Burundi: un recensement des fonctionnaires de l’État controversé


Le ministère burundais de la fonction publique, du travail et de l’emploi a organisé depuis ce lundi un recensement de tous les fonctionnaires. Dans un communiqué apparu le 20 octobre courant, la ministre ayant la fonction publique dans ses attributions n’a pas mentionné le motif de ce recensement. Des fonctionnaires s’inquiètent. (SOS Médias Burundi)

Le recensement général et électronique des fonctionnaires a débuté ce lundi dans tous les services publics. Dans la capitale économique Bujumbura, un reporter de SOS Médias Burundi qui a visité certains services publics où devraient se dérouler cet enregistrement des fonctionnaires a constaté que les employés de l’État avaient moins d’engouement à répondre à l’appel qui leur a été lancé. « Je ne comprends même pas le mobile de cet enregistrement. Et pour que personne n’y échappe, le communiqué du ministre mentionne que les listes de paie pour le mois d’octobre se feront sur base des employés recensés », a lâché un fonctionnaire.

D’autres employés de l’État contactés dénigrent certaines questions figurant sur la fiche qu’ils étaient appelés a compléter. La fiche compte en soit 109 questions dont certaines qui portent atteinte à nos droits et libertés, trouve-t-il.
« Pourquoi le gouvernement nous oblige-t-il de révéler notre appartenance ethnique, de dire si nous avons déjà fait face aux problèmes sur le lieu du travail, si nous sommes membres des syndicats et de les préciser « , s’est interrogé un autre fonctionnaire.

Des informations recueillies auprès de certains cadres de l’État disent qu’il y aurait pas mal de fonctionnaires fictifs qui touchent les salaires alors qu’ils ne sont pas au service de l’État. « Peut-être que c’est l’un des mobiles de ce recensement », murmurent-ils. Les autres lient le recensement à la demande du sénat burundais dans la législature de 2015 à 2020. Le président du sénat d’alors avait annoncé qu’il fallait un recensement des fonctionnaires pour arriver à faire respecter l’équilibre ethnique Hutu-Tutsi tel que prévu par l’Accord d’Arusha. Pour les forces de défense et de sécurité ainsi que les fonctionnaires de l’État, l’accord prévoit 40% Tutsi et 60% Hutu.

Le recensement va prendre fin ce mardi 27 octobre 2020. Dans certaines provinces, des concernés et leurs chefs de service ont dit que l’application pour remplir les critères fonctionnait très mal.

_______________

Photo: les représentants des  confédérations COSYBU,CSB et COSESONA dénoncent un recensement des travailleurs qui s’attaque à la vie privée des travailleurs en violation de la constitution, c’était lors d’un point de presse de ce 27 octobre ? droits réservés