Disparition du journaliste Jean Bigirima: quatre après, son épouse demande au nouveau régime de lui rendre justice


Ce mercredi marque le quatrième anniversaire de la disparition du journaliste du groupe de presse Iwacu Jean Bigirimana. Sa femme et ses deux fils vivent en exil. L’épouse de notre confrère espère que le nouveau régime dirigé par le président Évariste Ndayishimiye pourra lui rendre justice. (SOS Médias Burundi)

Pour Godenerthe Hakizimana, la date du 22 juillet 2016 restera gravée dans sa mémoire.

“Son dernier bye bye sonne toujours dans mes oreilles. Même si j’ai perdu l’espoir de retrouver mon mari, des fois je pense que je le verrai un jour”, a indiqué à nos reporters celle qui est plus connue dans son entourage sous le diminutif de Gode avec un léger sourire, pour montrer qu’elle est déjà habituée à vivre ce calvaire.

Elle vit en exil depuis trois ans. Deux fils qu’elle a eu avec M. Bigirimana viennent d’avoir douze ans pour l’ainé et sept ans pour le cadet.

“Se souvenir de Jean est d’abord un grand remerciement de Dieu pour nous, je veux dire moi et mes fils. Le tout puissant a gardé les siens. Les Rwandais le disent bien, se souvenir-s’unir-se renouveler. C’est cette devise qui nous édifie. Sinon, nous aurions perdu tout espoir de vivre”, a-t- elle renchéri, assise au milieu de ses deux fils, dans salon, dans une maison en briques adobes aux murs délabrés et sans clôture.

Devant la maisonnette, une petite cour avec des arbres. Le reste de la parcelle est occupé par un petit champ de légumes. Derrière la maisonnette, un petit robinet.

“Je préfère louer cette maisonnette presque à l’abandon à cause du manque de moyens. Et le propriétaire de la maison ne me stresse pas si je parviens pas à payer le loyer à temps. Par exemple, je lui dois plus de trois mois d’arriérés ».

Une vie dure

Avant le début de la pandémie de Coronavirus, Godeberthe Hakizimana tenait un petit commerce de légumes et des fruits dans une gare routière. Mais, elle assure qu’il n’était pas rentable.

“Comme j’avais un petit capital, le business a vite échoué. Des fois je rentrais sans bénéfice. Et très facilement je mettais la main dans le capital pour acheter de quoi nourrir mes deux fils que j’adore beaucoup, et donc en moins de trois mois mon commerce était ruiné” fait-elle savoir, ajoutant qu’elle pourrait relancer son business si jamais elle obtenait un capital de 200.000 Frwa, l’équivalent de 230 dollars américains.

La famille de Jean Bigirimana vit en exil depuis trois ans

En période de confinement, ce lieu stratégique qu’elle habite lui a été bénéfique.

“Comme je loue une maisonnette construite dans un quartier haut standing, les gens qui vivent tout autour de moi nous donnait de quoi manger. Ils pouvaient facilement acheter des vivres et nous faire un stock qui peut couvrir tout un mois. Je remercie aussi l’administration locale qui a été aux côtés de nous”, signale Gode.

L’espoir porté vers le nouveau président

Iwacu, le groupe de presse pour qui Jean Bigirimana travaillait a porté plainte dans la fraicheur des faits, en 2016.

“Un suivi, pas régulier a été fait quelques jours après et le dossier a été presque oublié. Je ne sais même pas où ils en sont avec”, note la femme de Jean
Bigirimana.

Toutefois, elle dit oser tourner les yeux vers le nouveau régime incarné par le chef de l’État Évariste Ndayashimiye.

“J’attends pour voir son système de gouvernance car le président n’a même pas fait ses deux mois. Mais, je lui lance tout de même un appel vibrant pour qu’il se saisisse de ce dossier car il est connu même sur la scène internationale. Il peut donner des injonctions pour que les enquêtes soient menées et que les auteurs soient punis. Je sais que Jean ne va pas ressusciter comme Jésus-Christ mais que la lumière soit faite. C’est un dossier qui ternit l’image du Burundi”, insiste-t-elle, d’une voix calme avec un ton pas normal mais élevé, comme pour amplifier son appel.

Des employés d’Iwacu rendent hommage à Jean Bigirimana

Sur la question de répondre à l’appel lancé par le nouveau régime qui demande aux réfugiés de rentrer au bercail, Godeberthe Hakizimana reste septique.

“Qu’ils assainissent le climat dans le pays, arrêtent et punissent les criminels et nous rétablissent dans nos droits. Comme ça, moi comme d’autres victimes des atrocités qui sont commises au Burundi depuis 2015 pourrons retourner au pays », dit-elle.

Même s’ils sont affectés par les mauvaises conditions d’exil dans la capitale rwandaise, quatre ans après, l’épouse de Jean Bigirimana et ses deux fils ont retrouvé le goût de la vie grâce notamment à des séances de psychothérapie dont ils ont bénéficié.