Rwanda : la ration des réfugiés réduite à 60%

Rwanda : la ration des réfugiés réduite à 60%

L’annonce a été faite par le programme alimentaire mondial PAM agence du Rwanda, le Haut commissariat des réfugiés (HCR) et le ministère en charge des réfugiés dans ce pays. La réduction concerne six camps dont celui de Mahama qui abrite plus de 50.000 Burundais. La décision a mal été accueillie dans la communauté des réfugiés. (SOS Médias Burundi)

La réduction de la ration alimentaire est décriée par les bénéficiaires en général. Ils disent être ébahis d’entendre la nouvelle qu’ils considèrent de « mauvaise ». “Je manque de mot à dire. J’ai quatre enfants et je ne parvenais pas à nourrir ma famille avec 7600 francs rwandais que je reçois pour couvrir 28 jours, comment vais-je faire pour 3040 francs? C’est en fait nous laisser mourir de faim”, s’exclame Jean Claude habitant la zone 1, au camp de Mahama.

Sa voisine elle, quand nous l’avons interviewée ce mercredi matin, elle n’était pas au courant de la mesure. “Humm! Sans doute que je vais devoir rentrer car je préfère mourir chez moi. Je dois nourrir mes 4 enfants, mon mari est en prison au Burundi, le camp est fermé et je ne peux même pas sortir faire des travaux journaliers comme avant la pandémie du Covid-19. Une chose pareille ne fait que me rappeler le calvaire que j’ai dû endurer pour arriver ici”, se désole-t-elle.

D’après le communiqué conjoint du PAM, du HCR et du ministère rwandais en charge des réfugiés, la réduction de la ration alimentaire est due à la crise mondiale. “Généralement le PAM reçoit l’aide de l’ONU, des pays partenaires et des humanitaires. Aujourd’hui, il y a eu beaucoup de crises qui nécessitent plus de moyens sans oublier la pandémie du Covid-19. Cette situation a fait que nous manquons cruellement des moyens financiers suffisants pour venir en aide à tous les nécessiteux, raison pour laquelle le PAM décide de réduire le quota de la ration destinée à chaque réfugié sur le sol rwandais”, explique le communiqué.

La nouvelle réglementation alimentaire devra entrer en vigueur à partir de mars prochain. Ces agences onusiennes tranquillisent tout de même que la réduction ne concerne pas les quantités de croissance données aux enfants de moins de cinq ans ou encore les quotas destinés aux personnes âgées et celles souffrant de maladies chroniques. Le programme de « cantine scolaire » reste aussi financé à 100%.

Des femmes réfugiées burundaises en attente de recevoir une aide alimentaire à Mahama, 2020
Des femmes réfugiées burundaises en attente de recevoir une aide alimentaire à Mahama, 2020

D’après Jean Bosco Kwibishatse, président du comité des réfugiés du camp de Mahama( Est du Rwanda), la coupure de la ration vient empirer les choses. “Normalement, nous recevons quelques vivres en nature : moins de 10 kg de haricot et de grains de maïs, la farine pour préparer la bouillie, le gaz, l’huile et le sel de cuisine. Et, on nous donne aussi une somme de 7600 francs rwandais chacun pour essayer de varier la ration. Même cette quantité était insuffisante car ne pouvant pas couvrir 20 jours alors qu’elle calculée sur un mois. Les prix ont sensiblement grimpé », détaille-t-il avant de demander au PAM et au HCR de revenir sur leur décision.

Mais les deux agences onusiennes ne veulent pas donner de faux espoir. “C’est une décision irréversible qui devra sans doute durer. Les réfugiés doivent s’y adapter et vivre conséquemment”, lit-on dans leur communiqué conjoint.

Pour la CBDH/VICAR, une coalition de défenseurs de droit s humains vivant dans les camps, c’est une violation des droits élémentaires des réfugiés. “Nous interpellons la communauté internationale à ne pas déshabiller Saint Pierre pour habiller Saint Paul en laissant les réfugiés à eux-mêmes pour s’occuper de la pandémie du Covid-19. Nous lançons un appel vibrant aux partenaires du HCR et du PAM pour débloquer des aides et ainsi empêcher la mise en application de cette décision au mois de mars prochain. Sinon, l’on comprendra que l’ONU aura failli à sa mission de protection des réfugiés”, a commenté dans une interview accordée à SOS Médias Burundi, Léopold Sharangabo, vice président de la coalition.

Le Rwanda compte sur son sol plus de 140.000 réfugiés, burundais et congolais. Ils sont essentiellement installés dans des camps.

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Photo : des manœuvres employés par le HCR entrain de trier des vivres à distribuer aux réfugiés dans le camp de Mahama, 2020

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