Rango : un déplacé arrêté par l’administrateur après être relâché par un juge

Rango : un déplacé arrêté par l’administrateur après être relâché par un juge

Cet habitant du site de déplacés de Rango avait été arrêté pour s’être opposé à la destruction des champs de bananeraie des occupants de ce site abritant des Tutsis qui ont fui la crise de 1993 consécutive à l’assassinat du premier président Hutu démocratiquement élu Melchior Ndadaye. La justice l’a relâché après avoir manqué d’indices suffisants pour l’inculper. L’administrateur communal a ordonné qu’il soit de nouveau interpellé le jour même de sa libération. (SOS Médias Burundi)

À l’origine, un conflit entre les déplacés du site et la paroisse catholique de Rango qui se disputent une partie d’une propriété foncière, selon des sources proches du dossier. « Il y a un conflit foncier entre les déplacés et la paroisse sur les dimensions de la propriété destinée au site. Et ce vendredi, le curé de la paroisse était en consultation avec l’administration. À l’issue de leur rencontre, ils ont ordonné la destruction des plantations de bananes appartenant aux réfugiés », disent nos sources.

Et d’ajouter, « Ils ont trouvé que c’est un bon moyen pour contraindre les déplacés à retourner sur leur colline d’origine. L’administrateur communal et le curé ne veulent plus entendre parler de Tutsis dans le site de Rango ».

Après l’annonce de la mesure, les réfugiés ont manifesté la colère. Un d’entre eux, Innocent Nimubona a été arrêté et mis en détention mais les responsables judiciaires ont décidé qu’il soit relâché pour manque d’indices de culpabilité, selon une source judiciaire à Rango.

Malgré la décision de la justice, l’administrateur communal a de nouveau ordonné que l’homme soit interpellé le même jour. Il est détenu dans le cachot de la commune depuis.

Selon AC Génocide Cirimoso, une association qui milite contre les actes de génocide, il s’agit d’une violation du droit des déplacés intérieurs. « On veut à tout prix chasser les déplacés alors qu’ils ont fui les massacres dans leurs ménages suite à la crise de 1993. Ce qu’a fait l’administrateur de Rango et le curé de la paroisse témoigne une haine envers la minorité ethnique Tutsi victime de cette crise. Le cas d’Innocent libéré par la justice mais arrêté de nouveau par l’administrateur alors qu’il n’en a pas les prérogatives montre à quel point des autorités ont une haine envers les déplacés. Nous demandons sa libération immédiate et à l’église catholique de ne pas se mêler dans la politique du CNDD-FDD de harcèlement des rescapés », a réagi Térence Mushano, porte-parole de l’association.

L’administrateur de Rango parle d’un dossier en justice sur lequel il ne peut pas s’exprimer. Lors de la dernière campagne électorale, le CNDD-FDD n’a pas caché sa volonté de vouloir fermer les sites de déplacés hébergeant des Tutsis qui ont fui leur localité natale en 1993 après des massacres qui ont emporté les leurs.

Le parti présidentiel explique qu’ils n’ont plus de raison d’y rester alors que « la paix et la sécurité régnent chez eux ». Mais plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer « une politique qui va à l’encontre des lois internationales reconnaissant à toute personne le droit de ne pas être délocalisé vers un lieu où elle ne sent pas en sécurité ».

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Photo : bureau communal de Rango (Kayanza)

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