Bujumbura : retour sur la vie d’un jeune homme fauchée par les renseignements

Bujumbura : retour sur la vie d’un jeune homme fauchée par les renseignements

À l’hôpital Prince Régent Charles, personne n’ose évoquer le nom de Salomon Niyomwungere, ancien employé au service de pharmacie de cet hôpital. Son cadavre avait été découvert dans la zone de Rohero en plein centre de la ville commerciale Bujumbura le premier mars. Des sources concordantes affirment que ce jeune homme de 32 ans a été assassiné par les renseignements. Sa responsable directe elle, est détenue par le SNR (service national de renseignements). Tout cela, à cause d’une affaire de détournement de médicaments que les renseignements veulent étouffer, selon des sources proches du dossier. (SOS Médias Burundi)

À son arrivée à l’hôpital Prince Régent Charles dans son ancien service, notre reporter a retrouvé le personnel, la mine triste et fermée à l’évocation de Niyomwungere.

« Si vous voulez rester en vie et préserver la nôtre, il faut cesser de prononcer le nom de Salomon Niyomwungere. Des agents de renseignements sont partout et nous empêchent de parler de sa disparition », a indiqué une employée de l’un des plus grands établissements sanitaires de la capitale économique et du pays.

Un infirmier en blouse blanche s’est approché discrètement de notre reporter pour confier ce qu’il pense de la disparition de la victime.

« C’est un meurtre prémédité et tout doit être connu par la direction de notre hôpital car Salomon n’avait pas la langue dans sa poche. Son franc-parler lui a coûté la vie. Nous sommes encore sous le choc mais on nous empêche de parler de ce dossier ni de réclamer les éclaircissements sur sa mort », s’est-il désolé.

Des témoins estiment que le jeune homme aurait découvert un détournement de médicaments orchestré par la direction de l’hôpital Prince Régent Charles. Ces produits pharmaceutiques seraient vendus en douce aux pharmacies privées ou destinés à soigner des gens envoyés sur le champ de bataille en RDC pour traquer les rebelles burundais de Red Tabara et leurs alliés basés dans la province du Sud-Kivu (Est du Congo).

« Lorsque Salomon l’a su, il l’a dénoncé et l’a dit à tout le monde, ce qui n’a pas plu aux responsables de l’hôpital et à des hauts gradés qui sont en complicité avec la direction. Tout le monde pense que sa mort serait liée à ce traffic qu’il a dénoncé », estime un autre salarié de l’hôpital Prince Régent Charles.

Joint au téléphone, le directeur de l’hôpital Prince Régent Charles a botté en touche. « Je ne connais pas ce nom à l’hôpital parmi mes employés. Mais il paraît que la justice et les renseignements sont déjà sur une piste »,a-t-il tenté d’expliquer.

Le jeune homme avait disparu le dernier jour de février dernier aux environs de 19h. Selon des voisins, il est parti avec un homme élancé qui l’a trouvé à son domicile en zone de Kinama (nord de Bujumbura) et n’est plus revenu.

Les collègues de la victime ont alerté sur sa disparition le lendemain après avoir remarqué son absence au travail, étant le détenteur de clés du stock de médicaments ce jour-là.

Ce matin même, des élèves qui se rendaient à l’école ont découvert son corps emballé dans un sac gisant dans un caniveau dans la zone de Rohero, centre de la capitale économique Bujumbura.

La police et l’administration locale n’ont jamais communiqué sur l’affaire.

Effacer toutes les preuves ?

Claire Nkundizanye, la responsable en chef du stock pharmaceutique de l’hôpital Prince Régent Charles est détenue par les renseignements depuis ce lundi. Elle a été interpellée au moment où elle se trouvait à son poste d’attache.
« Le directeur de l’hôpital a été informé de son arrestation. J’en suis sûr », rapporte un employé proche de la direction.

« On nous dit qu’elle a été appréhendée pour des raisons d’enquête. Aucune autre explication n’est fournie », regrettent des salariés de l’hôpital.

Orginaire de la localité de Kibimba, en commune de Nyarusange dans la province de Gitega (centre du Burundi), Salomon Niyomwungere qui détenait un diplôme de baccalauréat en sciences pharmaceutiques a rejoint sa dernière demeure ce mercredi. Il occupait jusqu’à son assassinat le poste de « chef de poste » à ce service communément appelé « Pharmacie-Dépôt ».

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Photo : enterrement de Salomon Niyomwungere, ancien salarié de l’hôpital Prince Régent Charles

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