Burundi : vers la réouverture des médias fermés ?

Burundi : vers la réouverture des médias fermés ?

Le chef de l’État, Évariste Ndayishimiye a recommandé au conseil national de la communication (CNC) de s’asseoir avec les responsables des médias suspendus ou en situation de sanctions. Il indique que cela doit être réalisé pour le bien du Burundi. Des responsables des médias incendiés en 2015 au lendemain du coup d’État raté restent sceptiques. (SOS Médias Burundi)

Le président Évariste Ndayishimiye aura marqué les discussions du dernier jour de l’atelier, perçu aussi comme une séance de moralisation des responsables et professionnels des médias reconnus, des porte paroles de différents ministères et institutions étatiques ainsi que des spécialistes de la communication.

Il est longuement revenu sur le travail des journalistes et des médias avant de souhaiter que les médias fermés soient rouverts. “Je vous affirme que nous devons tourner la page. Même les litiges ou malentendus du passé doivent être réglés. Il y a des médias qui sont fermés, suspendus ou en situation de sanctions, je recommande au CNC de s’asseoir d’urgence avec leurs responsables pour trouver une solution favorable. Nous devons en finir pour du bon afin que nous soyons tous sur le chantier du développement du pays”, a-t-il fermement déclaré devant un parterre de professionnels des médias.

Ces déclarations ont été accueillies par des applaudissents dans la salle, signe que ces propos étaient tant attendus.

Le président Ndayishimiye, n’en est pas resté là. “Le passé doit rester réellement derrière nous. Imaginez, on s’est même pardonné sur des crimes de sang. Nous devons faire une sorte d’introspection, nous repentir et nous réconcilier. C’est la tâche du CNC de s’organiser avec ces responsables, parler à bâtons rompus et sortir avec une recommandation quitte à ce que l’on se mette tous sur le chemin du développement du pays”, a-t-il renchéri avant de souligner que tous les médias ont “un rôle prépondérant dans la vie de la société burundaise”.

Quid des concernés

Aucune radio, télévision ou journal n’a été cité nommément. Cependant, trois médias locaux ont été incendiés et fermés en mai 2015. Depuis, ils n’émettent plus sur le territoire burundais. Il s’agit des radios RPA, Bonesha FM et de la Radio Télévision Renaissance.

En 2018, la BBC s’est vue retirée la licence d’exploitation au moment où la VOA (Voix de l’Amérique) est suspendue. Aucun journaliste étranger ou burundais n’est autorisé de travailler pour les deux médias étant sur le territoire burundais.

Tous ces médias ont été accusés soit de “soutenir le coup d’État manqué du printemps 2015” ou encore de “diffuser des informations calomnieuses et diffamatoires”.

Un journaliste à Bujumbura a indiqué à SOS Medias Burundi qu’il y a aussi d’autres médias locaux qui sont sous sanctions du conseil national de la communication.

En attendant la réouverture ou la levée de sanctions, le chef de l’État demande aux journalistes de dire la vérité. “Un journaliste, un militaire, un policier et un administratif n’a pas droit à l’erreur. Ils détiennent des armes à double tranchant. Pour un journaliste, c’est autre chose car il peut nuire à la sécurité nationale avec son micro seulement”, a insisté le président Ndayishimiye.

Les médias en exil trouvent ironique le souhait de Ndayishimiye. “Nous lui remercions quand-même si du moins il l’a déclaré de bonne foi. C’est un bon début, attendons la suite”, a réagi Bob Rugirika, directeur de la RPA, une des médias brulés en 2015.

Pour lui, « ces médias soutiennent toujours le rétablissement d’un État de droit au Burundi ». “Nous, responsables de ces organes de presse fermés par ce pouvoir du CNDD-FDD qui a fait fuir un bon nombre de journalistes, nous sommes toujours disposés à accompagner le Burundi pour redorer son image et retrouver son identité d’un État de droit. Mais, nous nous interrogeons sur la manière dont sera mené notre dialogue avec le CNC », poursuit M. Rugurika.

Il trouve qu’il devrait y avoir des préalables comme le retrait des mandats internationaux qui visent des journalistes des médias burundais.

Le président du conseil national de la communication Nestor Bankumukunzi a dit à nos collègues de la VOA (section Kirundi/Kinyarwanda) qu’il compte convoquer une réunion avec les médias concernés lundi prochain.

M. Bankumukunzi n’a pas donné plus de détails sur ces médias. Il a tenu à rappeler qu’il “devrait d’abord vérifier” pour donner des noms, mais qu’il s’agit “des médias suspendus par le CNC”.

___________

Photo : un habitant de Bugarama suit la radio en direct la libération du directeur de la RPA Bob Rugurika le 19 février 2015( Jean-Pierre Aimé Harerimana).

Previous Affaire Burambi : mort d'un détenu, dans un commissariat de la police, ce que nous savons
Next Covid-19 : négligence dans la gestion de la pandémie à Kirundo

About author

You might also like

Media

RSF exige la libération immédiate et sans condition des quatre journalistes du groupe de presse Iwacu

Le procès en appel des quatre journalistes du groupe de presse Iwacu emprisonnés depuis plus de six mois s’ouvre ce mercredi. Reporters sans frontières (RSF) exhorte les autorités à prononcer

Media

Est de la RDC : des rebelles Maï-Maï tuent des journalistes

Les journalistes congolais vivant dans l’Est du pays sont confrontés aux pires exactions de la part des groupes armés, et en particulier des miliciens Maï-Maï. L’affirmation ressort d’un communiqué de

Media

Presse : des journalistes qui ont fui la persécution au Burundi obligés de fermer au Rwanda

Les radios Inzamba, RPA (Radio Publique Africaine) et la radio-télé Renaissance ont annoncé ce mercredi après-midi la suspension de leurs programmes. Les directeurs des trois médias burundais en exil parlent