Quand la prière vire au drame : un Imbonerakure condamné à 20 ans pour un meurtre “rituel”

Quand la prière vire au drame : un Imbonerakure condamné à 20 ans pour un meurtre “rituel”

SOS Médias Burundi

Bubanza, 26 février 2026- Vianney Nkunzimana a été condamné à 20 ans de servitude pénale par le tribunal de Bubanza. Ce jeune Imbonerakure, membre de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, résidant au quartier Ruvumvu, en commune Bubanza, province de Bujumbura , à l’ouest du Burundi, a été reconnu coupable du meurtre d’un quinquagénaire accusé de sorcellerie. L’affaire a été jugée en flagrance le 18 février 2026.

Les faits remontent au 17 février 2026. Vianney Nkunzimana a reconnu avoir tué à la machette Emmanuel Minani, qu’il accusait d’être un sorcier. Selon des sources locales, le jeune homme, père d’un enfant et nouvel adepte d’une église protestante de Bujumbura, avait pourtant accueilli la victime à son domicile.

Emmanuel Minani, originaire de Ngozi dans le nord du pays, ne disposait ni de famille ni de proches à Bubanza. Blessé au pied, sans logement ni ressources, il survivait grâce à de petits travaux champêtres avant que la maladie ne l’affaiblisse davantage. Vianney Nkunzimana l’avait pris en charge, lui offrant nourriture et hébergement.

Le matin du drame, les deux hommes se sont rendus à Bujumbura pour participer à des prières de guérison. D’après des voisins, à leur retour, Vianney Nkunzimana affirmait avoir reçu l’autorisation de prier spécialement pour son hôte. Un bidon d’eau, présenté comme béni par un pasteur de son église, lui aurait été remis à cet effet.

Vers 21 heures, Vianney Nkunzimana aurait réveillé Emmanuel Minani pour une séance de prière nocturne. C’est à ce moment qu’il l’a attaqué mortellement à la machette, soutenant qu’il s’agissait d’un sorcier. Le crime, qui a profondément choqué le voisinage, est qualifié par plusieurs habitants de « meurtre rituel ».

Arrêté et placé en détention, Vianney Nkunzimana a plaidé coupable devant la juridiction. Le tribunal l’a condamné à 20 ans de servitude pénale. En l’absence de partie civile constituée, aucune indemnisation n’a été prononcée.

Cette affaire relance le débat sur les accusations de sorcellerie, parfois soutenues dans des contextes de prières dites de délivrance, et leurs conséquences dramatiques dans certaines communautés. Les personnes âgées figurent parmi les plus visées.

Une ligue régulièrement accusée

Les Imbonerakure sont la ligue des jeunes du CNDD-FDD, ancienne rébellion hutu au pouvoir depuis 2005 à la suite de l’Accord d’Arusha d’août 2000. Ils sont fréquemment cités dans des rapports d’organisations de défense des droits humains pour des actes d’intimidation, de violences ou d’abus contre des opposants réels ou supposés.

Souvent sollicités par les autorités, y compris par le président Évariste Ndayishimiye, ils participent à certaines opérations en République démocratique du Congo, à la surveillance des frontières et aux rondes nocturnes dans les quartiers et sur les collines.

La Ligue Iteka, qui travaille aujourd’hui depuis l’exil, évoque une impunité persistante. Dans son rapport annuel publié en janvier, elle attribue aux Imbonerakure l’implication dans 110 cas sur plus de 400 personnes tuées au cours de l’année 2025.

Le CNDD-FDD présente pour sa part sa ligue des jeunes comme un pilier du développement communautaire et de la sécurité nationale et accuse ses détracteurs de vouloir ternir l’image du pays.

Pour rappel, en 2015, les Nations unies avaient qualifié les Imbonerakure de milice, les associant aux violences liées au troisième mandat controversé du président Pierre Nkurunziza.

Un soutien assumé du chef de l’État

En août 2023, Évariste Ndayishimiye avait publiquement salué leur rôle lors d’une journée nationale dédiée à cette ligue.

« Le Burundi est gardé car nous avons les Imbonerakure. Celui qui n’y croit pas, qu’il vienne violer nos frontières. Il sera désillusionné », avait déclaré le chef de l’État, appelant également à intensifier les rondes nocturnes et dénonçant des critiques qu’il juge orchestrées par l’Occident depuis la crise de 2015.

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Photo : Une foule de résidents, principalement des jeunes, au chef-lieu de Bubanza, où un Imbonerakure a récemment tué un homme. © SOS Médias Burundi

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