« Chassés comme des criminels » : l’ONLCT dénonce l’arrestation massive de Burundais en Afrique du Sud

« Chassés comme des criminels » : l’ONLCT dénonce l’arrestation massive de Burundais en Afrique du Sud

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 5 mai 2026 — L’Observatoire National pour la Lutte contre la Criminalité Transnationale (ONLCT) « Où est ton frère ? » alerte sur une situation qu’elle qualifie de grave après l’arrestation et l’incarcération de nombreux ressortissants burundais en Afrique du Sud. L’organisation parle d’une « vague de répression » visant des migrants africains dans plusieurs villes du pays.

Selon le communiqué de l’ONLCT, au moins 124 Burundais sont actuellement détenus dans différentes prisons d’Afrique du Sud. Parmi eux, 71 auraient été arrêtés lors de manifestations anti-immigrés survenues entre le 23 et le 30 avril dans les grandes villes de Durban, Johannesburg et Pretoria. Ces arrestations s’ajoutent à 53 autres cas déjà enregistrés dans la province du KwaZulu-Natal.

L’ONLCT dénonce des interpellations parfois brutales et demande des enquêtes sur les conditions dans lesquelles elles ont été effectuées. L’organisation appelle les autorités burundaises à intervenir sans délai pour protéger leurs ressortissants, estimant que la situation dépasse désormais le cadre de simples contrôles migratoires.

Dans son appel, l’organisation insiste sur la nécessité de renforcer le rôle des représentations diplomatiques burundaises en Afrique australe afin de suivre les cas, assister les détenus et prévenir de nouvelles arrestations. Elle demande également une action coordonnée au niveau continental, en sollicitant une intervention de l’Union africaine pour obtenir la libération des Burundais concernés et envisager leur rapatriement.

L’ONLCT estime que ces événements traduisent une montée inquiétante de la xénophobie dans certaines régions d’Afrique du Sud, où les étrangers sont souvent accusés de concurrencer la population locale sur le marché de l’emploi.

Sur le terrain, les autorités diplomatiques burundaises avaient déjà lancé une alerte. Dans un communiqué publié le 26 avril, l’ambassadeur du Burundi en Afrique du Sud, Alexis Bukuru, appelait les ressortissants burundais à éviter les zones de manifestations et à limiter leurs déplacements. Il recommandait également d’adapter les horaires de travail afin de réduire les risques d’exposition aux violences.

Ces tensions interviennent dans un contexte de montée des mouvements anti-immigrés dans plusieurs villes d’Afrique du Sud. Les protestataires estiment que les étrangers africains occupent des emplois alors que le chômage reste élevé dans le pays.

Des sans-papiers, dont plusieurs Burundais, sont reconduits vers des centres de transit ou des bus d’expulsion dans une capitale d’un pays de l’Afrique australe, dans un contexte de durcissement des politiques migratoires. © DR/SOS Médias Burundi

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a condamné ces violences. Dans un discours prononcé lors du Freedom Day à Bloemfontein, il a rappelé la solidarité historique entre les pays africains durant la lutte contre l’apartheid. Il a averti qu’aucune justification ne pouvait légitimer les attaques contre les étrangers.

« Il ne peut pas, et il ne doit jamais être, que nous foulions aux pieds la fraternité africaine qui a rendu notre liberté possible », a-t-il déclaré.

Tout en reconnaissant les préoccupations liées au chômage et à l’immigration irrégulière, Ramaphosa a insisté sur la nécessité de respecter les droits humains. Son gouvernement a annoncé des mesures visant à renforcer le contrôle des frontières, à lutter contre la corruption dans les services d’immigration et à sanctionner les employeurs exploitant des travailleurs en situation irrégulière.

Les Burundais font partie des nombreux migrants africains présents en Afrique australe, attirés par les opportunités économiques, notamment en Afrique du Sud. Mais ils sont également exposés, comme d’autres communautés étrangères, à des tensions récurrentes et à des actes de xénophobie.

Selon plusieurs estimations récentes, l’Afrique du Sud accueille entre 2,4 et 4,2 millions de migrants, soit environ 3,9 % à 5,1 % de sa population. Plus de 63 % d’entre eux proviennent de la région de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), notamment du Zimbabwe, du Mozambique, du Lesotho et du Malawi.

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Photo : Un détenu dans une prison en Afrique du Sud. L’Observatoire National pour la Lutte contre la Criminalité Transnationale (ONLCT) alerte sur la situation de dizaines de ressortissants burundais incarcérés dans le pays, dans un contexte de montée des violences xénophobes. © DR

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