Burundi : 20 bourses pour des centaines de jeunes réfugiés, DAFI ravive l’espoir
SOS Médias Burundi
Muyinga, 11 août 2026 — Après deux années d’interruption liées à des difficultés de financement, le programme de bourses DAFI (Albert Einstein German Academic Refugee Initiative) relance son appel à candidatures au Burundi. Pour l’année académique 2026-2027, seuls vingt jeunes réfugiés pourront bénéficier d’un appui financier leur permettant de poursuivre des études universitaires de premier cycle.
Le retour du programme constitue une nouvelle source d’espoir pour de nombreux jeunes réfugiés ayant terminé leurs études secondaires au Burundi. Après deux années sans recrutement de nouveaux bénéficiaires, le programme a annoncé la reprise de son processus de sélection pour l’année académique 2026-2027.
Selon l’appel à candidatures lancé par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en collaboration avec son partenaire dans le domaine de l’éducation, le Jesuit Refugee Service (JRS), vingt nouveaux boursiers seront sélectionnés cette année.
Ils bénéficieront d’un soutien financier destiné à leur permettre de poursuivre des études universitaires de premier cycle pendant trois ans dans des établissements publics nationaux concernés, notamment l’Université du Burundi (UB) et l’École normale supérieure (ENS).
Deux années d’attente
Cette reprise intervient après une période de suspension du recrutement de nouveaux bénéficiaires.
D’après des informations recueillies auprès de responsables du secteur de l’éducation dans les camps de réfugiés, cette interruption était notamment liée aux difficultés de financement auxquelles le programme était confronté.
Pour de nombreux jeunes réfugiés, l’accès à l’université demeure difficile en raison du coût des études, du transport, du logement et des autres dépenses liées à la vie universitaire.
La reprise de DAFI représente ainsi une nouvelle possibilité pour ceux qui, après avoir obtenu leur diplôme d’État, risquent de voir leur parcours scolaire s’arrêter faute de moyens financiers.
L’appel à candidatures concerne les réfugiés de longue date vivant aussi bien dans les camps que dans les zones urbaines, notamment à Bujumbura, la capitale économique, et à Rumonge, la ville portuaire située dans le sud-ouest du Burundi. Il précise que les personnes concernées doivent être arrivées au Burundi au plus tard en 2023.

Des jeunes et des enfants réfugiés congolais dans un camp au Burundi. La reprise du programme de bourses DAFI redonne espoir aux jeunes réfugiés diplômés qui aspirent à poursuivre leurs études universitaires. © SOS Médias Burundi
« Ma seule chance était de tenter ma candidature »
Malgré la forte réduction du nombre de bourses disponibles par rapport aux années précédentes, l’annonce de la reprise du programme a été accueillie favorablement par plusieurs jeunes réfugiés contactés par SOS Médias Burundi dans les camps du nord du pays.
Pour ces jeunes, l’université représente à la fois une possibilité d’améliorer leur avenir personnel et un moyen de contribuer au développement de leurs communautés.
Parmi eux figure un jeune réfugié qui a obtenu son diplôme d’État en 2024. Il a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat. Son diplôme a été obtenu précisément durant la période où DAFI avait cessé de recruter de nouveaux bénéficiaires.
Issu d’une famille disposant de moyens financiers limités, il ne voyait pas comment financer ses études universitaires.
« J’avais obtenu mon diplôme en 2024 et je pensais pouvoir commencer directement l’université. Mais lorsque j’ai appris que la bourse DAFI ne recrutait plus, j’ai perdu beaucoup d’espoir. Ma famille n’avait pas les moyens de payer mes études universitaires et je ne savais pas comment poursuivre mon parcours. Pour moi, la seule possibilité était d’attendre une nouvelle opportunité et de tenter ma chance », raconte-t-il.
Le retour du programme lui a finalement redonné confiance.
« Quand j’ai appris que le programme était de nouveau ouvert cette année, j’ai ressenti une grande joie. J’ai décidé de postuler comme les autres et de tenter ma chance. Je sais qu’il y a beaucoup de candidats pour seulement 20 places, mais je préfère essayer plutôt que d’abandonner mon rêve de poursuivre mes études », témoigne-t-il.
« Si je suis sélectionné, cette bourse changera beaucoup de choses dans ma vie et me donnera aussi la possibilité de contribuer un jour au développement de ma communauté », ajoute-t-il.
Entre études et attente d’une réinstallation
Le jeune réfugié était également engagé dans un processus de réinstallation vers les États-Unis, une perspective qui constituait pour lui une autre possibilité d’avenir.
Mais la suspension du programme américain d’admission des réfugiés, décidée au début du second mandat de Donald Trump, a fortement perturbé de nombreux dossiers de réinstallation.
Cette situation l’a poussé à envisager davantage son avenir au Burundi.
« J’étais aussi dans le processus de réinstallation vers les États-Unis. Mais avec la situation actuelle et l’arrêt du programme de réinstallation, je ne sais plus quand cette possibilité pourra se concrétiser. Aujourd’hui, je dois penser à mon avenir ici. La seule chance qui me reste pour ne pas rester sans rien faire, c’est d’étudier. C’est pourquoi cette bourse représente énormément pour moi », explique-t-il.

Des jeunes réfugiés congolais arrêtés par la police dans un milieu urbain pour les contraindre à rejoindre un camp de réfugiés au Burundi. La reprise du programme de bourses DAFI offre une nouvelle lueur d’espoir aux jeunes réfugiés diplômés souhaitant poursuivre leurs études universitaires. © SOS Médias Burundi
Seulement 20 places pour de nombreux candidats
Cette année, 20 jeunes seulement seront retenus. La concurrence s’annonce donc importante, particulièrement parmi les diplômés qui ont attendu plusieurs années la reprise du programme.
Pour les candidats, cette limitation du nombre de places constitue néanmoins une source d’inquiétude.
Nombreux sont ceux qui espèrent que le programme pourra progressivement augmenter le nombre de bénéficiaires afin de permettre à davantage de jeunes réfugiés d’accéder à l’enseignement supérieur.
Plus de trois décennies de soutien aux réfugiés
Créé en 1992, le programme DAFI vise à permettre aux réfugiés d’accéder à l’enseignement supérieur dans leur pays d’asile.
Financé par le gouvernement allemand et administré par le HCR, le programme est mis en œuvre en partenariat avec différentes organisations et acteurs locaux.
Au Burundi, DAFI a permis depuis plus d’une décennie à des centaines de réfugiés, notamment congolais, ainsi qu’à des Burundais rapatriés, d’accéder à l’enseignement supérieur et de se former dans différents domaines.
Certains anciens bénéficiaires sont devenus enseignants, infirmiers, juristes ou encore agronomes.
Pour les jeunes réfugiés actuellement en attente d’une opportunité, la reprise de DAFI représente donc bien plus qu’une simple bourse d’études : elle constitue une possibilité de reprendre un parcours interrompu, de sortir progressivement de la dépendance et de préparer un avenir professionnel malgré les difficultés liées à l’exil.
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Photo : Une cour intérieure d’une école au camp de Kavumu, dans l’est du Burundi. La reprise du programme de bourses DAFI redonne espoir aux jeunes réfugiés diplômés qui souhaitent poursuivre leurs études universitaires. © SOS Médias Burundi
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