Des habitants contraints d’adhérer au parti CNDD-FDD par force en commune de Rango (Témoignages)


Des habitants de la commune de Rango dans la province de Kayanza (Nord du Burundi) se lamentent qu’ils sont sommés d’entrer dans le parti au pouvoir contre leur gré. Ceux qui refusent sont sanctionnés par des amendes ou se voient refuser des services publics. (SOS Médias Burundi)

La cible du parti au pouvoir sont les membres des partis d’opposition. «Une campagne est déjà lancée par les membres du CNDD-FDD depuis le début de l’année 2020 sur toutes les collines. Des Imbonerakure font du porte à porte dans les ménages des opposants. Ils nous ordonnent d’adhérer au parti au pouvoir pour bénéficier notamment des services administratifs », explique un tenancier d’un bar à Rango.

«On m’a indiqué que si je n’entre pas dans leur parti, je n’aurai plus l’autorisation de quitter la commune. J’ai même fermé mon bistrot plutôt que de céder à la pression », poursuit-il.

Ceux qui refusent d’adhérer sont contraints de payer une «amende » hebdomadaire aux administratifs à la base d’après des habitants. On nous dit qu’on va continuer à payer cette amende tant que nous resterons des « ibipinga » (ceux qui résistent à l’enrôlement).

«Je paie chaque semaine 3 000 Fbu au comité mixte de sécurité composé en grande partie par les Imbonerakure (jeunes affiliés au parti CNDD-FDD) et les chefs locaux. On nous dit que c’est une sanction suite à notre méconduite. On a soumis la question au gouverneur de la province mais rien n’a été fait », s’inquiète une enseignante de la localité.

Non accès aux services de la commune comme punition

«Ma femme a mis au monde il y a 3 semaines mais à la commune on a refusé d’enregistrer mon enfant dans les registres des naissances. On a prétexté que je dois avoir l’aval du chef de colline alors que mon enfant est né à l’hôpital. Le chef de ma colline a refusé parce que je suis membre du parti CNL (Congrès National pour la Liberté). Il m’a dit que si je ne quitte pas mon parti, mon enfant ne sera jamais enregistré au service d’état-civil », s’indigne Jean Paul, 28 ans un des leaders de la jeunesse du parti CNL.

«Ça fait un moment que nous avons programmé à nous marier mais le mariage a été ajourné. L’officier de l’Etat civil nous a indiqué qu’on doit régler des comptes chez le chef de colline. Tout ça parce que j’ai refusé d’adhérer au parti au pouvoir. Le chef de colline a refusé de m’attester pour que je fasse ce mariage civil »,   grogne un militant du parti Sahwanya Frodebu rencontré devant les bureaux de la commune.

On a contacté le gouverneur de la province de Kayanza, Anicet Ndayizeye sans succès.