Photo de la semaine-Nduta : fin d’un camp, début d’un drame humain
Près de 85 % du camp de Nduta ont été détruits. Des milliers de réfugiés burundais vivent désormais dans des centres surpeuplés, sans abri, sans soins et dans l’attente de rapatriements forcés.
Le camp de Nduta, situé dans la région de Kigoma, au nord-ouest de la Tanzanie, est en train de disparaître. Selon plusieurs témoignages concordants, près de 85 % des zones et villages ont déjà été démolis, laissant des milliers de réfugiés burundais sans abri et sans perspective.
Les habitations ont été remplacées par des centres d’accueil et d’attente, aujourd’hui surpeuplés, où s’entassent des familles entières dans des conditions précaires.
« Je n’avais jamais vu ces centres remplis de gens comme aujourd’hui. Les réfugiés n’ont plus de maisons, tout a été détruit par l’administration du camp. Il y a un surpeuplement inédit », témoigne un réfugié burundais dont l’habitation a été rasée mercredi dernier. « Je n’ai même pas trouvé où dormir. J’ai dû revenir passer la nuit dans les décombres de mon ancienne maison, dans la zone 1 », confie-t-il.
Des conditions sanitaires alarmantes
La promiscuité et l’absence d’infrastructures de base font craindre une catastrophe sanitaire. Des maladies liées au manque d’hygiène se propagent rapidement.
« Des cas de dysenterie ont déjà été signalés et ont coûté la vie à au moins trois enfants ces deux dernières semaines. Même les dispensaires ont été détruits. C’est une pure criminalité, au vu et au su de tout le monde », dénonce un autre réfugié, bloqué depuis trois semaines dans un centre d’attente en vue d’un rapatriement forcé.
Le désespoir est palpable. « Nous avons crié, mais personne ne nous a écoutés. Aujourd’hui, nous n’avons plus de doléances… plus rien », lâche une réfugiée burundaise ayant perdu son enfant dans ces conditions.
Une destruction systématique du camp
De la zone 1 à la zone 21, presque toutes les habitations ont été détruites dans une opération entamée au début de l’année. Les autorités tanzaniennes ambitionnent de vider totalement le camp d’ici le 31 mars 2026.
Mais cet objectif semble difficile à atteindre, non pas pour des raisons humanitaires, mais en raison de contraintes logistiques.
« Trois convois hebdomadaires de 3 000 personnes chacun avaient été annoncés pour rapatrier plus de 50 000 Burundais d’ici fin mars. Mais les autorités ont mis plus d’énergie dans la destruction des maisons que dans la préparation des retours, notamment en termes de transport et de kits de rapatriement », analyse un leader communautaire burundais.
Selon lui, les autorités sont désormais dépassées par leur propre calendrier, malgré « le degré de brutalité employé ces derniers mois ».
Silence international dénoncé
Les réfugiés dénoncent également l’inaction de la communauté internationale, en particulier du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
« Les dispensaires ne fonctionnent plus, les écoles sont fermées, l’assistance humanitaire est suspendue… C’est une situation inédite que nous vivons », déplore le leader communautaire.
Face à cette pression, certains réfugiés ont déjà fui vers d’autres pays de la région, notamment l’Ouganda, le Kenya, la Zambie ou encore le Rwanda.
Des retours forcés sans dignité
Aujourd’hui, beaucoup ne demandent même plus l’arrêt des opérations, mais simplement un minimum de dignité dans leur retour au Burundi.
« Nous ne demandons plus qu’une chose : être rapatriés dans des conditions humaines », résume un réfugié.
Pendant ce temps, dans le camp de Nyarugusu, également situé en Tanzanie, les opérations de destruction se poursuivent et devraient se prolonger « officiellement jusqu’en juin 2026 ».
La Tanzanie accueille encore près de 100 000 réfugiés burundais, dont l’avenir reste plus incertain que jamais.
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Notre photo : un réfugié burundais désemparé après la destruction de sa maison, craignant pour la sécurité de sa famille. ©SOS Médias Burundi
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