Burundi : Ndayishimiye accuse les évêques catholiques de politiser la pauvreté et de “huer l’État”
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 16 juin 2026 – Le chef de l’État burundais Évariste Ndayishimiye a vivement critiqué certaines organisations de la société civile et, en particulier, l’attitude de l’Église catholique, qu’il accuse de politiser la question de la pauvreté et de se limiter à des dénonciations publiques contre les institutions.
Ces déclarations ont été faites ce lundi lors de la neuvième réunion de la Commission nationale de protection sociale (CNPS), tenue au palais présidentiel Ntare Rushatsi à Bujumbura, la capitale économique du Burundi où sont concentrées les agences des Nations unies ainsi que l’administration centrale du pays. L’activité s’est déroulée en présence de plusieurs membres du gouvernement, de partenaires techniques et de responsables administratifs.
Dans un discours fleuve de plus de cinq heures, le président a dénoncé ce qu’il considère comme une tendance de certaines organisations à se limiter aux critiques du gouvernement sans actions concrètes d’accompagnement ou de développement.
« Imaginez-vous une organisation de la société civile qui ne fait que huer le gouvernement sans aucune autre action constructive », a-t-il déclaré. « Qu’elle prêche plutôt par l’exemple en développant ses propres membres, et nous pourrons l’écouter. »
Le chef de l’État estime que certaines structures se créent avec pour objectif principal la critique des institutions publiques, sans contribution suffisante au développement des communautés.
L’Église catholique comparée à une organisation
Fervent catholique, Évariste Ndayishimiye a également directement ciblé l’Église catholique, qu’il assimile à une organisation parmi d’autres, tout en critiquant certaines prises de position de ses responsables.
« Prenez par exemple l’organisation Église catholique, elle a plus de 70 % de la population burundaise. Imaginez si elle disait : “je ne veux plus de pauvres au sein de mes membres”. À quoi ressemblerait le Burundi ? », a-t-il interrogé.
Il a ensuite remis en cause le rôle de certains responsables religieux face aux difficultés sociales du pays.
« Vous entendrez un évêque dire qu’il y a la famine dans le pays alors que ses propres fidèles ont faim. Il ne connaît pas son rôle. Que fait-il pour que ses membres travaillent ? », a-t-il ajouté, appelant les organisations à “nettoyer d’abord devant leur propre maison”.
Des propos dans un contexte de tensions
Ces déclarations interviennent quelques jours après la publication d’un communiqué de la Conférence des évêques catholiques du Burundi (CECAB), qui a dressé un tableau préoccupant de la situation socio-économique du pays.
Réunis en assemblée plénière du 1er au 5 juin à Bujumbura, les évêques ont évoqué des pénuries persistantes de carburant et de médicaments, la hausse du coût de la vie, la dégradation des infrastructures ainsi que l’exode des compétences.
Dans leur communiqué, ils ont également attiré l’attention sur la découverte récurrente de corps sans vie dans différentes régions du pays, une situation qu’ils jugent préoccupante et révélatrice des défis persistants en matière de sécurité et de protection des citoyens.
Relations récurrentes entre Église et pouvoir
Les relations entre les autorités burundaises et l’Église catholique sont régulièrement marquées par des tensions, notamment autour des questions de gouvernance, de droits humains et de conditions de vie de la population.
Les prises de position critiques de l’épiscopat suscitent souvent des réactions des autorités, qui reprochent parfois aux responsables religieux de sortir de leur rôle pastoral.
De leur côté, les évêques catholiques appellent régulièrement à une gouvernance plus responsable, au respect des libertés fondamentales et à des mesures urgentes pour améliorer les conditions de vie des citoyens.
Réaction attendue de l’épiscopat
Au moment de la publication de cet article, la Conférence des évêques catholiques du Burundi n’avait pas encore réagi à ces propos. L’épiscopat burundais a généralement pour habitude de s’exprimer en collège plutôt que de manière individuelle.
La réunion de la CNPS
La neuvième assemblée générale de la Commission nationale de protection sociale s’est tenue sous la présidence du chef de l’État, avec la participation du ministre en charge de la protection sociale, des partenaires techniques et financiers, ainsi que des représentants des structures provinciales et communales.
Cette instance est chargée de coordonner les politiques sociales et de renforcer les mécanismes de protection des populations vulnérables.
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Photo : Le président Évariste Ndayishimiye et son épouse, Angeline Ndayishimiye, entourés d’évêques catholiques et de hauts responsables burundais, se recueillent devant une statue de la Vierge Marie au sanctuaire marial de Mugera, dans la province de Gitega, au centre du Burundi. Le chef de l’État s’en est publiquement pris à l’épiscopat burundais, l’accusant de « politiser la pauvreté » et de « huer l’État » après la publication d’un communiqué dénonçant la dégradation des conditions de vie, les pénuries persistantes, l’exode des compétences et la découverte récurrente de corps sans vie à travers le pays. SOS Médias Burundi
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