Presse : le CNC octroie un prix à des policiers burundais !
En marge de la célébration de la journée mondiale de la liberté de la presse, le Conseil National de la Communication (CNC) a procédé à une remise de prix « Medias ». L’un d’eux est allé à l’équipe de communication de la police burundaise. Ce qui fait grincer les dents d’un bon nombre de journalistes burundais. (SOS Médias Burundi)
Le CNC a souhaité décerner des prix à des confrères et consœurs pour leurs reportages « allant dans le sens de la tolérance politique ». Seulement, parmi les heureux récipiendaires se trouve l’équipe de communication de la PNB (Police Nationale du Burundi). Un corps de fonctionnaires qui ne brillent guère quant au respect des professionnels des médias !
Réactions outrées de journalistes
On célèbre la journée de la liberté de la presse alors que nos 4 collègues d’Iwacu sont incarcérés injustement à Bubanza. D’autres journalistes ne cessent d’être violentés par des policiers. Et là, on a des policiers qui sont récompensés. C’est une insulte pour le métier de journalisme.
Pierre*, journaliste à la retraite
Amalgame
Il y a une unanimité dans la profession. Beaucoup sont tombés de leur chaise quand ils on découvert le palmarès.
Il faut différencier un communicateur d’un journaliste. C’est cet amalgame qui fait que tout le monde se réclame journaliste. C’est du jamais vu, on a les prédateurs de la presse qui sont primés. Cette police burundaise a participé activement à la destruction de la presse libre au Burundi. Donc, c’est une humiliation pour la centaine de journalistes en exil et d’autres en prison.
Didier*, employé d’un media indépendant.
Le Conseil National de la communication défend son choix
« Ces policiers ont été primés par rapport à leurs productions audiovisuelles. Elles ont été diffusées sur la Radio-Télévision Nationale du Burundi. On a jugé seulement les productions, pas les personnes. », a expliqué l’un des membres de l’organe de contrôle des médias.
Autres prix
Un journaliste du groupe de presse Iwacu vivant dans la clandestinité (après avoir été menacé de mort par un député), des confrères de la Radio Télévision Nationale du Burundi, du journal officiel le Renouveau et de la radio Isanganiro ont également reçu des prix.
Liberté garantie
Selon le ministre de la communication et des médias, présent à la cérémonie, « la liberté de la presse est aujourd’hui garantie ».
Les relations entre les professionnels des médias et les institutions publiques sont bonnes. Aussi, nous venons d’approuver un fonds pour la promotion de la liberté de la presse.
Frédéric Nahimana, ministre
Situation ubuesque
Les professionnels des médias n’ont pas cru à ces affirmations qu’ils estiment « ubuesques ».
Comment peut-on parler de liberté des médias alors que l’on doit demander la permission aux gouverneurs ou aux administrateurs pour aller faire des reportages à l’intérieur du pays
participants
Classement de la liberté de la presse
Selon le classement de Reporters Sans Frontières sur la liberté de la presse, le Burundi a reculé d’une place par rapport à l’année 2019. En 2020, le Burundi se situe à la 160ème place sur 180 pays. Il est parmi les pays qui bafouent le plus les droits des journalistes.
* Prénoms empruntés pour des raisons de sécurité
Photo : des policiers assiégeant la radio RPA après l’annonce de la libération de son directeur Bob Rugurika en février 2015.
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