Affaire Burambi : mort d’un détenu, dans un commissariat de la police, ce que nous savons

Affaire Burambi : mort d’un détenu, dans un commissariat de la police, ce que nous savons

Égide Sindayigaya est mort ce lundi au commissariat de Rumonge (Sud-ouest du Burundi) des suites des actes de torture subis, selon nos sources. Officiellement, il a été transféré à ce lieu de détention le 19 janvier avec trois autres individus. Mais il n’y a était emmené réellement que trois jours avant sa mort après être torturé dans un lieu secret par des agents de renseignements et des policiers. Le sexagénaire a été enterré hier. SOS Médias Burundi a suivi le dossier. (SOS Médias Burundi)

Raisons de torture

Égide Sindayigaya est grand frère de Déo Niyongabo, un ex sous-officier de l’ancienne armée tué par la police le 16 janvier sur la colline de Gishiha en zone de Maramvya dans la commune de Burambi (province de Rumonge).
L’homme était recherché depuis 2016 et sa tête mise à prix. La police a affirmé plus tard qu’il était à la tête d’un mouvement armé qui a tué 26 personnes au cours des quatre dernières années.

Les fonctionnaires qui ont torturé le vieil homme voulait obtenir de lui des informations sur des caches d’armes que le groupe de son petit frère utilisait, selon des sources policières.

Qu’est ce qui s’est passé

« Ils l’ont battu, lui ont injecté des substances dans ses testicules et pénis », a confié à SOS Médias Burundi un policier sous couvert d’anonymat.

Jeté au commissariat dans l’agonie

Officiellement, Égide Sindayigaya a été transféré au commissariat provincial le 19 janvier. Il a été embarqué avec trois autres hommes dans une camionnette du gouverneur de Rumonge Consolateur Nitunga. Ce jour là, le porte parole du ministère en charge de la sécurité venait de montrer à des habitants de Maramvya les quatre hommes qu’il avait présentés comme des criminels collaborant avec Déo Niyongabo et Protais Niyungeko, un ancien gendarme tué lui aussi par la police le 18 janvier et qualifié comme un des leaders du mouvement dirigé par feu Niyongabo.

Un de nos reporters a constaté que c’est le véhicule du gouverneur de province qui a déplacé les quatre individus. « Il pouvait marcher ce jour là. C’est lui-même qui s’est levé pour rejoindre le véhicule du gouverneur »,a remarqué notre reporter.

Toutefois, quand il a été emmené au commissariat de Rumonge, il était déjà agonisant, selon des sources concordantes. « Il ne pouvait plus tenir debout. Très affaibli, il n’arrivait même pas à parler », affirment-elles.

La victime avait été battue sur la position policière de Kiganza, en zone de Maramvya avant d’être présenté aux habitants et à des journalistes de la RTNB (RadioTélévision Nationale du Burundi), à des agents du service communication du ministère en charge de la sécurité et à un journaliste reporter du journal La Nova.

Torturé dans un lieu secret

Des sources proches du dossier ont confirmé à SOS Médias Burundi que le sexagénaire n’a pas été directement conduit au commissariat. « Sa destination n’a pas été le commissariat. Des agents du service national de renseignements l’ont récupéré avant qu’il n’y arrive et l’ont emmené vers une autre destination que nous ignorons. Ils l’ont ramené étant dans un état très critique trois jours avant sa mort », révèlent-elles.

Certificat médical

Après sa mort, c’est le véhicule du procureur de Rumonge qui a aidé à évacuer le corps. Il a été transporté à l’hôpital de Rumonge sous escorte de policiers. « Aucun médecin n’a été autorisé de consulter le corps », rassurent des sources médicales.

Pourtant, l’hôpital a été obligé de sortir un certificat attestant que le vieil homme est décédé à cette structure de soins. « Aucun motif, aucune raison de la mort ne sont mentionnés sur le certificat », affirme une source médicale qui a vu le document.

Et de se révolter « c’est scandaleux. Il s’agit d’un pur montage ».

Les responsables de l’hôpital de Rumonge ont refusé de donner le certificat médical aux proches de la victime. Il avait été récupéré par le procureur provincial qui a fini par le leur délivrer après plusieurs heures de discussion.

Enterrement sans famille restreinte

Égide Sindayigaya a été inhumé hier après-midi dans un cimetière public situé au quartier de Mugomere au chef-lieu de Rumonge.

De peur d’être arrêtés et séquestrés, des membres de sa famille restreinte ne se sont pas déplacés pour l’enterrement. « C’est très douloureux de ne pas pouvoir dire adieu à quelqu’un qu’on aime. L’enterrement s’est déroulé dans la peur et dans la douleur. On était surveillé », regrette un membre de la famille de feu Sindayigaya.

Des habitants de Maramvya estiment que le sexagénaire a été victime d’un système « aveugle ». « Il n’était aucunement impliqué dans ces groupes armés. Sa seule faute est d’être frère de Déo Niyongabo. C’est regrettable qu’il soit tué dans de telles circonstances », se désolent-ils.

Après sa mort, ses codétenus ont été transférés à la prison de Murembwe (Même province), selon des sources policières.

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Photo : Égide Sindayigaya, assis à terre le troisième en partant de la gauche, le 19 janvier à Maramvya lorsque le porte parole du ministère ayant en charge la sécurité les montrait à des habitants de la localité

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