiye, lors d’un point de presse tenu lundi 9 janvier à Bujumbura, la capitale économique. Il a appelé le gouvernement à agir sans délai pour mettre en place des solutions durables afin de restaurer la qualité de l’enseignement. Selon lui, les nombreuses plaintes enregistrées depuis l’introduction du nouveau système scolaire révèlent une dégradation progressive de la qualité de l’enseignement, alors que l’éducation constitue le socle du capital humain indispensable au développement du pays.
Des indicateurs préoccupants
Plusieurs indicateurs de performance et témoignages d’acteurs du secteur confirment cette tendance inquiétante. L’expert estime que la qualité de l’apprentissage se dégrade à un rythme alarmant et souligne que l’absence de dialogue institutionnel avec les enseignants renforce le malaise et compromet les résultats du système éducatif.
Plaidoyer pour une évaluation indépendante
Vianney Ndayishimiye recommande la création d’une commission indépendante composée d’experts, chargée de conduire une évaluation objective et rapide du système éducatif. Il insiste également sur la nécessité de protéger les investissements publics, notamment les internats scolaires, aujourd’hui sous-exploités en raison de la baisse des effectifs.
Malaise chez les enseignants
L’expert souligne l’urgence de restaurer la confiance avec les enseignants, confrontés à de faibles rémunérations et au manque de matériel pédagogique. Plusieurs enseignants, tant du primaire que du secondaire, quittent leurs postes pour chercher des emplois mieux rémunérés à l’étranger, notamment aux Émirats arabes unis ainsi que dans plusieurs pays africains dont le Kenya, l’Ouganda, la Zambie, le Mozambique et l’Afrique du Sud.
Critique présidentielle à la veille du congrès du CNDD-FDD
Le président Évariste Ndayishimiye a lui aussi pointé les lacunes du ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche scientifique. Lors d’une réunion avec les hauts cadres de l’État, samedi 24 janvier à Gitega, la capitale politique, à la veille du congrès du CNDD-FDD — le parti présidentiel qui a porté Révérien Ndikuriyo à la tête de l’ancienne rébellion hutu pour un second mandat — il a critiqué l’absence prolongée de réformes structurelles dans ce secteur clé.
Selon le chef de l’État, certains responsables privilégient des mesures superficielles motivées par la recherche de financements liés aux marchés de manuels scolaires et aux commissions ponctuelles chargées d’élaborer les programmes, plutôt que des réformes durables. « Cette problématique a été soulevée à plusieurs reprises, notamment avec l’ancien ministre Gaspard Banyankimbona et à nouveau avec l’actuel ministre, lors de conseils des ministres. Les réponses reçues ont été pour la plupart évasives », a-t-il ajouté.
Appel à un dialogue permanent
Experts et observateurs appellent à la mise en place d’un cadre permanent de concertation entre autorités et acteurs de l’éducation, afin d’améliorer durablement la qualité de l’enseignement et de restaurer la confiance avec les enseignants.
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Photo : Des élèves dans une classe bondée au Burundi. Des experts alertent sur la dégradation du système éducatif et appellent à des réformes urgentes pour protéger l’avenir des jeunes. © SOS Médias Burundi
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