Covid-19 : les autorités parlent de diminution de cas sans donner de chiffre

Covid-19 : les autorités parlent de diminution de cas sans donner de chiffre

Ce mardi, le comité national de riposte contre le Covid-19 a tenu une réunion pour évaluer la situation. Le secrétaire permanent du ministère en charge de la santé se réjouit que « la situation est maîtrisée et que des cas positifs au Coronavirus sont en baisse » sans avancer aucune statistique qui le prouve. Il appelle les Burundais à respecter les mesures de lutte contre la propagation de la pandémie. Dr Jean-Baptiste Nzorirorankuze a annoncé également que les élèves qui étudient dans les écoles à régime d’internat devront faire un dépistage de masse avant la prochaine rentrée scolaire. Dans différentes localités du pays, des responsables des structures sanitaires et des habitants eux parlent d’une situation hors contrôle. Des hôpitaux sont submergés, des familles toutes entières testées positives au Covid-19. (SOS Médias Burundi)

Selon le secrétaire permanent au ministère en charge de la santé, la situation du Covid-19 au Burundi n’est pas du tout alarmante. « Nous nous réjouissons que les cas positifs ont diminué, et remercions la population qui continue à respecter les gestes barrières contre le Coronavirus. Nous leur incitons à continuer dans le même sens. Si quelqu’un a des signes, qu’il aille faire un dépistage. Et s’il est testé positif, qu’on lui donne des médicaments », a-t-il déclaré à la presse locale après la réunion.

Toutefois, à un journaliste qui a demandé les chiffres qui prouvent la diminution des cas, M. Nzorirorankuze a dit que ces chiffres n’étaient pas disponibles.

Par rapport au vaccin, il a indiqué qu’il n’est pas encore disponible au Burundi « parce que ce n’est pas encore bien planifié avec les partenaires technique et financier ».

Selon lui, le gouvernement compte faire un dépistage de masse pour tous les élèves qui étudient dans les écoles à régime d’internat avant la rentrée scolaire prévue en septembre prochain.

Une situation plutôt alarmante sur terrain

Selon nos sources dans différentes localités et structures sanitaires dans le pays, la situation est plutôt incontrôlable. Plusieurs cas positifs au Covid-19 sont rapportés.

« On ne peut plus contenir tous les cas ici. Les lits prévus pour recevoir les patients de Covid-19 sont saturés, on a même disponibilisé des places additionnelles dans des tentes, mais c’est aussi plein. Nous avons fini par décider d’envoyer les patients prendre des médicaments à la maison », témoigne un salarié d’un hôpital de renom à Bujumbura (capitale économique).

Des témoins qui se sont confiés à SOS Médias Burundi indiquent que des familles entières continuent d’être testées positives au Covid-19. « Dans notre maison, tout le monde est atteint du Coronavirus. Même les enfants et deux employés de ménage. Nos voisins qui, après avoir vu que nous sommes malades se sont rendus faire le dépistage ont été testés positifs pour la plupart.Tous ont été renvoyés à la maison s’y confiner », a témoigné un membre d’une famille qui habite en zone de Rohero dans la commune urbaine de Mukaza (Bujumbura).

Kirundo

À Kirundo (nord du Burundi), des habitants sont en colère contre la façon dont est géré le Covid-19. Ils accusent les autorités de mentir et de ne pas les protéger contre le Coronavirus.

« Les autorités ont renvoyé des patients sur leur colline alors qu’ils n’étaient pas encore guéris. En seulement quelques jours, plusieurs habitants ont remarqué les mêmes signes détectés chez les patients renvoyés chez eux. C’est à dire qu’ils nous ont contaminés. C’est quoi le jeux de nos autorités? Ils veulent nous tuer? C’est incompréhensible », se révoltent des habitants de Kirundo.

Dans cette province, plus 300 patients qui avaient été regroupés au lycée de Kanyinya (chef-lieu de province) ont été renvoyés chez eux il y a à peu près deux semaines. Des responsables sanitaires ont même suspendu le dépistage de masse justifiant qu’ils ne pouvaient pas continuer à créer la panique dans la population avec plus de cas positifs sans moyen de les contenir.

Vendredi dernier, le chef de l’État s’est emporté contre un journaliste de RFI (Radio France Internationale) et de l’AFP (Agence France Presse) pour avoir rapporté une situation alarmante du Covid-19 au Burundi.

Pourtant, des responsables d’hôpitaux et de structures sanitaires ne cachent pas leur préoccupation face à une explosion de cas. Ils affirment que leurs structures sont submergées.

À l’intérieur du pays, des professionnels de santé parlent même de rupture de stocks de médicaments destinés à traiter le Coronavirus. Des patients sont renvoyés les acheter à des prix élevés sur des pharmacies privées.

« La demande a plus que triplé. Même chez nous, on doit faire des commandes pour servir les clients qui viennent les chercher à tout moment », nous ont confirmés des responsables des pharmacies à Ngozi et Kirundo (nord) et Gitega (centre).

Le Burundi compte officiellement dix décès de Covid-19 et plus de onze mille cas confirmés sur plus de cinquante mille personnes testées.
Mais plusieurs partenaires et observateurs reprochent aux autorités burundaises de réduire le nombre de morts causées par la pandémie.

______________

Photo d’illustrationdes patients de Covid-19 isolés au lycée de Kanyinya,chef-lieu de Kirundo

Previous Burundi : le président Neva reconnaît l'injustice dans son pays
Next Bururi : un commerçant porté disparu