Burundi : l’ONU constate un changement de régime qui ne traduit pas l’arrêt des violations des droits humains

Burundi : l’ONU constate un changement de régime qui ne traduit pas l’arrêt des violations des droits humains

La commission d’enquête des Nations Unies a rendu public un nouveau rapport sur le Burundi ce jeudi. D’après les enquêteurs, derrière un semblant de normalisation se cache de graves violations des droits de l’homme et l’espace démocratique qui reste fermé. (SOS Médias Burundi)

Il s’agit d’un cinquième rapport sur les droits humains depuis 2016. Les enquêteurs onusiens notent un manque de mesures structurelles en vue d’apporter des changements durables même s’il y a des promesses du président burundais, Évariste Ndayishimiye d’améliorer la situation des droits de l’homme. “Même si le pays semble être sur la voie de la normalisation, il y a de bonnes raisons de rester très préoccupé par la situation désastreuse des droits de l’homme au Burundi”, a déclaré Doudou Diène, président de la Commission d’enquête des Nations Unies sur le Burundi lors de la publication de son cinquième rapport à Genève.

Le commissaire onusien donne l’exemple de nombreuses violations graves des droits de la personne qui ont été commises en lien avec de multiples attaques armées qui ont eu lieu depuis août 2020. “Tout en recherchant les personnes soupçonnées d’être impliquées dans ces attaques armées ou collaborant avec des groupes rebelles, les forces de sécurité ont ciblé principalement des membres du principal parti d’opposition, le CNL, d’anciens membres des Forces armées burundaises (ex-FAB) dominées par les Tutsis, des rapatriés et certains membres de leurs familles. Certains ont été exécutés, d’autres ont disparu ou ont été torturés alors qu’ils étaient détenus arbitrairement”, souligne-t-il.

Toutefois, l’ONU rassure qu’un niveau de violence politique semblait avoir baissé immédiatement après les élections de 2020, mais que le climat politique reste très intolérant vis à vis des voix dissidentes. “Les membres des partis d’opposition, en particulier le CNL, sont toujours régulièrement la cible de restrictions abusives et font l’objet de graves violations des droits de l’homme telles que les disparitions, les arrestations et détentions arbitraires et les actes de torture, notamment depuis juin 2021”, laissent entendre les trois commissaires onusiens.

Dans ce nouveau rapport, la Commission fait mention de signaux contradictoires envoyés par les autorités burundaises. “Tout en levant certaines sanctions imposées à la société civile et aux médias et en libérant certains défenseurs des droits de l’homme et des journalistes, le gouvernement a pris des mesures, en parallèle, pour renforcer son contrôle sur le travail des ONG internationales et fait régulièrement preuve d’une hostilité manifeste envers le journalisme indépendant”, notent-ils.

Auteurs impunis

La commission d’enquête des Nations Unies pointe du doigt surtout des agents du Service national de renseignement (SNR), des policiers et des Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir au Burundi CNDD-FDD. “Ces principaux auteurs de ces violations, dont certaines pourraient constituer des crimes contre l’humanité continuent de bénéficier d’une impunité généralisée pour leurs actions, comme c’est le cas depuis 2015”, regrette l’ONU.

De son coté, la commissaire Françoise Hampson a souligné que “l’État de droit au Burundi continue de s’éroder malgré l’intention déclarée du Président Ndayishimiye de le restaurer. Lorsque les décisions du gouvernement sont prises arbitrairement, même à des fins positives, cela a une influence globalement corruptrice”, a-t-elle indiqué.

Et d’ajouter : “Au Burundi, on ne peut pas non plus compter sur le pouvoir judiciaire pour prévenir ou remédier aux violations des droits de l’homme. Notre rapport montre comment l’exécutif n’a fait que renforcer son contrôle de la justice sous la nouvelle administration”.

Au cours des cinq dernières années, la Commission d’enquête des Nations Unies sur le Burundi n’a pas été autorisée à se rendre sur terrain, un défis majeur surmonté selon ces commissaires. “Nous avons contourné cette inquiétude et nous nous sommes rendus dans les pays limitrophes où ce seul mécanisme international indépendant a pu documenter, surveiller et rapporter les violations des droits de l’homme au Burundi et mener plus de 1770 entretiens, y compris à distance, principalement en République démocratique du Congo (RDC), au Rwanda, en Tanzanie, en Ouganda, ainsi qu’au Burundi”, a-t-elle précisé.

Gitega très catégorique

Le Burundi n’a pas encore réagi officiellement sur ce rapport accablant. Mais il a à maintes reprises qualifié la commission Diène d’un outil des ennemis du pays.

L’ ambassadeur Rénovat Tabu, représentant permanent du Burundi auprès de l’ONU à Genève, l’a déclaré quand le mandat de la commission a été renouvelé pour la cinquième fois avant de produire ce rapport sur les droits humains. “La situation au Burundi n’est pas la plus alarmante pour lui valoir un quelconque mécanisme, n’eut été l’existence d’autres mobiles géopolitiques”, a-t-il martelé.

Pour lui, son pays a en outre fait état des “progrès énormes depuis 2015 dans le renforcement, la promotion et la protection des droits de l’homme à tel point qu’il mérite aujourd’hui d’être retiré de l’agenda du Conseil des droits de l’homme plutôt que d’être exposé au mépris du monde par des rapports répétitifs et politiquement motivés”.

Selon l’ambassadeur Tabu, le conseil devrait “accepter de surseoir à cette Commission”.

La Commission doit présenter son rapport au Conseil des droits de l’homme le 23 septembre 2021. Cette dernière doit aussi statuer sur le prolongement ou non du mandat de cette commission fortement décriée par le Burundi.

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Photo d’illustration du conseil des droits humains des Nations-Unies

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