Bubanza-Bugendana-Rango : des rescapés Tutsis de la crise de 1993 demandent des comptes

Bubanza-Bugendana-Rango : des rescapés Tutsis de la crise de 1993 demandent des comptes

Les familles de Tutsis regroupés non loin du centre de santé Ruyange en zone Muzinda dans la commune de Rugazi (province de Bubanza, ouest du Burundi) sont menacées d’être chassées de ce lieu par l’administration. Les intéressés qui mènent une vie dure disent ne pas savoir où aller si la menace venait à être mise en application. Et dans le site de déplacés de Bugendana en province de Gitega (centre), les rescapés qui se souvenaient le 25 juillet dernier des leurs (648 Tutsis) massacrés en 1996 par des combattants du FDD n’ont vu aucune autorité se joindre à eux. Ils exigent la lumière sur ces tueries afin que les auteurs soient traduits en justice. À Rango, province de Kayanza (nord), les occupants des sites de déplacés disent être menacés et harcelés par l’administration communale. (SOS Médias Burundi)

À Bubanza, la menace a été dirigée contre 58 familles, les seules qui restent dans un centre qui avait accueilli des familles de Tutsis rescapés des massacres de 1993.

« Au départ, il s’agissait de 1800 familles qui avaient trouvé refuge au camp militaire de Muzinda après l’assassinat du président Melchior Ndadaye. Ensuite, ils ont été installés à côté du centre de santé de Ruyange où ils ont été gardés depuis. Certains sont morts de maladies causées par des conditions dures de la vie, le traumatisme et un profond stress. Il ne reste que 21 ménages composés de veuves, de personnes âgées et quelques hommes sans soutien », racontent des sources locales.

Selon des témoins, les portes de leurs maisons de fortune sont marquées de croix, signe qu’elles vont être démolies. « Vous avez jusqu’au 8 août pour déménager sinon, vos logis seront démolis et vous ne récupérerez pas vos affaires , encore moins les matériaux de construction », a menacé l’administrateur de la commune de Rugazi. Depuis dimanche dernier, les concernés vivent la peur au ventre, craignant d’être chassés à tout moment.

Un responsable de ces déplacés déplore la mesure. Il affirme que lui et ses compagnons ne sont pas écoutés. « Nous avons demandé que l’on nous cherche des parcelles à Muzinda, mais l’administration fait la sourde oreille. Ils veulent nous jeter dans la rue. Tous n’ont pas où aller sans terres. Certains sont nés dans ce site, ils ont l’âge adulte. Nous sommes seulement victimes de notre ethnie », explique-t-il.

Des proches des victimes de Bugendana se recueillent devant leur tombe, le 25 juillet 2021
Des proches des victimes de Bugendana se recueillent devant leur tombe, le 25 juillet 2021

Siméon Hatungimana, célibataire avoue avoir tout perdu. Ses parents et la propriété familiale à Butavuka, non loin du camp Muzinda où tous les propriétaires des terres ont été expropriés par un commandant du camp Muzinda sans aucune indemnisation. « Si j’avais cette propriété, je pourrais la vendre pour m’acheter une parcelle », se désole-t-il.

Une veuve de plus de 80 ans regrette que la mesure va sans doute les jeter dans la rue alors qu’ils vivaient encore le cauchemar de ce qui leur est arrivé avec les massacres qu’ils ont connu en 1993 dans leur colline d’origine.

La CNIDH (Commission nationale indépendante des droits de l’homme) est au courant de l’affaire. Elle a fait un déplacement sur le seul site qui reste à Bubanza, les autres étant devenus des villages de paix. La commission n’a pas encore réagi.

Bugendana

25 ans après les massacres de Bugendana dans la province de Gitega (centre), les familles des victimes réclament toujours justice. La demande a été formulée le 25 juillet dernier quand ils commémoraient le 25 ème anniversaire des massacres de 648 Tutsis de Bugendana, massacrés par des rebelles du FDD le 20 juillet 1996.

À cette époque, les localités de Bugendana – Mutaho (Gitega) et Gihogazi en province de Karusi (centre-est) étaient presque sous le contrôle des combattants du FDD, l’actuel parti CNDD-FDD au pouvoir.

Aucune autorité de la base à la haute hiérarchie du pays n’a participé à l’événement, a curieusement remarqué notre reporter.

Dans son discours, le chef du site de déplacés de Bugendana Oswald Ntirabampa a déploré le fait que les victimes de cette barbarie ont été massacrés tout simplement parce qu’ils sont de l’ethnie Tutsi. Il a plaidé à ce que ce site soit transformé en village de paix et qu’il lui soit doté d’électricité. Il a aussi exigé la lumière sur les « faits dévastateurs » du 20 juillet 1996.

Le représentant de l’association de rescapés de Bugendana quant à lui trouve inacceptable que des gens continuent d’être menacés dans le site jusqu’à présent. Il est revenu sur la disparition forcée de Jean Marie Vianney Havyarimana qui reste toujours introuvable depuis juillet 2018.

Une des maisonnettes qui doit être détruite à Ruyange
Une des maisonnettes qui doit être détruite à Ruyange

Pascal Ntahonkuriye demande au sénat burundais d’entamer des enquêtes pour chercher la vérité sur les massacres de Bugendana et d’autres tueries qui ont emporté des Tutsis comme il le fait sur les massacres de 1972 qui ont emporté plus de Hutus que de Tutsis.

Rango

À Rango, province de Kayanza (nord), des rescapés des massacres de 1993 regroupés dans un site affirment aussi être harcelés et menacés par l’administration locale. À côté des intimidations des autorités et des jeunes du parti présidentiel, ils indiquent que l’administrateur communal va jusqu’à se substituer à la justice pour des affaires les concernant.
Ils donnent l’exemple d’un certain Innocent Nimubona, habitant du site dernièrement libéré par le parquet et interpellé de nouveau par la police judiciaire sous l’injonction de l’administrateur communal.

Le représentant de A.C Génocide Cirimoso quant à lui ne se limite pas aux seuls massacres de Bugendana.
En plus de réclamer justice pour ces derniers, Roter Niyonkuru déplore le fait que les déplacés des sites de Rugazi (Bubanza), Rango et Muhanga (province de Kayanza, nord) subissent des menaces afin de regagner leurs collines d’origine « alors que la situation sociopolitique reste toujours tendue ».

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Photo : un prêtre bénit des gerbes de fleurs avant d’être déposées sur la tombe commune des 648 victimes de Bugendana, le 25 juillet 2021

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