Burundi : la CNIDH et la chambre basse détestent les rapports sur le pays

Burundi : la CNIDH et la chambre basse détestent les rapports sur le pays

Ce mardi, la commission nationale indépendante des droits de l’homme présentait son rapport annuel à l’Assemblée Nationale du Burundi. Une occasion de contester des rapports qui ternissent l’image du pays et qui s’inscrivent dans le sens de la maintenir sur le statut B, selon elle. (SOS Médias Burundi)

À l’hémicycle de Kigobe (nord de Bujumbura la capitale économique), le président de la commission a plutôt dressé un bilan largement positif sur la situation des droits humains au Burundi affirmant que « des avancées ont été remarquées depuis la fin des élections de l’an dernier ».

Toutefois, quelques députés de l’opposition ont déploré la persistance « des disparitions forcées, enlèvements, arrestations arbitraires et emprisonnements illégaux ». Ces préoccupations ont dernièrement été soulevées dans un récent rapport du département d’État américain qui parle de 200 morts dans des violences dans la nation de l’Afrique de l’est en 2020. « Nous à CNIDH, nous mettons en avant le travail. Nous disons la vérité. Si quelqu’un commet un crime, nous le dénonçons et le traduisons en justice. Mais quand quelqu’un fait le bien, nous le félicitons aussi(…). Si j’essaie d’analyser, ceux qui produisent ces rapports… pour ce qui est de la CNIDH, c’est en février que nous avons envoyé des documents pour solliciter encore une fois que le statut A nous soit reconnu », a expliqué Sixte Vigny Nimuraba, président de la CNIDH.

Et de continuer, « Avoir le statut A par le témoignage de nos actions ces derniers temps qui démontrent que nous soutenons l’indépendance de la commission, fait que certaines gens trouvent que la commission veut faire un pas en avant et essaient de torpiller nos efforts ».

Chasser sur un même terrain

Selon M. Nimuraba, des organisations produisent des rapports qui ne louent pas sa commission pour gagner seules la faveur des bailleurs. « Deuxièmement, n’oublions pas que quelques-uns parmi ceux qui produisent ces rapports ont les mêmes partenaires que nous. Si la commission travaille bien et que des bailleurs s’en réjouissent comme d’ailleurs certaines ambassades ont commencé à nous donner des financements, ils sollicitent les mêmes financements et quand on nous les donne, cela signifie qu’ils sont en train de perdre », a affirmé devant les élus du peuple Sixte Vigny Nimuraba.

Dialogue UE- Burundi

Tout est lié à la période que traverse le Burundi maintenant, selon le président de la CNIDH. « Personne n’ignore que le Burundi est déjà engagé dans un dialogue avec les pays européens. Ceci aide beaucoup la commission car il s’agit d’une base pour nous. S’ils ne sont pas à mesure de montrer que l’UE ne devrait pas dialoguer avec le Burundi, ils perdent leur poids », estime le patron de la commission nationale indépendante des droits de l’homme.

Des rapports tendancieux

« (…), ils écrivent ces rapports sans nous consulter. Seulement, après les avoir envoyés, ils nous les soumettent pour les lire alors qu’ils ne nous ont pas consultés avant.
Je vous donnerai un exemple de quelqu’un qui a écrit un quartier qui n’existe pas dans la ville de Bujumbura. La seule raison c’est de ternir l’image du pays car si la situation des droits humains s’améliore au Burundi, ils perdent beaucoup car ils ne trouvent pas de marché pour leurs marchandises « , a longuement analysé M. Nimuraba.

Des députés à l’hémicycle de Kigobe, le 13 avril 2021 /Crédit-photo : Twitter de l’Assemblée Nationale

Pour le président de la chambre basse du Burundi, « ceux qui produisent des rapports veulent ternir l’image du pays et celle de la CNIDH pour qu’elle soit maintenue sur le statut B ».

Le 26 janvier 2018, est devenue effective la décision des Nations-Unies de rétrograder le statut de la commission nationale indépendante des droits de l’homme au Burundi. Le statut A est un label donné aux commissions nationales qui ont prouvé leur indépendance par rapport aux pouvoirs en place, selon les principes d’un accord international signé à Paris.

Le sous comité de l’ONU d’accréditation des institutions nationales des droits de l’homme (INDH) a reproché à la commission burundaise « le manque d’indépendance, la minimisation des graves violations des droits de l’homme commis dans le pays ou encore l’absence de coopération de cette institution avec le Haut Commissariat aux droits de l’homme et les commissions d’enquête sur ces violations ».

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Photo : Sixte Vigny Nimuraba lors de la présentation du rapport annuel à l’Assemblée Nationale / Twitter de l’Assemblée Nationale

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