Kayanza: un ministre appelle les Imbonerakure à la désobéissance


Ézéchiel Nibigira, ministre burundais en charge de la jeunesse était à Kayanza ( nord du Burundi) le week-end dernier en marge de la célébration de la journée dédiée aux Imbonerakure. Il leur a recommandé de faire des patrouilles nocturnes, contrairement aux injonctions du nouveau gouverneur de province, colonel Rémy Cishahayo. (SOS Médias Burundi)

Pour l’ancien responsable de la jeunesse du CNDD-FDD, il est hors question que des Imbonerakure soient écartés de la gestion des questions sécuritaires.

Il estime que les jeunes du parti au pouvoir doivent organiser des patrouilles nocturnes au même titre que les militaires et policiers.

« Imbonerakure de Kayanza, levez-vous et soyez vigilants. En Kirundi on dit que le doigt habitué à curer est toujours prête… Nous n’aurons jamais assez de soldats et policiers ménage par ménage. Il y en a qui ont mal compris ce qui a été dernièrement annoncé. Laissez-nous vous expliquer pour que vous compreniez le message : les Imbonerakure sont priés d’être vigilants à partir de maintenant », a harangué la foule M. Nibigira.

Le message qui a été mal compris est celui du nouveau gouverneur de Kayanza. En juillet dernier, colonel Rémy Cishahayo avait mis en garde des civils qui font des patrouilles.

« Je ne tolérerai aucune personne qui persécute les habitants, qui qu’elle soit, qui qu’elle soit. Depuis aujourd’hui, la province de Kayanza est sous la responsabilité de Cishahayo…Les policiers sont des spécialistes de la sécurité intérieure. Les militaires sécurisent les frontières. Chaque habitant doit se comporter comme un agent de renseignements ,il doit donner des informations en rapport avec la sécurité. On ne lui demande pas de faire des patrouilles, c’est un travail de la police », avait insisté colonel Cishahayo sans prononcer le mot « Imbonerakure ».

Celui qui a occupé des fonctions dans l’armée burundaise jusqu’en Somalie dans l’Amisom( Mission de l’Union Africaine en Somalie) pour le maintien de la paix et la stabilisation de ce pays, avait été on ne peut plus clair.

« Dans toutes les régions où j’ai exercé, si je rencontrais quelqu’un qui n’est pas policier entrain de faire des patrouilles, je le mettais dans un pickup et l’emmenais au cachot. Pour le faire, tu dois me montrer la carte de la police, si tu ne l’as pas, tu vas directement au cachot. C’est la police qui assure la sécurité. Les policiers doivent jouer leur rôle et quand ils ont besoin d’un renfort, les militaires interviennent », avait martelé le colonel.

Plusieurs rapports des organisations burundaises et internationales ont dénoncé « des abus des jeunes Imbonerakure depuis 2014 ». Ils sont entre autres accusés de persécuter, tuer et racketter des citoyens dont la majorité sont des opposants ou supposés opposants au parti CNDD-FDD.

En avril 2017, cette jeunesse en qui le parti au pouvoir voit « un pilier pour le développement » a été qualifiée par les Nations-Unies de « milice ».

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Photo: Ézéchiel Nibigira, ministre burundais en charge de la jeunesse