Beni : les attaques armées se multiplient, la population laissée à elle-même

Beni : les attaques armées se multiplient, la population laissée à elle-même

Depuis plus de six ans, les habitants du territoire de Beni dans la province du Nord-Kivu (Est de la RDC) font objet d’attaques de groupes armés locaux et étrangers. Des gens sont tués, des biens et bétail pillés. SOS Médias Burundi a rencontré des familles des victimes, des rescapés, administratifs et membres de la société civile. Les attaques contre des civils se sont intensifiées ces deux dernières semaines. (SOS Médias Burundi)

Témoignages

« Depuis plus de 6 ans, nous sommes attaqués. Des hommes armés arrivent et tuent des gens à l’arme blanche dont machettes, couteaux, haches…. Ils utilisent aussi des fusils pour tirer sur ceux qui essayent de fuir », témoignent des rescapés rencontrés en secteur de Beni-Mbau, groupement de Bambuba-Kisiki en territoire de Beni.

Eringeti, une femme dont l’époux a été tué se rappelle. « On quittait le champ aux environs de 15 heures. Nous avons rencontré une colonne d’hommes armés en uniforme semblable à celle des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). Finalement, nous nous sommes rendus compte que ce n’était pas nos militaires et ils ont décapité immédiatement mon époux après l’avoir ligoté. Ils m’ont amenée dans la brousse, je ne savais plus quoi dire. Après quelques kilomètres de voyage, j’ai réussi à m’évader ».

Le même jour, deux jeunes filles qui revenaient aussi du champ, ont également été tuées dans les mêmes circonstances, selon un responsable local qui a témoigné sous couvert d’anonymat pour sa sécurité.
Il indique que plusieurs de ses collègues, eux aussi responsables locaux ont été assassinés au cours des six dernières années.

La femme dont le mari a été tué à Eringeti

Selon des rescapés qui ont dû se réfugier dans des endroits au moins jugés sécurisés, il est souvent difficile de différencier les militaires de l’armée régulière des rebelles. Ils portent d’uniformes semblables, et pour la plupart des fois, la population est dans la confusion totale.

Les rescapés que SOS Médias Burundi a rencontrés ont été blessés au cours des deux dernières semaines.

Conséquences

Selon Katembo Constantin, relai communautaire au centre de santé Liva, le village de MayiMoya a été déserté par ses habitants après avoir subi beaucoup d’attaques armées. « Ce village comptait plus de 20.000 habitants, mais aujourd’hui, il est difficile d’y trouver 7000 personnes. La majorité a fui craignant pour leur sécurité, d’autres ont été tués », raconte-t-il.

Plusieurs villages du territoire de Beni et du secteur de Rwenzori sont restés quasiment vides depuis le début des massacres. Les activités scolaire, économique sont bloquées, selon des organisations de la société civile locale.

M. Katembo témoigne que le personnel de santé commence le travail à 8 h pour rentrer à 14 h 30. « Nous devons nous protéger et protéger nos patients. Il n’y a pas un seul jour qui passe sans que nous recevions des blessés en provenance des villages qui nous entourent. Toutefois, nous sommes obligés de transférer la majorité à l’hôpital général d’Oicha au chef-lieu de Beni faute de moyens suffisants pour les prendre en charge », poursuit-il.

À cet hôpital, il y a un très grand nombre de blessés. Selon des sources médicales, ils sont originaires des villages de Mamove, Maleki, Kithevya, Mambau, Angazi, Manzingi, Aveyi, Kaza Roho, Mbau, Musuku… Ils affirment avoir été blessés par des hommes en uniforme de l’armée régulière de la RDC.

La société civile des groupements de Bambuba Kisiki et Batangi-Mbau demande aux responsables de l’armée et aux autorités de mener une enquête afin d’identifier la provenance des uniformes portées par les hommes armés.
Elle pense qu’il y a des « taupes » parmi les FARDC.

Les autorités locales affirment que les ADF (Forces Démocratiques Alliées) récupèrent les tenues des militaires tués lors des combats.

Une rescapée de Mamove

La convention pour le respect des droits humains (CRDH) reproche à des groupes armés rwandais et ougandais d’être impliqués dans l’insécurité qui prévaut dans cette région de l’est de la RDC. Elle explique que les rebelles capturés surtout chez les ADF sont majoritairement Rwandais et Ougandais.

Kizerbo Kasereka Watevwa, député élu dans la région lui, pointe du doigt les pays et non les ressortissants. «Les pays voisins ont une certaine responsabilité dans tout ce qui se passe chez nous dans le cadre de l’insécurité. Ceux qui ont une main mise sur les groupes armés dans notre région peuvent dire à ceux là qui les représentent dans les groupes armés de faire taire les armes », a-t-il dit lors d’une plénière consacrée au vote de la loi sur la zone de libre échange africain. C’était le week-end dernier à Kinshasa, la capitale de la RDC.

Depuis une décennie, la partie Est du pays fait face aux groupes armés qui commettent des exactions contre des civils dont les massacres dans la région de Beni.

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Photo : des hommes qui ont échappé à la mort après avoir reçu des coups de machettes

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