Kirundo : quand un chantier d’une bâtisse du CNDD-FDD sert de bouclier pour une mafia

Kirundo : quand un chantier d’une bâtisse du CNDD-FDD sert de bouclier pour une mafia

Depuis trois ans, le parti CNDD-FDD à Kirundo (nord du Burundi) a initié un projet de construction d’une bâtisse qui servira de sa permanence provinciale. Toutefois, des fonctionnaires et habitants de Kirundo dénoncent d’interminables contributions destinées à construire le bâtiment dont les travaux n’avancent jamais. Actuellement, le parti présidentiel exige aux fonctionnaires et habitants de contribuer de nouveau, chacun selon sa capacité financière. (SOS Médias Burundi)

Personne n’échappe à la contribution : des militants du parti au pouvoir, des opposants et des habitants qui ne militent pour aucune formation politique.

Des habitants parlent de « mafia organisée » pour les rançonner. Tout part d’une réunion organisée il y a quelques jours par l’ancien secrétaire provincial du CNDD-FDD avec différents responsables du parti.

Ils ont décidé d’exiger une collecte de fonds destinés à construire l’immeuble qui servira de bureau du parti CNDD-FDD dans la province. « Sans exception, tout employé du domaine de la santé, qu’il soit du secteur privé ou public doit payer de l’argent. Le directeur provincial de la santé et les directeurs de districts sanitaires verseront chacun 400 mille francs burundais au moment où les directeurs des hôpitaux ainsi que les membres du staff du bureau provincial de la santé devront verser 200.000. Il y a également la catégorie des gestionnaires de districts sanitaires et des hôpitaux qui devront s’acquitter de 100 mille francs. Les titulaires de centres de santé, les médecins, les membres des équipes cadres des districts, les directeurs adjoints des hôpitaux quant à eux étant obligés de donner 50 mille francs », ont décidé les représentants du CNDD-FDD à Kirundo, selon les concernés.

Les infirmiers, les pharmaciens et les techniciens de promotion de la santé contribuent à hauteur de 30 mille francs au moment où les aide-infirmiers et les plantons paient respectivement 10 et 5 mille francs, ajoutent nos sources. Cela concerne le secteur public.

Pour les privés, les pharmacies devront donner une somme comprise entre 50 et 500 mille francs burundais, selon le statut et l’emplacement.

Secteur de l’éducation

Le directeur provincial de l’enseignement doit donner une somme de cent mille francs burundais, les directeurs des écoles à régime d’internat et des écoles fondamentales, contribuant à hauteur de 50 et 30 mille francs, respectivement.

Le directeur provincial en charge de l’agriculture et l’élevage paye quant à lui 100 mille francs burundais.

Une mafia

Des habitants de Kirundo dénoncent ce qu’ils qualifient de « mafia organisée ».

Ils accusent les représentants locaux du CNDD-FDD de les rançonner. « Non seulement c’est un fardeau pour nous, mais aussi l’argent que nous contribuons depuis trois ans est détourné. Nous savons par exemple que l’ancien secrétaire provincial du CNDD-FDD s’en est servi pour construire sa propre villa au quartier de Nyange-Bushaza (ville de Kirundo) », se plaignent-ils.

Et d’ajouter, « Nous sommes entre le marteau et l’enclume, et n’avons pas d’autre choix que de payer par force. Si tu refuses, tu es menacé d’être muté très loin de ton domicile. Donc on a choisi le moindre des deux calvaires », se résigne un infirmier qui affirme avoir déjà contribué deux fois pour le même fait.

Des fonctionnaires de Kirundo qui se sont confiés à SOS Médias Burundi disent être fatigués par d’interminables contributions « qui ne sont même pas utilisées pour l’objectif exposé ».

Depuis trois ans, l’immeuble qui fait objet de contribution chaque fois que les responsables du parti présidentiel le souhaitent et dont le plan est de deux niveaux n’a jamais dépassé le rez-de-chaussée.

_______________

Photo : la permanence du CNDD-FDD en construction depuis trois ans sur la colline de Rugero

Previous Covid-19 : le nouveau variant Delta présent au Burundi
Next Rumonge : un médecin acquité puis transferé à la prison centrale