Nyanza-Lac: la CNTB recourt à des commissionnaires pour spolier les terres des habitants
En l’espace d’un seul mois d’octobre 2021, deux individus accusés de collaborer avec la CNTB (commission nationale des terres et autres biens) ont été appréhendés en zone de Kazirabageni. C’est dans la commune de Nyanza-Lac en province de Makamba (sud du Burundi). Des habitants les accusent de collecter de l’argent pour le compte de la CNTB afin d’influencer ses décisions. La commission dont la plupart des décisions sont souvent contestées n’a pas encore réagi aux accusations. (SOS Médias Burundi)
Les individus interpellés sur ordre du gouverneur de Makamba sont Enock Sayinzoga et André Runyabuye surnommé Kararoshe. Ce dernier avait été arrêté le 15 octobre avant d’être relâché après un bref interrogatoire. Sayinzoga a quant à lui été appréhendé
jeudi dernier à son domicile situé sur la colline de Buheka en commune de Nyanza-Lac, selon des témoins.
Accusations
D’après des habitants, les deux hommes font partie d’un groupe d’individus qui collectent de l’argent pour la CNTB afin d’influencer ses décisions sur des dossiers qu’elle traite. « Ils viennent et discutent avec des rapatriés pour qu’ils payent de l’argent afin que la décision de la commission soit en leur faveur. Vite fait, la CNTB et sa cour rendent des jugements injustes et inéquitables contre des résidents. Nous ne pouvons plus accepter ce genre de fonctionnement basé sur la corruption », dénoncent des habitants de Nyanza-Lac.
Intervention du gouverneur
Alerté par la colère des résidents (habitants qui n’ont jamais fui le pays), le gouverneur de Makamba a réagi. Toutefois, des habitants ne sont pas satisfaits. « Le premier homme a été arrêté après que 4 familles aient été injustement expropriées de leur terre par la cour spéciale des terres et autres biens le 12 octobre. Mais il a été relâché alors que les preuves de son implication sont là. Il a été établi que des sommes d’argent ont transité par lui pour être versées à des agents de la CNTB », regrettent-ils.
Et de continuer, « Le gouverneur a ordonné l’arrestation du deuxième commissionnaire ce jeudi. Il est détenu au commissariat communal de la police à Nyanza-Lac, mais nous craignons qu’il soit également relâché comme le premier ». Plusieurs autres commissionnaires se cachent pour échapper aux radars du gouverneur depuis deux semaines, selon des sources administratives communales.
Des habitants demandent une enquête indépendante sur des décisions de la CNTB « basées sur la corruption » et exigent que les coupables soient traduits devant la justice.
La commission des terres et autres biens tout comme celle en charge de la réconciliation CVR (commission vérité et réconciliation) sont souvent » accusées » d’être partiales et de favoriser les victimes Hutus tout en bafouant les droits des victimes et rescapés Tutsis.
Les deux commissions figurent parmi les organes sur lesquels les négociateurs à Arusha (Accord d’Arusha de 2000) se sont mis d’accord pour réconcilier et rétablir les Burundais qui ont été victimes des abus de différents régimes dans leur droit et dignité.
À la CNTB, on lui reproche surtout de rendre des décisions favorisant des Hutus rentrés principalement de la Tanzanie lors des 16 dernières années et d’exproprier des acquéreurs dits de « bonne foi » qui ont acheté des terres, maisons et autres biens sans savoir qu’ils appartenaient à des réfugiés, ce sans les indemniser. Jusqu’à présent, le fonds d’indemnisation de la CNTB n’a pas été créé contrairement à ce qui a été convenu à Arusha en août 2000.
Pour la province de Makamba qui est parmi les entités accueillant plus de rapatriés, les activités de la CNTB avaient été suspendues début 2015 sur demande des députés et sénateurs élus dans la province suite aux affrontements entre résidents et rapatriés dans toutes les communes.
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Photo : la province de Makamba
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